Pierre Guillois et son complice Olivier Martin Salvan avaient déjà présenté à Marseille deux petits bijoux à l’invitation du théâtre du Gymnase (1) : les irrésistibles Bigre! et  Les Gros patinent bien. Pierre Guillois revient cette fois avec sa création, Foutue bergerie, qui balance « entre l’humour potache et le drame ». 

Vous êtes connu pour votre humour : vous avez reçu le Molière du meilleur spectacle comique pour « Bigre ! » (*). Faut-il s’attendre à un humour plus trash dans « Foutue Bergerie »?

La pièce est un drame rural dans lequel s’immisce de l’humour grivois. Tous les acteurs jouent plusieurs rôles, dont les brebis. Elles sont particulièrement costaudes niveau vocabulaire. En effet c’est un peu trash. La pièce balance entre humour potache et choses dramatiques, c’est un exercice d’équilibriste. Elle raconte une histoire de deuil, alternant moments délicats et moments grossiers. Parce que la vie est complexe.

La pièce commence par le suicide d’un agriculteur. Peut-on rire de tout ?

De tout je ne sais pas, mais on peut rire de beaucoup de choses, en tout cas, tout dépend comment on le fait. La pièce raconte des choses terribles, le suicide d’un adolescent, le deuil d’une famille. Ce drame est pris tout à fait au sérieux. Les moutons témoins de ce suicide vont pouvoir se permettre de faire des blagues. C’est un exutoire nécessaire pour absorber des choses très dures. Le regard des animaux sur les hommes permet de prendre de la distance. 

Comme dans les fables ?

Les brebis sont des commères : elles cancanent, disent du mal des gens, elles sont racistes : elles ne supportent aucun autre animal de la ferme, elles exècrent tous les volatiles. En plus, elles sont frustrées sexuellement. Ces figures sont à la fois drôles, franchouillardes, râleuses. Elles ne sont jamais contentes mais on les trouve malgré tout ultra-sympathiques malgré tous leurs défauts! C’est la meilleure formule que j’ai trouvée pour parler d’elles.

On dit souvent « qui aime bien châtie bien ». Venez-vous du monde paysan ?

Non. L’idée de ce spectacle m’est venue il y a une quinzaine d’années quand j’ai pris la direction du théâtre de Bussang dans les Vosges, une région isolée. Je trouve important en fait que le théâtre, que les artistes se saisissent d’histoires qui ne sont pas forcément les leurs, des histoires qui ne sont jamais racontées. Le monde ouvrier n’est quasiment pas présent sur les scènes de théâtre, le monde rural n’en parlons pas.

Cristiana Reali fait partie de la distribution. Vous connaissez-vous ?

Nous nous connaissons depuis longtemps. J’adore cette actrice, elle connaît mon travail, nous avions envie de collaborer. Le personnage de la mère était assez évident pour elle, mais ce n’est pas un grand rôle. Je lui ai donc proposé qu’elle tienne celui de la mère et celui d’une brebis. Cela lui a plu, cela la sortait de sa « zone de confort »!

L’actualité fait-elle écho à votre pièce ?

Il faut laisser la pièce traverser le temps. Dans ma pièce, il est question d’élevage ovin, du loup, mais les références trop précises ne sont pas nécessaires. De tout le temps, j’ai vu régulièrement les agriculteurs, les éleveurs manifester et être en péril. Leur condition est fragile.

(1) qui doit rouvrir ses portes en septembre 2027

« Foutue Bergerie », du mardi 20 au samedi 24 janvier Le Gymnase hors les murs au théâtre de l’Odéon, puis du 3 au 7/ février au Jeu de Paume à Aix-en-Provence. A partir de 16 ans. 10/38€. lestheatres.net