AMAURY CORNU / Hans Lucas via AFP
Une photo illustrative nocturne du commissariat central du 20e arrondissement, à Paris, où se sont déroulés les faits, prise le 16 janvier 2026.
La famille d’un Mauritanien de 35 ans, El Hacen Diarra, mort dans la nuit de mercredi à jeudi pendant sa garde à vue dans un commissariat parisien du 20e arrondissement, dénonce, vidéo à l’appui, des violences policières et demande la désignation d’un juge d’instruction.
Me Yassine Bouzrou a indiqué ce samedi 17 janvier à l’AFP avoir porté plainte pour « violences volontaires ayant entraîné la mort ». Cette plainte « s’impose face à l’absence de saisine d’un juge d’instruction par la procureure de la République, alors que les circonstances de ce drame sont marquées par des preuves accablantes », souligne-t-il dans un communiqué.
La désignation d’un juge d’instruction est, selon lui, indispensable « pour établir les responsabilités » et faire « la transparence totale sur les conditions de l’interpellation, de la garde à vue, et des soins prodigués ».
À l’appui de la plainte, une vidéo, filmée de nuit par des voisins, montrant « des violences commises sur lui lors de son interpellation », relève Me Bouzrou. Sur ces images, on distingue deux policiers, dont l’un, à genoux, donne deux coups de poing en direction d’un homme plaqué au sol, avant l’arrivée de leurs collègues en voiture, une minute plus tard.
« Mare de sang »
« Des témoins ont vu une mare de sang sur les lieux de l’interpellation, attestant de la violence extrême subie par El Hacen Diarra (…). À son arrivée au commissariat, les policiers eux-mêmes ont estimé nécessaire une hospitalisation immédiate », souligne-t-il.
« Ces éléments confirment qu’El Hacen Diarra a été victime de violences graves lors de son interpellation, et peut-être même au sein du commissariat du 20ᵉ arrondissement, connu pour différentes affaires de violences et agressions sexuelles commises sur des gardés à vue », ajoute-t-il, se référant à deux condamnations pour des faits commis entre 2019 et 2021.
Après le décès d’El Hacen Diarra, le parquet de Paris a indiqué avoir confié une enquête en « recherche des causes de la mort » à l’IGPN, la police des polices.
Selon le parquet, les policiers avaient contrôlé El Hacen Diarra après l’avoir « vu rouler un joint de cannabis ». Selon ses proches, l’homme « buvait simplement un café en bas du foyer (où il résidait) lorsque la police est venue vers lui ».
« Indiquant avoir été confrontés au refus de se soumettre aux palpations, les policiers ont procédé à l’interpellation du suspect, qui a chuté au sol, entraînant deux policiers dans sa chute à deux reprises. Un policier a indiqué avoir fait usage du taser, le touchant notamment à la cheville », affirme le parquet à l »AFP.
« Interpellé à 22h45, (M. Diarra) a été conduit au commissariat sans autre incident au cours du transport » et son dépistage d’alcoolémie était « négatif », précise-t-il.
« Rébellion »
El Hacen Diarra « était en possession de faux documents administratifs, et de matière brunâtre s’apparentant à du cannabis », selon le parquet et il avait été placé en garde à vue pour l’usage de ces faux documents et la détention du cannabis, ainsi que pour « rébellion ».
« Son transport à l’hôpital a été requis par l’officier de police judiciaire en raison de la plaie qu’il présentait à l’arcade », selon la version du parquet.
« Alors qu’il était en attente sur un banc du commissariat, (il) a été vu faire un malaise, son arrêt cardio-respiratoire a été constaté, et un policier a débuté un massage cardiaque, poursuivi par les pompiers à leur arrivée à 23h45. Le décès de la personne a été constaté à 00h20 », explique encore le parquet à l’AFP.
L’avocat de la famille, de son côté, dénonce des « allégations médiatiques de la procureure de la République reprenant, en toute partialité, l’unique version des policiers ».
Le fait que les policiers n’aient pas été placés en garde à vue ou qu’un juge d’instruction, indépendant, n’ait pas été saisi « font objectivement craindre l’intention de la procureure de Paris d’exonérer les policiers de toute responsabilité ». Sollicité, le parquet de Paris n’a pas réagi à cette mise en cause.
Un rassemblement d’hommage à El Hacen Diarra est organisé ce dimanche, auquel plusieurs personnalités de la gauche parisienne ont appelé à se joindre, dont la députée (ex-LFI) Danielle Simonnet, le sénateur communiste Ian Brossat et ou la députée LFI Rima Hassan.