À l’issue du sommet du Commonwealth d’octobre 2024 (le prochain étant prévu en novembre 2026), et sous la pression des États caribéens, le roi Charles III et le gouvernement Starmer ont reconnu que « le moment était venu » d’aborder la question de la justice réparatrice liée à l’esclavage.
Une reconnaissance tardive, alors que l’esclavage a profondément structuré l’économie britannique : la base de données “Legacies of British slave-ownership” de l’University College London (UCL), 10 à 20% de la richesse britannique aurait aujourd’hui encore des liens avec l’esclavage, pourtant aboli depuis 1833. Cette prise de position tranche avec l’héritage du XIXᵉ siècle, lorsque l’État britannique avait choisi d’indemniser les propriétaires d’esclaves, et non les esclaves eux-mêmes, et ce jusqu’en 2015 au bénéfice de leurs descendants.
Pour l’heure, Londres refuse toutefois les revendications portées par la CARICOM, qui estime le montant des réparations à 21 500 milliards d’euros. Ce blocage pousse les États caribéens à multiplier les actions collectives et diplomatiques, comme l’envoi de représentants à Londres en novembre dernier, mais aussi à s’éloigner progressivement de la Couronne britannique, à l’image de la Barbade devenue république en 2021.
Comment la lutte pour la réparation de l’esclavage a-t-elle émergé et circulé entre les Etats de la Caraïbe ? Comment se sont-ils structurés politiquement pour formuler leurs revendications collectives face au Royaume-Uni ? De quels leviers disposent-ils pour peser sur Londres, et comment l’actuel gouvernement travailliste compose-t-il face à ces demandes ?
Mélanie Chalandon s’entretient avec Fabienne Viala et Maboula Soumahoro.
Focus – France/Haïti, la “double dette”
Avec Jean-Marie Théodat, directeur du département de géographie à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Lors de la création de la commission mixte entre Haïti et la France, le président Emmanuel Macron évoquait une “double dette”. En effet, la question des réparations liées à la période coloniale existe, mais pour Haïti, cela se double de la demande de remboursement des “indemnités” que l’île a dû payer en 1825 pour que la France reconnaisse son indépendance.
Pour aller plus loinRéférences sonores
- Aloun Ndombet-Assamba, avocate jamaïcaine, revendique l’importance du versement des réparations par le Royaume-Uni lors d’une plaidoirie organisée – Oxford Union Society, 14/07/2015
- A la tribune de l’ONU, la Première ministre de la Barbade Mia Amor Mottley demande des réparations globales au Royaume-Uni pour la colonisation et l’esclavage – Authentic African, 02/01/2025
- Opal Palmer Adisa, poétesse jamaïcaine, explique le principe même de la démarche de réparations qu’elle assimile à un geste de dignité – SBS Dateline, 15/03/2023
- Keir Starmer estime qu’il vaut mieux se tourner vers l’avenir et combattre ensemble le changement climatique et raffermir la coopération commerciale – DailyMail News, 25/10/2024
- Une militante jamaïcaine pour la réforme constitutionnelle et le passage de la monarchie à la République lit la lettre qu’elle a adressée à Charles III – SBS Dateline, 15/03/2023
- Discours du président haïtien Jean-Baptiste Aristide de 2003 où il demande le remboursement de la dette – INA actu, 01/05/2025
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