Par

Thibault Nadal

Publié le

18 janv. 2026 à 7h04

À l’évocation de New York, leurs visages s’illuminent instinctivement. « C’est une ville qui nous fait rêver », évoque tout de suite Djassim, 12 ans, scolarisé en 5e au collège Elsa Triolet (15e) dans les quartiers nord de Marseille. Mais le chemin vers les États-Unis est encore très long et avant de s’envoler, les élèves et leurs encadrants doivent réunir 100 000 euros. Pour obtenir cette somme considérable, ils vont multiplier les actions jusqu’à leur départ, programmé au printemps 2028. actu Marseille a pu rencontrer les acteurs de ce projet fou.

Une ville qui fascine les élèves

Spiderman, GTA, le cinéma, la statue de la Liberté… Chez Djassim et Niaama, les références à New York sont plurielles. « C’est une ville incroyable », résume la jeune fille. Son camarade parle, lui, « d’une ville avec de l’aura, où il se dégage quelque chose ».

Alors, depuis qu’ils en ont entendu parler, leur algorithme TikTok ne leur propose plus que ça à les écouter. Pourtant, de la principale ville des États-Unis, ils n’en savent rien. Juste qu’ils ont « une chance incroyable de pouvoir y aller ».

Cette folle idée, c’est celle du principal de leur collège, Bruno Hérot. Passionné par New York, il raconte que ce projet est « né d’une boutade » à l’octobre 2024. Lui qui devait déjà y partir avec des élèves d’un autre établissement, avant que le voyage ne tombe à l’eau en raison des attentats de 2015.

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À l’été 2025, le projet « Nord York » devient concret et prend forme petit à petit. La promotion des 6e, actuellement en 5e, est choisie. Sur les 98 inscrits, 46 y adhèrent (avec l’accord de leurs parents). « Il n’y a eu aucune sélection », assure le principal.

Enseignants et élèves vont devoir trouver 80 000 euros

Mais dans ce collège, classé en REP+ (réseau d’éducation prioritaire), la question de l’argent devient très vite centrale. « La majorité n’a pas les moyens d’y aller par eux-mêmes », concède-t-il. Bruno Hérot fait les comptes et budgétise ce voyage à 100 000 euros. Il est alors demandé une participation de 20 euros, chaque mois, aux parents des élèves inscrits. « Pour certains, c’est difficile », reconnaît-il.

C’est là tout l’enjeu du projet, et non du voyage, comme le martèle le principal. Les élèves et leurs encadrants vont devoir trouver les 80 000 euros manquants. Pour y arriver, de multiples initiatives ont et vont voir le jour durant ces deux ans et demi. Les élèves ont par exemple profité des vacances de Noël ont par exemple servi à vendre des calendriers. Résultat ? 4 000 euros empochés. Un loto et la tenue d’un stand à un festival sont déjà prévus. Une cagnotte a également été lancée.

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Mais ces sommes ne suffiront pas à combler le manque. Alors, pour y arriver, Bruno Hérot mise sur « l’implication des familles » et des élèves.

Ils vont devoir démarcher des entreprises, des personnes afin de présenter ‘Nord York’. Ils vont donc devoir être présentables et être capables de bien s’exprimer. Cela les entraîne pour leur démarche future de recherches de stages et d’entretien pour du travail.

Bruno Hérot
Principal du collège Elsa Triolet dans le 15e arrondissement de Marseille

Un travail accru auprès des élèves

Les 46 élèves sont évidemment épaulés dans ces démarches, par le principal du collège Elsa Triolet, mais aussi par plusieurs structures associatives : l’Adaap13 et les centres sociaux Les Bourrely et Grand Saint-Antoine.

Et cela semble (déjà) porter ces fruits. Djassim, atteint de troubles TDAH, de dyslexie et dysgraphie, révèle à actu Marseille que le projet « l’aide dans son processus scolaire ». « Avant je parlais vite, maintenant, j’ai appris à le faire plus calmement », poursuit-il. Mais pas seulement à l’école.

Habitant des Bourrély, il explique que les actions menées en dehors en dehors du temps scolaire l’ont aidé à « casser sa routine ». « Avant, je me levais, je jouais à la play et je traînais en bas », reconnaît-il.

Une partie de la promotion qui doit partir à New York.
Une partie de la promotion qui doit partir à New York. (©TN / actu Marseille)

Avec « Nord York », Bruno Hérot mise à fond sur cette dimension sociale avec des valeurs « d’entraide et d’union » afin d’aider ces jeunes à sortir de leurs quartiers difficiles. Niaama, elle, explique qu’elle a pu « amélioré son anglais » grâce à des heures supplémentaires programmées, mais surtout à se détacher de son téléphone et « à se faire des copines ».

L’exemple Zohran Mamdani

Pour ces enfants qui seront adolescents en 2028, New York ne sera pas seulement synonyme de tourisme. Dès la fin de cette année scolaire, ils doivent choisir une spécialité autour de la culture urbaine : basket, boxe, danse et graff.

« L’idée est qu’à partir de ce choix, ils construisent leur séjour », précise Bruno Hérot. Comme pour certaines activités.

« Ce séjour doit leur servir autant professionnellement que personnellement », ajoute le principal du collège Elsa Triolet qui entend leur montrer que « tout est possible, même pour des enfants de quartier difficile ».

Un événement a grandement aidé à booster leur confiance : l’élection de Zohran Mamdani, comme maire de New York. « Notre rêve serait de réussir à le rencontrer », affirme Bruno Hérot qui, comme les élèves, se met à croire en cet American Dream.

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