En plein cœur de Rennes, la transformation du Palais du Commerce illustre les difficultés à concilier ambition urbaine avec les contraintes patrimoniales et réalités économiques. Six ans après l’abandon du premier programme porté par la foncière Frey, le dossier demeure l’un des plus sensibles du centre-ville et sujet de railleries de l’opposition. Mais aujourd’hui, une reprise par un opérateur local semble se préciser, après une longue phase de flottement.
Lors du conseil municipal de juin 2025, le conseiller d’opposition Antoine Cressard (Révéler Rennes) avait dénoncé les effets de manche répétés depuis 2019 des élus de la majorité. « Votre communication consiste, année après année, à nous annoncer que le projet avance bien. Mais, dans les faits, tout paraît figé », avait-il souligné. À l’époque, l’adjoint au maire Marc Hervé avait, avec prudence, évoqué une « nouvelle phase » rendue possible par une offre faite par un « exploitant devenu investisseur » à Poste Immobilier, alors propriétaire du site. Sans livrer de détails sur le contenu du futur programme, la ville promettait d’accompagner techniquement ce porteur en vue d’un dépôt de permis de construire attendu fin 2025…
Six mois plus tard, cette offre est désormais associée au Rennais Vicartem, acteur discret, mais local. Créé en 1998 par Céline et Sébastien Meslin, ce groupe a développé une expertise mixte en hôtellerie indépendante, immobilier commercial et valorisation patrimoniale. À son actif, il a réalisé des conceptions notables comme l’hôtel Le Nemours ou le Balthazar, premier cinq étoiles de la capitale bretonne. « L’hypothèse de sa reprise du Palais du Commerce, qui relevait depuis un certain temps du secret de polichinelle, est aujourd’hui plus tangible », espère un habitant du centre-ville.
Selon des sources proches du dossier et notamment du journal Ouest France, le groupe aurait travaillé à une révision complète du projet initial. En lieu et place des vastes ambitions du plan Frey (grandes enseignes, bureaux et espaces culturels), la proposition actuellement à l’étude viserait un programme plus resserré et réaliste. Sur les quelque 12 000 m² du Palais, une combinaison de commerces en rez-de-chaussée et d’un hôtel dans les étages vacants serait privilégiée au regard de l’expérience de Vircatem.
Parallèlement, le groupe s’est porté acquéreur du restaurant Léon le Cochon, titulaire d’une licence IV pour le moins prisée. Cet achat (par la SARL Colette pour un montant de 83 000 euros), jusqu’ici peu commenté dans la presse, pourrait être intégré dans la reconversion du site. L’ancien établissement deviendrait-il le restaurant de l’hôtel ? Le groupe visait-il uniquement à détenir la licence IV ? La destination du commerce reste pour l’heure en suspens.
Un point d’étape pourrait toutefois intervenir prochainement. Vicartem devrait annoncer officiellement les grandes lignes de son projet lors d’une conférence de presse à venir. Cette communication prendrait alors une dimension politique certaine dans le calendrier local et électoral. À quelques semaines des élections municipales, relancer ce dossier symbolique pourrait arranger les affaires de la majorité en place. Il serait en effet perçu comme une réponse au long feuilleton d’incertitude qui a entouré le Palais du Commerce.
Au-delà des échéances politiques, l’enjeu pour Rennes reste d’aboutir à une reconversion concrète, durable d’un bâtiment exceptionnel et en phase avec les attentes des Rennaises et des Rennais. Sa réouverture, sous une forme rénovée et animée, sera un test de plus pour l’attractivité du centre-ville, souffrant de nombreuses vacances commerciales et après des années de projets avortés et d’annonces sans lendemain. Contacté, le groupe n’a pas souhaité nous répondre.