« Confluence Shadows », Wickliffe, Kentucky, 2024, Josh Chaney. « Confluence Shadows », Wickliffe, Kentucky, 2024, Josh Chaney. JOSH CHANEY

Il n’est pas assez couvert. Malgré le soleil d’hiver suffisamment fort pour que l’immense croix dans son dos complote une ombre de géant affamé sur l’herbe brûlée par le gel, il a froid. Son treillis est trop léger. C’est un treillis d’été. Un de ceux qu’il portait en Irak en 2003, quand il vivait dans un tank, soldat sédaté sous il ne sait toujours pas quelles drogues, obligé à tout faire pour tuer le moins possible, à voir mourir ses amis les uns après les autres.

C’est un de ceux qu’il a gardés et qu’il porte régulièrement parce qu’il n’a pas d’autre choix que de se souvenir, parce que le tréfonds de son âme a le dessin de cet imprimé camouflage dans lequel il a vécu les pires années de sa vie, celles qui ont condamné toutes les autres. Il les porte encore parce qu’il ne se sent à sa place nulle part ailleurs que dans les souvenirs horribles de la guerre. C’est son seul pays. Car l’autre, l’officiel, les Etats-Unis, ne fait vraiment pas grand-chose pour qu’il se sente américain ces temps-ci.

Le pantalon ne tient plus sur sa taille. Vingt ans après, il n’a plus le même corps, sa corpulence de bête de somme surentraînée au combat, prête et dispo pour jouer avec la mort, a fondu comme neige au soleil. Il l’a habillé d’une ceinture pailletée, de ses colliers, deux minimum, de ses bagues aussi, à tous les doigts, avec des visages sculptés, parce que lui n’a plus de visage et a tous les visages de l’humanité à la fois. Le sien est recouvert de tatouages de toutes les couleurs, sur le nez, le front, le crâne, les joues.

Il vous reste 61.17% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.