L’ONG Amnesty Interntational travaille depuis longtemps sur ce sujet sensible. « Les étudiants qui émettent des opinions critiques contre le gouvernement chinois nous ont dit avoir été menacés ou intimidés à leur sortie des cours, confie Sara Rydkvist, sa responsable des opérations hongkongaises. « Cette surveillance n’a pas lieu que dans les universités. Des étudiants qui avaient participé à des manifestations dénonçant le comportement du régime nous ont dit que leur famille en Chine avait ensuite reçu la visite de la police locale ou d’agents de la sécurité nationale. »
Certains ont été arrêtés et incarcérés pendant plusieurs semaines lors de leur retour pour les vacances en Chine. Une situation qu’elle considère d’autant plus inquiétante que les dirigeants politiques, la police et les responsables universitaires n’ont pas pris conscience « de la nature et de l’étendue du problème ».
La crainte de froisser Pékin
À moins qu’ils ne préfèrent fermer les yeux pour ne pas froisser les autorités chinoises ? En février 2025, l’université de Sheffield Hallam a réclamé que Laura Murphy, professeure en droits de l’homme et d’esclavage moderne, mette fin à ses recherches sur le travail forcé de la minorité ouïghoure, un sujet qui irrite le gouvernement chinois. L’université n’a fait marche arrière qu’en octobre après que sa professeure l’a menacée de poursuites judiciaires.
Les universités belges démunies face au risque d’espionnage chinois
Le poids des étudiants chinois au Royaume-Uni explique ce comportement. Lors de l’année universitaire 2012-13, les Chinois ont dépassé les Européens pour devenir la plus importante cohorte de nouveaux étudiants étrangers, avec 56 535 inscrits. Ils n’ont été détrônés qu’en 2022- 23 par les Indiens, mais avaient néanmoins enregistré 102 795 nouveaux étudiants, soit 14 % de tous les nouveaux étudiants étrangers, dont les frais universitaires sont trois fois supérieurs à ceux des étudiants britanniques.
« Les universités britanniques dépendent désormais financièrement de la présence de nombreux étudiants chinois, donc leurs vice-chanceliers choisissent de ne pas déplaire aux autorités chinoises plutôt que de défendre l’intégrité et l’indépendance de leurs chercheurs, s’alarme Steve Tsang. Autrefois, ils recevaient des salaires relativement normaux et se comportaient en universitaires. Aujourd’hui, leurs salaires sont beaucoup, beaucoup plus élevés donc ils se comportent comme les directeurs exécutifs d’une entreprise et calculent tout en des termes monétaires ! »