Alzheimer et romarin : la piste scientifique qui fait
parler

Perdre ses repères, oublier un prénom, voir s’étioler des
souvenirs communs : la maladie d’Alzheimer
bouleverse des familles entières. Les traitements actuels freinent
les symptômes, sans guérir la pathologie. Dans ce contexte, chaque
avancée compte.

La recherche explore une voie inattendue : une plante aromatique
du quotidien. Un composé qu’elle renferme pourrait aider à
« nettoyer » le cerveau en ciblant les mécanismes qui favorisent
l’accumulation de protéines toxiques. La réponse se cache dans une
molécule.

Romarin Alzheimer : ce que montrent les expériences sur
souris

Des chercheurs japonais ont nourri des souris modèles
d’Alzheimer avec un régime enrichi en poudre de
romarin ou en acide rosmarinique,
son polyphénol signature, puis observé leur cerveau. L’étude a été
publiée dans la revue Scientific Reports. Le composé principal
franchit mal la barrière hémato-encéphalique : « Il
a donc été déduit que son effet […] résultait d »autres
mécanismes », ont expliqué les auteurs dans la revue Scientific
Reports, cités par le Journal des Femmes.

Les résultats convergent : l’acide rosmarinique agit comme un
messager qui incite le cerveau à freiner des enzymes chargées de
dégrader la dopamine (MAO‑B, COMT). En
conséquence, les niveaux de monoamines augmentent. Or ces messagers
chimiques limitent l’agrégation de la protéine amyloïde β,
signature des plaques d’Alzheimer. Sur ces modèles animaux,
l’accumulation d’amyloïde a diminué.

Acide rosmarinique, dopamine et plaques : comment le cerveau se
défend

La dopamine ne sert pas qu’à la motivation.
Elle régule aussi des circuits impliqués dans l’équilibre cognitif.
Quand elle circule davantage, la communication entre neurones
s’améliore et les protéines toxiques s’assemblent moins facilement
en plaques. C’est ce levier qui nourrit l’idée de nettoyer le
cerveau.

D’autres travaux précliniques vont dans le même sens : chez
d’autres souris, l’acide rosmarinique a été associé à une baisse de
la phosphorylation de tau, à moins d’inflammation hippocampique et
à de meilleures performances cognitives. Un faisceau d’indices se
dessine, toujours au stade animal. Le mécanisme reste à préciser
chez l’humain, de la signalisation aux effets sur les lésions
cérébrales.

Comment utiliser le romarin sans en
faire un traitement ?

Les scientifiques restent prudents : il s’agit de données
précliniques, sans preuve directe chez l’homme. L’acide
rosmarinique traverse peu la barrière
hémato-encéphalique
, ce qui laisse supposer une action
indirecte. Et surtout, pas de remède miracle. « [L’]acide
rosmarinique étant une substance familière dans l’alimentation
humaine, son risque en tant que traitement devrait être faible »,
assurent les chercheurs. Un point rassurant pour envisager des
essais cliniques.

Au quotidien, on peut garder le romarin dans
l’assiette : branches dans un mijoté, feuilles séchées sur des
légumes rôtis, infusion légère après le repas. Rien qui ne se
substitue à un suivi médical ni aux mesures connues pour la
prévention d’Alzheimer : activité physique,
sommeil, stimulation cognitive, contrôle du diabète et de
l’hypertension. En cas de grossesse, d’allaitement, de calculs
biliaires, d’épilepsie ou de traitement chronique, mieux vaut
demander conseil au médecin avant d’utiliser huiles essentielles ou
compléments.