Après les petits boulots, les pieds dans l’eau. Depuis le 8 janvier, 10 jeunes originaires du Neuhof vivent un rêve éveillé dans les Caraïbes : « le voyage d’une vie » loin de Strasbourg entre Miami, le Mexique, les Bahamas et le Honduras. Un projet entièrement autofinancé, récompense de sept années marquées par le travail, la rigueur et la détermination.
Nager au milieu des Caraïbes avec des raies, explorer les forêts tropicales du Honduras, faire des saltos dans une eau mexicaine turquoise. Pour beaucoup, c’est un rêve. Juste un rêve. Pour ces 10 jeunes venu(e)s du Neuhof, c’est devenu une réalité.
© Jamila Haddoum / Document remis
Le 8 janvier dernier, un avion les emmène à Miami pour ce qui marque l’aboutissement d’un projet fou, lancé sept ans plus tôt. Depuis une semaine, ils et elles goûtent donc un peu au paradis sur Terre, à environ 8000 kilomètres de Strasbourg.
Toutes et tous sont désormais convaincu(e)s d’une chose : rien n’est impossible.
© Jamila Haddoum / Document remis
« On avait zéro euro, on pouvait bien rêver »
Lunettes de soleil sur le nez et grands sourires, les 10 vingtenaires savourent le fruit de leur détermination. Pendant des années, ils et elles ont multiplié les actions pour autofinancer leur projet, notamment en organisant des événements, en travaillant en parallèle de leurs études, etc. « Personne ne leur en a fait cadeau. Cette réussite, ils ne la doivent qu’à eux-mêmes », martèle Jamila Haddoum.
Animatrice au Centre socioculturel du Neuhof, habituée à lancer des défis ambitieux aux jeunes de son quartier, c’est elle qui est à l’origine de ce projet un peu fou, lancé il y a sept ans.
Séance photo avec la police du Honduras. © Jamila Haddoum / Documents remis
À l’époque, l’animatrice réunit un groupe mixte de jeunes « qui se connaissaient de vue sans pour autant être des potes ». À eux ensuite de décider de la destination.
Au-delà des envies des un(e)s et des autres, celle-ci dépend surtout du budget. Et en 2018, personne n’arrive encore à estimer ce dernier. « Au départ, c’était Tokyo, puis le Kenya… un peu de tout. On avait zéro euro, on pouvait bien rêver. »
L’objectif était de leur dire : on peut rêver, donc on va se permettre de rêver. Où est-ce que vous voulez aller ? On va s’en donner les moyens !
Jamila Haddoum, animatrice au CSC Neuhof
© Jamila Haddoum / Document remis
« On a appris à travailler ensemble »
Malik est l’un de ces jeunes. Comme les autres membres du groupe, il côtoie Jamila depuis qu’il est petit : « J’ai un peu grandi au centre, j’allais à l’aide aux devoirs, j’étais inscrit à des activités. » Alors, lorsqu’elle lui parle de ce projet voyage, même s’il n’est alors que collégien, il n’hésite pas : « Je me suis tout de suite dit que ça serait une occasion unique. Mais on ne se doutait pas que ça prendrait autant de temps. »
Aujourd’hui, Malik est en dernière année de licence, il veut devenir prof d’histoire. Certes, le chemin a été long depuis le collège, mais il y a quelques jours, il s’est baigné au milieu des raies, sur une plage de l’île paradisiaque de Cozumel (mer des Caraïbes) !
© Jamila Haddoum / Document remis
Pour Jamila, le voyage est un prétexte, la cerise sur le gâteau. Le réel objectif ? Apprendre à des jeunes à se dépasser, à croire en leurs rêves. Elle revendique la nécessité de permettre aux jeunes de se sentir valorisé(e)s : « Ce qui nous intéresse vraiment, c’est le chemin parcouru pendant ces sept années. Ils ont pris une certaine confiance en eux, ils ont géré des budgets, ils sont plus autonomes. On a démarré avec des ados, on a maintenant de jeunes adultes. »
Pour preuve, dès le départ, la règle est établie : si le centre socioculturel accompagne et encourage les jeunes dans leur projet, hors de question pour la structure d’y mettre le moindre centime.
© Jamila Haddoum / Documents remis
Pour financer le voyage, les jeunes se donnent à fond : services lors de mariages, organisation de fêtes pour Halloween et Noël, loto bingo, soirées raclettes, barbecues ou encore enquêtes de satisfaction pour le Zénith de Strasbourg. Malik précise : « Dès qu’il y avait une demande, on était là pour aider. »
Jamila se souvient de la confiance qui s’est établie à l’égard de ces jeunes très motivé(e)s : « Un mariage, c’est quand même l’histoire d’une vie ! Et pourtant, des personnes ont fait confiance à ces jeunes du Neuhof. Un quartier qui a pour habitude de ne pas avoir une bonne réputation. »
Pour Halloween par exemple, on décorait le centre socioculturel, on organisait l’animation, on vendait à manger et à boire.
Malik, membre du groupe, étudiant en histoire
© Jamila Haddoum / Document remis
Les années passant, il a fallu faire preuve de détermination, même lorsque certaines actions se terminaient avec un bénéfice de quelques euros seulement. Malik se souvient avoir dû garder en tête son objectif lorsque, ado, il préparait des sandwichs pour ses ami(e)s du quartier qui s’amusaient : « Je voyais mes amis qui étaient là, en train de profiter, pendant que je travaillais. Je ne gagnais rien sur le coup. Ce qu’on visait, c’était sur le long terme. »
Il retient l’esprit d’équipe, la persévérance… et au bout du bout : la réussite. « On a appris à travailler ensemble, à servir ensemble, parfois à rater ensemble. Pendant les services, on a pu faire tomber des choses. Nous n’étions pas des professionnels, juste des étudiants. Mais on a toujours réussi à se rattraper, à faire de notre mieux. »
© Jamila Haddoum / Documents remis
« Maintenant qu’on a fait ça, on se dit qu’on peut faire ce qu’on veut »
Depuis le départ, le 8 janvier dernier, Jamila poste régulièrement les aventures du groupe sur les réseaux sociaux. « On n’arrive pas à y croire, ça y est, on y est ! » exulte-t-elle sur Snapchat au moment d’embarquer dans l’avion qui les emmène à Miami.
Depuis, les jeunes ont pu embarquer sur le Icon of the Seas, plus gros paquebot du monde, symbole de la démesure de leur rêve devenu réalité. Mariam jubile : « Ce n’est pas un simple voyage, c’est une expérience unique que l’on est en train de vivre ! » Âgée d’une petite vingtaine d’années, elle profite de deux semaines de vacances bien méritées, avant de retourner à son job.
C’est la première fois qu’elle part aussi loin, chose qui lui semblait jusqu’à présent inimaginable : « Ça parait totalement inatteignable ! Mais maintenant qu’on a fait ça, on se dit qu’on peut faire ce qu’on veut. »
© Jamila Haddoum / Documents remis
Jamila sait que la démesure du voyage peut faire jaser. Elle assume le fait d’avoir poussé des jeunes à aller au bout de leur rêve : « Bien sûr, on peut me parler d’empreinte carbone. Mais la majorité de ces jeunes, ils n’ont jamais pris l’avion. C’est un voyage unique, et ce n’est pas comme s’ils allaient reproduire ça régulièrement. »
Alors chacun(e) profite, rit, échange avec les locaux, goûte des spécialités locales, parle des langues étrangères. Si, sur le bateau, les Strasbourgeois(es) sont devenu(e)s les chouchous de l’équipage, à Strasbourg, beaucoup suivent leurs aventures.
Mariam raconte avoir reçu beaucoup de retours : « Les gens nous disent de profiter un maximum. Il y a beaucoup de jeunes chez nous qui auraient rêvé d’être à notre place. » Pour Jamila, cet engouement est important : « Ils sont tous contents, ils me montrent les messages. Ils se font féliciter et se sentent valorisés. »
© Jamila Haddoum / Document remis
L’animatrice espère que ce projet va ouvrir la voie à d’autres initiatives semblables, qu’il va pousser d’autres jeunes à croire en leurs rêves et d’autres animateurs/rices à s’engager.
Pour l’instant, tandis que le petit groupe trace sa route vers les Bahamas, elle savoure la réussite d’un projet unique : « Les voir découvrir le monde, s’émerveiller, ça me rend vraiment heureuse. Là, en ce moment, je vis à travers eux, je les regarde sourire, ils sont heureux. Je me dis qu’on n’a pas fait tout ça pour rien. »