Au départ de l’aventure, il y a « un projet d’école » à l’Ensaia, l’École Nationale Supérieure en Agronomie et Industries Alimentaires, à Vandœuvre-lès-Nancy. Vincent Heurtel, 29 ans, de Thionville , a donc travaillé dans le cadre du projet européen BUILD dans une équipe pluridisciplinaire qui réfléchissait sur « une solution basée sur la nature. » Le jeune homme avait fait un stage dans un zoo au lycée et avait « un peu commencé l’élevage d’insectes. » C’est tout ça qui lui a donné l’idée de faire « biodégrader du plastique par des vers dans des fermes classiques de vers de farine », souligne-t-il. Ces vers, « ont la capacité à biodégrader des plastiques. Grâce à des enzymes et des bactéries, ils vont casser les molécules de carbone. » Et ce, de « quasiment tous les types de plastique. »
Bien sûr, ces petits animaux « ont besoin de plusieurs aliments » pour vivre, sinon, ils ne se porteraient pas très bien. Si on ne les nourrissait que de plastique, « c’est comme si nous, nous ne mangions que des pommes de terre. »
Ces vers « sont des organismes assez simples, qu’il faut faire jeûner un certain temps afin qu’ils éliminent les résidus de plastique », poursuit Vincent Heurtel qui a donc fondé la start-up « Worm Génération ». Ces vers « ont été autorisés à l’alimentation humaine en 2021. » Et il a « toujours un projet ambitieux et intéressant mais qui ne peut pas être appliqué » à cause d’un cadre réglementaire européen mis en place à partir de 2018.
Nouveaux débouchés
En effet, ces vers « sont des animaux d’élevage et il est interdit de donner à manger à des animaux d’élevage ce genre de matières. » Le credo de Vincent Heurtel est « de montrer les superpouvoirs des insectes, c’est le plus interpellant. »
Dans sa ferme à insectes thionvilloise, « il n’y a pas de plastique dans les matières entrantes » et les « biodéchets sont exclus. » Vincent Heurtel s’organise pour « récupérer des matières organiques en fin de vie, mais avant que ça devienne des déchets. J’ai fait des expériences sur le marché de Thionville » en collectant « les invendus des commerçants et éviter que ça ne soit jeté à la poubelle. Il y a énormément de matières qui peuvent être valorisées. »
Quant aux vers de farine , « je les garde pour la reproduction et maintenir mon cheptel en attendant de pouvoir développer les nouveaux débouchés. » Le but est d’arriver « à une production agricole circulaire et locale » en utilisant « les insectes comme aliment protéiné pour l’être humain. »
Et puis, il y a le Frass, le guano des insectes. « Pour un kilo de vers de farine produit, on a au final, 3 kilos de déjections naturelles. » Ce frass est « un produit exceptionnel pour fertiliser. » Divers débouchés, plus qu’intéressants, sont donc en cours de développement pour c et élevage. Pour le moment, Vincent Heurtel dispose d’une centaine de bacs d’insectes, « un bac contient de 10 à 20 000 larves »… Le champ des possibles est ouvert.