Il y a être dans le champ et être dans le champ. S’ils n’ont pas l’habitude de compter les heures passées sur leurs terres, les agriculteurs ont rarement, si ce n’est jamais, l’opportunité de passer devant les caméras. Pendant un an, Éric Le Roch s’est immiscé dans le quotidien de trois familles du Perche-Gouët. Actuellement au cinéma, son documentaire Semer et Récolter sera diffusé, en sa présence, au cinéma le Fauteuil Rouge à Bressuire ce lundi 19 janvier 2026 à 20 h, et au Kiosque, à Thouars, mercredi 21 janvier à 20 h 30.
Être agriculteur, c’est devoir s’adapter perpétuellement
Passion, transmission, entraide, réglementation et adaptation. Ces thèmes évoqués dans le film résonnent particulièrement dans le Bocage bressuirais, territoire qui comptait, selon les derniers chiffres de l’Insee, 1.897 agriculteurs exploitants en 2022. Parmi eux, Fabrice et Sonia Coutant, installés à Mauléon, et Patrick, Pierre et Nicolas Valteau, implantés à Chambroutet.
Plus de cinquante ans d’histoire
Il faut remonter à 1973 pour voir les traces des premières vaches de race Blonde d’Aquitaine au sein de la ferme Coutant and Cow. « Quand, en 2009, mon père a parlé de prendre sa retraite, ma femme a décidé de lui succéder », raconte Fabrice, 46 ans, qui l’a rejointe en 2020 après avoir travaillé dans l’agroalimentaire.

Patrick Valteau, 62 ans, qui prendra sa retraite fin 2026, a transmis sa passion à ses deux derniers fils : Nicolas, 24 ans, et Pierre, 32 ans.
© Photo Pierre Valteau
Chez les Valteau, Pierre, 32 ans, et Nicolas, 26 ans, sont les petits derniers d’une longue lignée. « Mon arrière-grand-père, qui vendait des bœufs, avait acheté cette ferme durant l’entre-deux-guerres, explique Patrick, leur père. Quand le marché du bœuf s’est arrêté, mon grand-père s’est reconverti dans la vente de taureaux. Mon père, avec qui j’ai travaillé à partir de 1984, élevait, au départ, des moutons et des vaches et cultivait du tabac. » Depuis 1990, ce sont les canards gras qui font les beaux jours de L’Hermitage.
Transmission sans obligation
Contrairement à ce que l’on imagine, on ne naît pas agriculteur : on le devient. « J’ai toujours dit à mes enfants : “ Vous ferez ce que vous voudrez ”, indique le sexagénaire, qui prendra sa retraite à la fin de l’année. Cela ne sert à rien de les obliger à faire un métier qu’ils n’aiment pas. » Si ses deux derniers fils ont cultivé la même passion, son aîné fait carrière dans l’informatique.
Chez les Coutant, les enfants de Fabrice et Sonia ne s’orientent pas, à l’heure actuelle, vers une reprise de l’activité. « Peut-être qu’ils changeront d’avis mais nous n’avons jamais voulu leur imposer. On connaît trop de familles où l’enfant fait un bac agricole, s’installe avec papa et maman et, à 35 ans, au moment de la retraite des parents, il se retrouve tout seul », témoigne l’homme de 46 ans.
S’adapter, une nécessité
Être agriculteur, c’est aussi devoir s’adapter perpétuellement. Si, en ce qui concerne l’élevage, les techniques ont peu évolué, le couple mauléonais doit, chaque année, faire évoluer ses pratiques pour s’acclimater « à une sécheresse sévère ou à un gros coup de chaud », pointe le mari.
Il n’est également plus possible de vivre d’une petite ferme. « 45 hectares et une trentaine de vaches, c’était trop juste pour réussir à dégager un revenu. Quand ma femme est passée à 60 hectares, cela devenait tout juste vivable », se souvient-il. Elle possède désormais 95 hectares pour environ 70 bêtes. La conversion, en 2020, à l’agriculture biologique, leur a permis de s’ouvrir à de nouveaux marchés.
La maison Valteau, qui a également été forcée de s’agrandir pour faire face aux grosses structures, s’est modernisée avec l’utilisation de machines automatiques et la construction d’une nouvelle salle de gavage. « Les normes évoluent. Actuellement, elles sont très axées sur le sanitaire et le bien-être animal en abattoir », rappelle Pierre. Certaines traditions ne sont, heureusement, pas près de changer. « On gave toujours au maïs en grain entier, précise Patrick. C’est important pour la qualité du foie. Nous ne sommes plus que 4-5 % à le faire au niveau national. »
« Il n’y a pas de concurrence entre agriculteurs »
Toutes deux membres d’une Coopérative d’utilisation de matériel agricole (Cuma), ces deux exploitations deux-sévriennes réduisent ainsi leurs dépenses en achetant des équipements à plusieurs selon leurs besoins. Autre avantage, venir en aide à un membre en cas de coup dur. « Il n’y a pas de concurrence entre deux agriculteurs, affirme Fabrice. On nous a beaucoup aidés pour la vente directe. »
Constat partagé par Pierre Valteau qui rappelle l’entraide entre éleveurs victimes de la grippe aviaire. « En 2015-2016, nous avions envoyé quelques-uns de nos canards à des producteurs du Sud-Ouest, témoigne-t-il. En 2022-2023, c’était l’inverse. Cela nous avait permis de maintenir une présence sur les marchés et vis-à-vis des particuliers. » Dans le Bocage, la passion de l’agriculture se cultive au quotidien.