Droits de douane : Macron va demander « l’activation de l’instrument anti-coercition » de l’UE, mais c’est quoi ? (Photo d’Emmanuel Macron à Istres le 15 janvier 2026)

PHILIPPE MAGONI / AFP

Droits de douane : Macron va demander « l’activation de l’instrument anti-coercition » de l’UE, mais c’est quoi ? (Photo d’Emmanuel Macron à Istres le 15 janvier 2026)

EN BREF Donald Trump menace les huit pays européens en pointe pour défendre le Danemark et le Groenland de nouveaux droits de douane.
En réponse, le président Emmanuel Macron demande à l’Union européenne d’activer son instrument anti-coercition.
Adoptée en 2023, cette arme permet tout un panel d’outils pour dissuader puis sanctionner des pays tiers qui veulent influencer la politique de l’UE.

Macron veut dégainer le « bazooka » face à Trump. Ce dernier, irrité par le déploiement de troupes européennes au Groenland dans le cadre de manœuvres danoises, a menacé samedi 17 janvier d’imposer de nouveaux droits de douane aux pays concernés, dont la France. Ceci jusqu’à ce qu’« un accord soit conclu pour la vente complète et intégrale du Groenland » aux États-Unis.

Emmanuel Macron, qui ne compte pas céder, a évoqué une riposte particulière : l’instrument anti-coercition de l’UE. L’entourage du président français a en effet annoncé ce dimanche 18 janvier qu’il comptait demander l’activation de ce mécanisme si les menaces de surtaxes douanières brandies par Donald Trump sont mises à exécution.

« C’est un outil qui est parfaitement adapté à la situation actuelle et il faut évidemment ne pas hésiter à le brandir, voire à l’utiliser si cela s’avérait nécessaire », a affirmé Yaël Braun-Pivet à ce sujet. Dans Le Parisien, le patron du parti présidentiel Renaissance, Gabriel Attal, avait également constaté « un cas d’école de coercition américaine », espérant aussi l’activation de l’instrument pour une riposte incluant « l’exclusion des entreprises américaines des marchés publics européens ». Mais qu’est-ce que c’est concrètement ?

Un « moyen de dissuasion »

L’« instrument anti-coercition » de l’Union européenne est un texte adopté en 2023. Il permet de lutter contre les mesures commerciales d’un pays tiers qui viserait à influencer les décisions européennes. À l’époque, l’utilisation de cette nouvelle arme avait été envisagée dans le conflit qui opposait la Lituanie à la Chine. Le pays balte accusait Pékin de bloquer ses exportations pour protester contre l’ouverture d’une représentation diplomatique taïwanaise à Vilnius.

Concrètement, l’objectif de cette arme est d’agir comme un « moyen de dissuasion », en permettant à l’UE de résoudre les conflits commerciaux par la négociation. « Toutefois, en dernier recours, cela pourrait être utilisé pour lancer des contre-mesures contre un pays tiers », est-il écrit sur le site du Parlement européen. En l’occurrence, ici, les États-Unis.

Dans « contre-mesures » on entend un large éventail de restrictions liées au commerce, aux investissements et au financement. Cela permet, entre autres, le gel de l’accès aux marchés publics européens ou le blocage de certains investissements.

Sortez le « bazooka économique »

Dans une note consacrée à « l’arsenal de défense commerciale de l’UE contre Donald Trump » publiée en 2025, Elvire Fabry, chercheuse à l’Institut Jacques Delors appuyait sur la portée d’un tel instrument : « Face à des mesures de coercition économique évidentes, il pourrait aussi s’avérer être un outil de rétorsion efficace », expliquait-elle.

En avril dernier, Stéphane Séjourné, commissaire français chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle, le présentait comme « un bazooka économique ». Grâce à lui « nous pourrions décider de retirer l’ensemble des entreprises américaines des marchés publics européens », disait-il. « Bazooka économique », « bazooka législatif », c’est le surnom de cet instrument tant il pourrait faire mal au pays contre qui il est dirigé.

Elvire Fabry évoquait par exemple des possibilités allant de droits de douane supplémentaires sur les biens, à la mise en place de restrictions d’accès au marché des services, que les États-Unis exportent beaucoup vers l’Europe, ou encore la suspension des droits de propriété intellectuelle.

Pour être activée, cette arme requiert toutefois la majorité qualifiée des pays de l’UE. Il n’a encore jamais été utilisé. En cas de feu vert s’ouvre alors une phase de médiation, sans limite de temps, durant laquelle la Commission tentera de convaincre l’État incriminé de faire cesser les mesures contestées. Faute d’accord, la Commission propose les mesures de ripostes les plus adaptées dans son arsenal.