Sept ans de prison ferme et une incarcération immédiate : la cour criminelle de Loire-Atlantique a condamné vendredi un policier aujourd’hui retraité pour avoir tiré sur Aboubacar Fofana, 22 ans, lors d’un contrôle à Nantes en juillet 2018. La juridiction a écarté la version du tir accidentel avancée par l’accusé et a assorti la peine d’un mandat de dépôt, allant au-delà des réquisitions de l’avocat général, qui avait demandé quatre ans de prison dont deux avec sursis.
Après le verdict, Me Laurent-Franck Liénard, avocat de la défense, a annoncé faire appel. « C’est totalement inhumain. Je n’ai même pas les mots », a-t-il déclaré devant la presse. A l’inverse, la famille de la victime a salué la décision : « On a le sentiment que la justice est passée. On a le sentiment d’avoir été entendus et on a le sentiment que la justice a répondu à la hauteur de la gravité des faits », a réagi auprès de l’AFP Me Anne Bouillon, avocate des proches.
De la légitime défense à la thèse de l’accident
Les faits remontent à un contrôle dans le quartier du Breil. Au volant, Aboubacar Fofana, qui faisait l’objet d’un mandat d’arrêt, avait donné une fausse identité, puis tenté de fuir en marche arrière, percutant un véhicule garé avant de repartir. Les témoins ne s’accordent pas sur le moment exact du coup de feu, mais le jeune homme a été touché par balle au cou et est mort à l’hôpital. D’abord évoquée, la légitime défense a été abandonnée par le policier, qui a soutenu pendant l’enquête que le tir était accidentel ; il a finalement expliqué mercredi qu’il était survenu après un « corps à corps » alors qu’il se trouvait à l’extérieur du véhicule, un point confirmé par l’expert balistique et le médecin légiste.
Notre dossier sur les violences policières
Au procès, Me Bouillon avait interpellé l’ancien policier en estimant : « Je crois que vous avez manqué de courage. C’est cela qui vous empêche de reconnaître que l’espace d’un instant, vous avez fait volontairement usage de votre arme ». Un autre avocat de la partie civile, Me Franck Boezec, a demandé à la cour de « respecter le principe d’égalité ». La mort d’Aboubacar Fofana avait entraîné plusieurs nuits de tensions en 2018 dans la ville.