ENTRETIEN CROISÉ – À l’occasion du comité «Femmes et arbitrage» organisé par La Poste, Le Figaro a rencontré l’arbitre de football Stéphanie Frappart et de rugby Aurélie Groizeleau.

Tout sourire, les deux arbitres, Stéphanie Frappart et Aurélie Groizeleau, se rejoignent au musée de La Poste. À l’occasion du comité «Femmes et arbitrage» organisé par la société, qui existent depuis 2024 dans l’objectif de mettre à l’honneur les femmes dans le monde de l’arbitrage, les deux arbitres ont longuement échangé pendant une trentaine de minutes sur les différents enjeux à venir de la profession et la place de la femme dans un milieu majoritairement occupé par les hommes.

«C’est quand même dommage que chacun travaille dans son coin avec ses idées, alors que peut-être qu’on pourrait réunir nos idées communes pour développer l’arbitrage féminin ensemble», développe Aurélie Groizeleau sur le comité «Femmes et arbitrage». Au programme, des discussions sur le sexisme, la maternité, ainsi que divers sujets propres à la femme arbitre. La partie fédéralisation est également un sujet important pour Stéphanie Frappart, arbitre officiant en Ligue 1. «Quand la part est à moitié-moitié, comme au handball ou au basket, forcément que c’est beaucoup plus facile à développer. En tout cas plus qu’au foot et au rugby. Le foot, il y a eu un gros pas en avant avec la partie communication et l’essor du foot féminin. L’aide de La Poste permet à mettre aussi en valeur l’arbitrage au-delà de la pratique sportive.»

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Si l’égalité entre arbitre homme et femme est encore loin en rugby comme au foot, le ballon ovale peut se vanter les mérites d’une légère hausse. Le 15 mai 2025, la Fédération Française de Rugby recensait 5,82 % de part de femmes dans le corps arbitral en France. Selon Aurélie Groizeleau, seule femme à être arbitre professionnelle en France, les 7% ont été dépassés. Une progression à noter.

Une forte pression médiatique

Si elles sont minoritaires par rapport aux hommes, pas question de parler de légitimité pour Stéphanie Frappart, qui a notamment officié lors de la dernière Coupe du Monde au Qatar. «Ce n’est pas une question de prouver notre légitimité, mais on accepte moins une erreur d’une femme que celle d’un homme. Où la même erreur, il y a forcément beaucoup plus d’auras médiatiques que si un garçon le fait. Les regards sont toujours beaucoup plus attentifs», affirme-t-elle.

Frappart briefée par la fédération

Bien que briefée par la Fédération pour ne pas évoquer les sujets d’actualité, notamment la polémique «ça glisse» et le carton rouge non attribué lors de Rennes-OL en septembre, Stéphanie Frappart avoue ne pas avoir de réseaux sociaux, afin de gérer au mieux cette pression médiatique. «Dès le départ, je l’ai évacuée. J’ai aucun intérêt de savoir ce qu’on pense de moi. Ce qui m’a permis de me forger une petite carapace qui me permet aussi d’évoluer. Dans le monde du foot surtout, alors peut-être beaucoup plus médiatique que le rugby où les relations entre les joueurs et arbitres sont beaucoup plus sereines que chez nous, comme avec les dirigeants où ça tape un peu plus fort. Mais en tout cas, je suis très désintéressée des médias, très désintéressée des réseaux sociaux, je n’en ai pas du tout, ce qui me permet vraiment d’être uniquement focalisée sur le terrain.»

Même son de cloche pour son homologue du ballon ovale, qui s’est «créé une bulle de protection ». « Finalement, recevoir une insulte par Internet, ce sont juste des gens frustrés qui n’ont rien d’autre à faire de leur journée», s’amuse Aurélie Groizeleau.

Il faut jouer avec ses qualités et pas forcément copier les autres.

Aurélie Groizeleau

En dehors du rectangle vert, imposer son autorité reste «naturel» pour Aurélie Groizeleau, même face à quinze ou onze hommes en face. «Je fais un mètre soixante, je ne fais pas un mètre quatre-vingt, je n’ai pas le crâne rasé, donc je ne peux pas avoir la même configuration ou le même impact qu’un autre arbitre. Je me suis forgé ma propre autorité, celle de la discrétion, du calme et de la sérénité. Et ce qui fait qu’au final, quand vous prenez les bonnes décisions, il n’y a personne qui va contester. Quand vous les prenez un peu moins, la chance qu’on a, j’allais dire, quand on est une fille, c’est qu’ils viennent de manière un peu moins virulente. Il faut jouer avec ses qualités et pas forcément copier les autres», appuie l’arbitre qui a officié lors de la dernière Coupe du monde de rugby féminine en Angleterre. Même si certains joueurs peuvent en jouer. «Si on veut être un peu trop gentil, automatiquement derrière, ils vont vouloir nous parler un peu plus, essayer de négocier des choses», ajoute Aurélie Groizeleau.


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La relation entre joueurs et arbitres dans le rugby est connue pour être plus cordiale, plus respectée. C’est d’ailleurs ce que Stéphanie Frappart envie. De son côté, l’arbitre de rugby aimerait davantage que les décisions sur le terrain se prennent plus rapidement comme cela est le cas dans le monde du ballon rond.

Des stages dédiés aux femmes

À l’heure où les mentalités commencent à changer, avec des stages d’arbitres entièrement dédiées aux femmes, la montée en puissance du football et du rugby féminin laisse porter à croire que le nombre d’arbitres femmes devrait aller en ce sens. Et cela passe également par le salaire. «Il faut que ça soit sur un pied d’égalité. Mais forcément, l’argent qui est véhiculé dans les compétitions masculines n’est pas le même que dans les compétitions féminines. C’est assez compliqué de se dire à quel moment ça sera égalitaire. C’est toujours compliqué car dans la société, des postes de femmes au plus haut niveau n’ont pas les mêmes rémunérations que les hommes», glisse Stéphanie Frappart.

Propos approuvés par son homologue du rugby. «En termes de médiatisation des compétitions, on n’est pas du tout sur la même échelle. Donc automatiquement, les retombées économiques ne sont pas les mêmes. Si je parle du championnat français féminin (rugby), qui n’est toujours pas professionnel pour la première division, aujourd’hui, ça reste problématique car on a une équipe de France qui est moyenne, mais qui est dans le top quatre mondial. Mais on sait qu’aujourd’hui, ce sera difficile d’aller chercher un titre mondial si le championnat n’est pas performant.»

Si tous ces facteurs peuvent faire peur à la nouvelle génération, les deux arbitres sont unanimes, «Osez !» «Prendre un sifflet et siffler dedans pour la première fois. C’est ce qui détermine, si on aime ça, si on est passionné. En tant que femme, on se pose souvent beaucoup de questions, beaucoup trop peut-être. (rire) Il suffit juste de dire : ’’J’y vais et on verra ce qui se passe. On se posera les questions après’’» , clame Aurélie Groizeleau. Aux plus jeunes, le message est envoyé. L’histoire de l’arbitrage féminin est entre vos mains.