Julien Douay et Kevin Pawlowicz ont conçu un étonnant pouf dissimulant un compartiment secret, qui se révèle grâce à une batterie électrique. Leur prototype a remporté un prix au concours Éclats d’art de Reims (Marne), le jeudi 08 janvier 2026.
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Il paraît qu’il ne faut pas toujours se fier aux apparences. Et parfois, il s’avère qu’un pouf n’est pas qu’un simple pouf. C’est le postulat de Julien Douay, de Suippes (Marne) et Kevin Pawlowicz, 36 ans, de Cauroy (Ardennes).
Le concours Éclats d’art organisé par la municipalité de Reims (Marne) leur a permis de remporter un prix remis par le Grand Est. L’objet de cette distinction bienvenue : un prototype de pouf électrique révélant un compartiment secret. De la fine ouvrage.
Joint par France 3 Champagne-Ardenne, Julien Douay, le maître-artisan-tapissier du duo, raconte la genèse de ce « pouf secret ». En 2025, le thème du concours, annuel, destiné aux artistes et artisans, reposait sur le secret. « J’ai donc eu l’idée d’un pouf renfermant une cachette secrète. »
Au début, il voulait faire usage d’une porte dérobée coulissante sur ce pouf, mais l’idée était perfectible. Son comparse n’était pas encore passé par-là. « Il a eu l’idée d’un système électrique qui se lève : la cachette secrète s’élève. » Pas besoin de brancher en permanence (ça ruinerait un peu la confidentialité voulue), ça fonctionne sur batterie. « Le bouton est dissimulé sous le revêtement. Pour trouver la cachette secrète, il faut trouver le bouton qui est secret aussi. C’est bluffant. » On ne vous dira pas où il est…

Détail du cuir, de la dentelle, et du tissu du pouf, avec une étiquette signalant la fabrication en France.
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© Julien Douay
Le résultat est décrit comme « sensuel ». C’est vrai qu’on se voit plus y dissimuler de la lingerie fine que des chaussettes de sport. « Tout le monde a sa partie secrète, au niveau de la sensualité. Donc l’esthétique suit aussi », confie le maître-artisan-tapissier (un potentiel futur Meilleur ouvrier de France (Mof) : il y songe). Avec son associée et compagne Mélissa, on lui doit déjà une chaise en forme de muselet (capsule et armature de bouteille de champagne).
La candidature a été envoyée au fil de l’été. L’annonce de la sélection du projet pour le concours est intervenue à la fin du mois de septembre. Il reste un peu moins de deux mois pour finaliser le prototype : ce pouf n’était alors qu’un croquis, les plans du mécanisme n’avaient même pas encore été dessinés, et les velléités de conception étaient encore loin. Il faudrait pas loin de 30 heures pour l’armature, et encore 40 pour la tapisserie. Pour un bon mois de conception, avec des délais serrés, et une fabrication la plus locale possible.
Des adaptations pourraient avoir lieu : proposer le même concept pour une banquette, décliner pour abriter une bouteille de champagne… « On vise la clientèle des maisons de champagne, des architectes d’intérieur, des restaurants et des hôtels… On nous a aussi beaucoup parlé des love rooms. C’est revenu très souvent. » Sapristi. Il va falloir prospecter.

Remise du prix pour le pouf secret le jeudi 08 janvier 2026.
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© Photographie confiée à France Télévisions par Julien Douay
Quant à Kevin Pawlowciz, menuisier et fabricant par commande numérique (découpe et gravure). On lui doit le cadre en bois de hêtre (très utilisé en ameublement) et en contreplaqué (cerclage), ainsi que le système de ce pouf secret. « On ne pensait pas recevoir un prix. On est plutôt fier de nous. » Le premier était remis par la ville, le deuxième (le leur) par le Grand Est. « Ça a été bien accueilli, on nous a dit qu’il y avait du potentiel. »
L’ensemble n’est pas trop lourd à porter. Au cours de la conception, la différence entre les croquis, la visualisation 3D, et la réalité de la fabrication a nécessité « d’ajouter deux-trois éléments. Mais par rapport aux machines que je construis, c’est plus ou moins clair dans ma tête. » La dimension électrique est décrite comme indispensable, faisant de ce pouf un objet qualifié d’unique.
La visualisation 3D préparée à l’avance a permis de bien se préparer. Il n’y a pas vraiment eu de problème rencontré, si l’on excepte « un souci de surchauffe au niveau du moteur. On s’est rendu compte que pour la fabrication, ça allait très bien; mais pour le SAV [service après-vente; ndlr], c’était moins pratique. Il ne restait plus beaucoup de place une fois le pouf tapissé et fermé. » On n’avait guère envie que ça devienne un chauffage, voire une cheminée. Pas très vendeur.

L’armature du pouf secret, en position ouverte.
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© Julien Douay
Initialement, lors de la présentation au public à l’occasion d’Éclats d’art, « les gens ont pu passer à côté du pouf en disant : ouais, c’est un pouf normal, ça n’a rien de transcendant. Ils ne comprenaient pas trop le principe. Mais une fois qu’on leur expliquait, ils étaient plutôt enthousiastes, que l’idée était vraiment sympa. » (voir la localisation des artisans sur la carte ci-dessous).
Pour l’acheter (à l’horizon des 900 euros), il faudra encore un peu attendre : six à douze mois le temps de bien s’appliquer. L’unique exemplaire est pour le moment exposé au public dans l’atelier suippas de Julien Douay. Le modèle a été breveté. Des séries seront fabriquées, et proposées en magasins (une fois qu’ils auront été démarchés). « On espère qu’il sera en vente un jour », s’esclaffe Julien Douay. Le temps de bien vérifier que toutes les normes – notamment électriques – sont respectées.