Par
Jessie Leclerc
Publié le
18 janv. 2026 à 17h36
Il n’y a pas d’âge pour se remettre les règles du code de la route en tête. À Rouen (Seine-Maritime), David, policier municipal anime des ateliers à la Maison des Aînés où les seniors repassent le code. Et autant vous dire pour eux qui ont passé le permis dans les années 1970, ce n’est pas une mince affaire. Révisions, débats, anecdotes, rires… Nous avons pu assister à l’une de ces séances et voici comment ça se passe.
Des ateliers au succès fou
David n’est pas tout à fait un policier comme les autres. « 80 % de mon travail, c’est de la prévention », explique le responsable du service Prévention Sécurité Routière de la police municipale de Rouen.
Depuis 2019, il intervient régulièrement à la Maison des Aînés, structure qui propose activités et accompagnement aux personnes âgées.
Une à deux fois par mois, 10 à 15 seniors y participent pour tester leurs connaissances. Il y a les fidèles, les « redoublants et redoublantes », comme aime les appeler David, et les nouveaux curieux. Et la demande est forte. « Quand je veux m’inscrire, parfois c’est complet », s’exclame Jacqueline, 73 ans, l’une des inscrites du dernier atelier.
Ces ateliers, c’est comme à l’auto-école : un diaporama sur lequel défilent les 40 questions à choix multiples, des élèves assidus qui répondent en sélectionnant la réponse sur leur feuille et un professionnel, en l’occurrence David, qui anime.
« Ça remet beaucoup de choses en mémoire »
Pour Jacqueline ces rendez-vous sont devenus une habitude. « J’adore ces séances de code. Ça remet beaucoup de choses en mémoire, car avec l’âge on perd un peu », avoue la retraitée. Elle explique avoir vu une différence sur sa conduite depuis ses premières cessions : « Ça nous met plus à l’aise et en confiance quand on est sur la route ».
Se mettre à jour
Au-delà de la piqûre de rappel, ces séances de code servent à se mettre à jour. Pneumatiques, signalétique sur le tableau de bord, médicaments, drogue et alcool, écologie… Autant de thèmes inexistants dans les années 1970.
« Ça a beaucoup changé », s’étonne toujours Jacqueline. Geneviève, 71 ans, se souvient : « À l’époque, on avait surtout des questions sur les panneaux ».
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Les séances durent tout l’après-midi. (©JL/76actu)
David confirme : « Le code est plus dur qu’avant, car plus varié. » Le policier doit donc faire preuve d’une grande pédagogie. « Les questions sur les pneumatiques, les technologies des véhicules ou l’écologie, ils ne savent pas ce que ça vient faire là », raconte-t-il.
Mais chacun est ravi d’apprendre. Monique, 69 ans, découvre par exemple que le gilet réfléchissant est obligatoire en trottinette, même sur la voie verte. « Je ne savais pas du tout ».
Selon Isabelle, 70 ans, ces ateliers ne sont pas utiles qu’aux personnes âgées. Elle estime que « tout le monde devrait en suivre de temps en temps, peu importe l’âge ».
Un moment convivial
Ce qui fait également le succès des séances, c’est l’ambiance. Tous rigolent ensemble et apprécient David. « On vient pour passer un bon moment », sourit Jacqueline. « David est très patient, il nous donne des explications si l’on ne comprend pas » ajoute-t-elle.
« Parfois, on n’est pas d’accord avec la correction, alors on débat », s’amuse Geneviève. « Et on se rend compte que l’on a pris des mauvaises habitudes au volant » enchérit Jacqueline.
Des débats qui fusent
Les ateliers ne se limitent pas à la cession de code. Ils deviennent vite des espaces de discussion : vitesse, clignotants oubliés, téléphone portable, cyclistes sans lumière, état des routes… Et voilà qu’on ne les arrête plus.
« Les jeunes roulent trop vite et ne respectent plus », entend-on d’un côté. « Les voitures se cassent vite », entend-on de l’autre.
De son côté, David tempère. « À l’époque, à 80 km/h la voiture tremblait de partout, on ne pouvait pas aller vite. Aujourd’hui, à 130 on n’a pas l’impression de sentir la vitesse », prend-il le temps d’expliquer. « Et les voitures ne sont plus en ferraille. Elles sont faites pour plier et répartir le choc pour protéger la personne à l’intérieur. »
Des voitures d’hier aux technologies d’aujourd’hui
Chaque atelier est aussi l’occasion de raviver les souvenirs. Et ça fuse. Tous ont appris à conduire sur Simca 1000, R5 ou 4L. « On n’avait pas la direction assistée », s’écrie Philippe, 74 ans. Et il n’y avait pas de ceinture de sécurité non plus et encore moins d’air bag. « L’air bag c’était le volant », sourit Jacqueline. « Mais c’était une bonne époque ! »
Tous reconnaissent un vrai progrès. Isabelle, acquiesce : « Il y avait plus de morts à l’époque. Une horreur ! ».
Les aides modernes séduisent. « Les voitures sont plus sécurisantes. La mienne freine toute seule quand ça s’arrête devant moi que je suis trop près et j’utilise le régulateur de vitesse sur l’autoroute », se réjouit Philippe.
Âgés, mais encore sûrs d’eux
Tous conduisent encore. « Je prends souvent la voiture, j’ai de la famille à droite à gauche à la campagne, je n’ai pas le choix », affirme Jacqueline. « Disons que maintenant ce sont des trajets utilitaires », complète Isabelle.
De son côté, Geneviève essaie de la prendre le moins possible. « Je prends le bus ou le vélo. La voiture c’est en dernier ressort », détaille-t-elle. « Je suis assez écolo ! »
Un autre débat vient alors sur la table : les visites médicales obligatoires à partir d’un certain âge. S’il n’y a encore aucune mesure mise en place actuellement, le sujet a déjà été abordé par l’État.
« C’est bien pour tester la vue, les réflexes, car on ne s’en rend pas forcément compte », avance Philippe, 74 ans.
Geneviève n’est pas du même avis. « J’aurais peur d’être recalée. Il y a des personnes âgées, si vous leur retirez leur voiture, elles n’existent plus ».
Une action qui change le regard
Avec ses interventions, David espère faire évoluer les mentalités. Autant sur la sécurité routière, un sujet qui le touche particulièrement, que sur son métier. « Je veux donner une autre image de la police. On n’est pas les méchants. »
Pour lui, la prévention reste essentielle : « Si je peux éviter quelques accidents… Malheureusement, j’ai connu ça… », confie-t-il, très ému.
Une à deux fois par mois à la Maison des Aînés de Rouen, rue des Arsins, de 14h à 17h30.
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