Plus d’un quart de siècle après le début des négociations, l’Union européenne et le Mercosur sont parvenus à un résultat historique : un accord de partenariat qui rapproche nos deux régions et qui bénéficie à près de 700 millions de citoyens. Cet accord de partenariat créera l’une des plus grandes zones commerciales au monde, qui s’étendra sur 31 pays et représentera près d’un cinquième du PIB mondial. Il renforcera les liens entre deux régions partageant les mêmes valeurs.
À l’heure de l’augmentation des droits de douane et des restrictions commerciales, cela revêt une importance bien réelle, non seulement pour nos continents respectifs mais aussi pour l’économie mondiale. La semaine qui vient, le Parlement européen débattra du bien-fondé de l’accord, exerçant ainsi sa responsabilité démocratique. J’attends avec intérêt ce dialogue constructif avec les députés européens sur un accord qui mérite d’être largement soutenu et dont les avantages se feront sentir dans chaque État membre de l’UE.
L’accord permettra en effet de supprimer des droits de douane pour plusieurs milliards d’euros, il ouvrira les marchés publics et offrira aux entreprises la prévisibilité dont elles ont besoin pour se développer et investir. Les 60.000 entreprises européennes qui exportent déjà vers le Mercosur en bénéficieront immédiatement car elles réaliseront, d’après les estimations, 4 milliards d’euros d’économies annuelles de droits à l’exportation.
Bien d’autres, en particulier les petites et moyennes entreprises, auront plus facilement accès à un marché en croissance rapide, ce qui débloquera de nouveaux investissements, stimulera la croissance et promouvra des emplois de qualité dans toute l’Europe.
Cet accord dynamisera ainsi la croissance économique sur nos deux continents. Nous le savons parce que c’est un modèle que nous avons déjà vu à l’œuvre. Il y a huit ans, l’accord commercial UE-Canada est entré en vigueur. Depuis lors, le commerce bilatéral a augmenté de plus de 70 %, créant des emplois de qualité et renforçant les chaînes d’approvisionnement de l’Europe en matières critiques. L’accord UE-Mercosur devrait être source d’avantages similaires, les exportations de l’UE devant enregistrer une croissance susceptible d’atteindre 50 milliards d’euros. Il s’agit là non pas de chiffres abstraits, mais de réussites à venir pour les entreprises et les citoyens partout en Europe.
Une relation « gagnant-gagnant »
Fondamentalement, nos deux économies sont complémentaires. L’Europe a besoin d’un accès sécurisé aux matières premières qui sous-tendent nos transitions écologique et numérique (lithium, minerai de fer, nickel et autres). L’Amérique latine détient certaines des plus grandes réserves mondiales. Dans le même temps, les pays du Mercosur ont besoin d’un accès stable aux investissements, à la technologie et à des marchés diversifiés. C’est exactement ce que l’Europe apporte.
Le 17 janvier, la présidente de la Commission Européenne s’est rendue au Paraguay pour signer l’accord UE-Mercosur. (Crédits : LTD/AFP – AFP)
Il en résulte une relation véritablement « gagnant-gagnant ». L’Amérique latine progresse sur la chaîne de valeur, passant de l’extraction à la transformation et au raffinage, ce qui crée de meilleurs emplois et des industries plus résiliantes. Pour l’Europe, cela signifie de nouveaux débouchés pour nos entreprises et une plus grande sécurité d’approvisionnement en matériaux essentiels pour les technologies de demain.
Il s’agit d’un accord qui profite non seulement à l’industrie, mais aussi aux agriculteurs européens. Les exportations de produits agricoles de l’UE vers les pays du Mercosur devraient croître de près de 50 %, alors que plus de 350 indications géographiques européennes seront reconnues. Ainsi, des produits allant du comté au prosciutto di Parma en passant par le cava et la polska wódka bénéficieront désormais d’une solide protection juridique dans toute l’Amérique latine.
L’accord ouvrira de nouvelles perspectives importantes aux exportations de produits agricoles de l’UE, tout en veillant à ce que ceux importés dans l’UE respectent nos normes élevées de santé et de sécurité. Et nous avons obtenu des garanties solides pour nos secteurs agroalimentaires sensibles grâce à des mécanismes limitant les importations en provenance du Mercosur, si nécessaire. Cet accord montre que l’ouverture commerciale et la protection des échanges ne sont pas incompatibles et qu’elles sont toutes deux inscrites dans la conception de l’accord.
Tous les secteurs de l’économie de l’UE, y compris nos agriculteurs, peuvent donc le soutenir en toute confiance. L’importance de ce pacte va bien au-delà de l’économie. Il s’agit d’un signal stratégique à l’heure où les blocs géopolitiques se durcissent et où la fragmentation s’accroît. L’UE et le Mercosur choisissent la coopération plutôt que la concurrence, le partenariat plutôt que la polarisation.
L’accord met en évidence la volonté des économies à croissance rapide du monde entier de nouer avec l’Europe des relations fortes en matière de commerce et d’investissement car nous restons un partenaire stable et fiable. Dans un monde aux prises avec l’incertitude économique et l’éclatement géopolitique, l’UE et le Mercosur s’engagent sur une autre voie – faite de liens de confiance, fondée sur la stabilité et la prévisibilité, avec un vaste marché intégré reposant sur l’État de droit.
Nous disposons ainsi d’une plateforme commune pour relever ensemble les grands défis mondiaux de notre époque, depuis la lutte contre le changement climatique et la déforestation jusqu’au renforcement et à la réforme des institutions mondiales.
Cet accord est plus qu’un pacte commercial. Il s’agit d’une déclaration d’intention par des régions partageant les mêmes valeurs, déterminées à façonner une économie mondiale plus ouverte, plus prévisible et plus coopérative. Les négociations ayant débuté en l’an 2000, des générations de dirigeants ont fait avancer ce projet. En le faisant aboutir maintenant, alors que nous connaissons une période de conflit, de fragmentation et de protectionnisme croissant, nous adressons un message clair au monde : le commerce mondial peut encore reposer sur la confiance et sur des intérêts communs et il peut apporter de réels bienfaits à nos citoyens et à nos économies.