Par
Margot Nicodème
Publié le
17 janv. 2026 à 6h04
L’environnement est charmant, c’est indéniable : le numéro 52 du boulevard JB-Lebas (Nord) fait face au parc bien connu des Lillois, et à ses grilles rouges qui contrastent avec la verdure qu’elles encadrent. Acquérir un bien ici, en plein centre-ville, c’était une opportunité à saisir, pour les propriétaires des 180 logements aménagés il y a plus de 2 ans. Cette construction d’envergure, « le projet neuf le plus cher de Lille » selon Patrice, copropriétaire, était alléchante sur le papier. Aujourd’hui, les occupants de la résidence Synesens déchantent : on y entre comme dans un moulin, à cause de portes défectueuses, et tous doivent cohabiter avec des squatteurs. « L’îlot de sérénité » promis a viré au cauchemar selon un groupe de propriétaires désabusés, qui résume sans sourciller : « On a le sentiment de s’être fait enfumer. »
Ces résidents de Lille sont à bout face aux squatteurs qui « dorment, fument des substances »
Ils sont six à s’être réunis dans le hall de l’entrée principale de leur résidence, le 9 janvier dernier. Ces copropriétaires sont à bout : cela fait des mois, pour ne pas dire les deux années complètes depuis leur emménagement, qu’ils tirent la sonnette d’alarme. Des courriers envoyés au promoteur de Synesens, à leur syndic de copropriété, qui sont restés lettre morte. Jusqu’à il y a peu.
La sollicitation de la presse, indique Laurie, propriétaire à l’initiative de l’action commune, a finalement généré une réaction en décembre 2025. Mais elle, Françoise, Patrice, Fabrice, François et Madhuri n’y croient plus vraiment, après une si longue période d’inaction.
Les premiers problèmes sont ainsi survenus très vite après la livraison de cette résidence de logements neufs, dont la particularité est qu’elle a été installée dans un bâtiment historique. L’adresse du boulevard JB-Lebas a en effet hébergé une école de jeunes filles à la fin du XIXe siècle, puis un collège. La vacance de cet ensemble architectural remarquable, à partir de 2008, a attiré toute une population de sans-abris et de toxicomanes, qui y a élu domicile.

Le système de sécurisation de la porte principale de la résidence Synesens, investie par les copropriétaires en 2023, n’a jamais été efficace selon eux. Ils ont toujours été confrontés à des squatteurs. ©Margot Nicodème
C’est dans ce contexte que la société civile immobilière de construction-vente (SCCV) Lille Jean-Macé a porté la requalification et la réhabilitation des lieux en logements. À environ 6 500 € le mètre carré, nous confie le groupe de propriétaires, les attentes étaient élevées. Ils étaient loin de s’imaginer qu’ils allaient partager les espaces communs avec les sans domicile fixe qui sont restés des années sur le site désaffecté.
« Au niveau des boîtes aux lettres, des SDF dorment, fument des substances, font leurs besoins. Des toxicomanes squattent. Une femme s’était même installée dans le local vélos, et avait changé le verrou à l’intérieur. Un autre SDF était dans le local nettoyage. Une dame a déjà vu un homme avec un couteau, et il y a déjà eu des agressions verbales. »
Des copropriétaires de la résidence Synesens à Lille.
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La police municipale lilloise, à l’automne 2025, « est venue presque tous les matins », pour déloger les intrus. Le retour à la normale ne durait que quelques heures, avant que les couloirs ne soient à nouveau squattés dans la même journée. « C’est désagréable de dégager les gens, parfois avec leurs chiens, en plein hiver », concèdent les copropriétaires, qui restent toutefois déterminés à retrouver de la tranquillité.
Une crèche dans les locaux
La situation est d’autant plus préoccupante qu’une crèche occupe les locaux. C’est d’ailleurs son personnel, arrivé tôt le matin, qui a souvent signalé la présence d’individus dans les couloirs, avant que les enfants ne les croisent à leur tour. « Car il y a un accès rue Gosselet [sur la droite de la bâtisse, ndlr], mais il comprend des escaliers. Ce n’est pas pratique avec les poussettes. »
D’ailleurs, à cette seconde entrée rue Gosselet (n° 222), une fois le portique franchi, il suffit de tirer la porte du bâtiment pour l’ouvrir. « Elle ne se claque pas toujours après notre passage », indique François. De façon aléatoire, donc, il est possible de pénétrer dans la résidence sans difficulté. Tous ces désagréments ne tiennent à pas grand chose, c’est bien ce que tous déplorent.

Rue Gosselet, cet autre accès à la résidence a souvent sa porte ouverte. Celle-ci ne se verrouille pas toujours après le passage d’un habitant. ©Margot Nicodème
Le groupe pointe du doigt une sécurisation insuffisante des accès, et un désintérêt total de la part du syndic, Sergic, installé à Lambersart. « En 2 ans, nous avons fait des dizaines de signalements au sujet de cette porte du boulevard JB-Lebas. On ne nous a jamais répondu. » Autant de temps pendant lequel, toujours selon nos interlocuteurs, les seules remarques émanant du syndic consistaient à « dire qu’il était en difficulté avec le promoteur ».
Ils nous ont baladés, et nous, nous avons continué à payer de grosses charges de copro !
Une évolution a toutefois eu lieu en décembre 2025, que Laurie explique par l’alerte à la presse. Un représentant de Sergic s’est bien rendu sur place, pour constater l’inefficacité du système de sécurité de la massive porte d’entrée. Du côté du n°52, le syndic a ainsi sollicité une entreprise, qui préconise la pose d’un « bandeau ventouse », normalement plus résistant aux coups d’épaules qui suffisent pour l’heure à ouvrir la porte du bâtiment.
Coût de l’opération : 2 500 €. Mais en face, personne n’y croit plus. « Ça ne va pas durer longtemps, glisse Patrice. Sur les trois entreprises sollicitées, deux ont dit qu’elles ne pourraient pas mettre un mécanisme plus costaud. »
Interrogé par Lille actu, Sergic clarifie la situation, assurant « avoir toujours suivi ce sujet avec attention, dans le respect du cadre réglementaire applicable ». Car en effet, selon le syndic, c’est le promoteur qui, d’un point de vue juridique, se devait d’agir, jusqu’en décembre 2025.
« Jusqu’au mois de décembre, l’immeuble était couvert successivement par la garantie de parfait achèvement puis par la garantie biennale. Dans ce cadre réglementaire, la responsabilité des interventions relatives à la porte d’entrée relevait du promoteur, ce qui impliquait que chaque signalement formulé par les copropriétaires était transmis à ce dernier pour prise en charge. Cette organisation, imposée par les dispositions légales en vigueur, a pu allonger les délais de décision et d’intervention, indépendamment de la volonté du syndic. »
Sergic
Sergic ajoute avoir fait « procéder à des interventions sur le groom et le système magnétique existant afin de renforcer la sécurisation des accès ». Le syndic confirme « la mise en place [prochaine] d’un nouveau système de fermeture magnétique sur l’entièreté de la porte, permettant une sécurisation nettement renforcée des accès. » Et c’est bien le promoteur qui s’acquittera de la facture.
Ledit promoteur, la SCCV Lille Jean Macé, s’est occupé de son côté de « revisser les vis de la gâche » de verrouillage de la porte, lors d’une visite en date du 16 décembre dernier. Dans un courrier adressé aux résidents, que Lille actu a consulté, l’analyse de la situation par le promoteur contraste avec celle de Sergic. La SCCV parle en ces termes des nombreux signalements par les copropriétaires :
Ces éléments relèvent davantage de problématiques d’usage et d’organisation interne à la copropriété que d’un vice de construction. Il appartient donc au syndic […] de mettre en oeuvre les mesures jugées appropriées.
La SCCV Lille Jean Macé a elle aussi répondu favorablement à notre sollicitation. Si la porte d’entrée du boulevard JB-Lebas a été franchie par des intrus, c’est qu’elle a « été maintenue ouverte à l’aide d’objets ou dégradée ». Le promoteur dit être intervenu « à chaque signalement, et ce sans facturation », et réaffirme que c’était au syndic de prendre la suite. « Comme il est d’usage, c’est au syndic de mettre en œuvre les mesures qu’il juge appropriées, même pendant les garanties de parfait achèvement et biennale. »
Au sujet des locaux vélos et poubelles squattés, les canons de leurs « systèmes d’ouverture par clé » ont été « démontés » à plusieurs reprises, jusqu’à récemment. Le promoteur prendra bien en charge la ventouse à 2 500 €, « à titre purement commercial ».
Sur un autre pan, les six propriétaires rencontrés relatent d’autres problématiques, cette fois bien liées à la construction de la résidence : infiltrations d’eau, volets roulants régulièrement en panne, interphones capricieux, que l’on contrôle uniquement avec une application sur smartphone… Et, de manière plus anecdotique, une entrée de parking conçue pile en face d’un imposant arbre… qu’il faut contourner. De quoi renforcer le sentiment d’amertume généralisé.

Plus anecdotique, mais cela contribue à renforcer la grogne des résidents : l’accès au parking est entravé par un arbre… pile au milieu, rue Gosselet ! ©Margot Nicodème
La SCCV Lille Jean Macé indique que ces problématiques annexes ont soit « été traitées (interphonie et volets roulants), prises en charges (infiltrations) ou sont en cours de traitement ».
Les copropriétaires attendent aussi avec impatience la venue d’occupants dans les 6 cellules d’activités situées au rez-de-chaussée. Sur la halle gourmande, la pharmacie, la micro-crèche et le cabinet médical promis, seule la crèche a vu le jour.
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