L’Italien Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne, s’est vu attribuer le prix Charlemagne 2026, distinction prestigieuse décernée à des personnalités ayant œuvré pour la construction européenne. L’annonce a été faite samedi par les organisateurs à Francfort, dans un contexte marqué par de fortes inquiétudes sur l’avenir économique et géopolitique du continent.
« La situation est grave », a déclaré Armin Laschet, député allemand et président du comité de sélection. « L’Europe ne doit pas devenir un pion entre les mains de puissances étrangères face à l’accumulation des crises géopolitiques », a-t-il averti, appelant à un sursaut collectif. « Si l’Europe n’est pas compétitive sur le plan économique, elle ne disposera pas, à long terme, des bases financières, technologiques et industrielles pour garantir sa sécurité », a-t-il ajouté.
Mario Draghi reste largement crédité d’avoir sauvé l’euro de l’effondrement au plus fort de la crise de la dette souveraine, en 2012, lorsqu’il avait promis de faire « tout ce qu’il faudra » pour préserver la monnaie unique. Depuis son départ de la BCE en 2019, il n’a cessé de plaider pour un approfondissement de l’intégration économique européenne afin de permettre à l’Union de rivaliser avec les États-Unis et la Chine.
Dans son rapport majeur de 2024 sur la compétitivité européenne, l’ancien banquier central appelait à des « réformes radicales », formulant 383 recommandations. Il y préconisait notamment une réglementation commune des marchés de capitaux, une réduction de la bureaucratie pesant sur les entreprises et un renforcement de la capacité d’investissement du continent.
La distinction intervient dans un climat de tensions croissantes, marqué par la montée de partis antisystème dans plusieurs pays européens et par un environnement international de plus en plus hostile, entre la Russie et les États-Unis. « Cette décision intervient à un moment où l’Europe n’a peut-être jamais compté autant d’ennemis qu’aujourd’hui, tant intérieurs qu’extérieurs », a déclaré Mario Draghi, 78 ans, dans un message vidéo de remerciement. « Nous devons devenir plus forts : plus forts militairement, plus forts économiquement et plus forts politiquement », a-t-il insisté.
Nommé d’après Charlemagne, roi des Francs devenu empereur et premier à unifier une large partie de l’Europe occidentale après la chute de l’Empire romain d’Occident, le prix est décerné par un comité de 17 membres et remis à Aix-la-Chapelle, ancienne capitale de l’empire carolingien. Créé en 1949, il vise à promouvoir l’idéal européen dans l’après-guerre.
Parmi les précédents lauréats figurent le pape François, le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le peuple ukrainien, ainsi qu’Emmanuel Macron ou encore l’ancien président tchèque et dissident Václav Havel.