Au nord-est de l’Europe, la Finlande est aux premières loges face à la menace du nouvel impérialisme russe. À défaut d’invasion militaire, elle accuse Moscou de « déstabilisation migratoire ». Dans la petite ville frontalière de Salla, un mur a été construit.
La Finlande est en vigilance maximale depuis que la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022. Même si elle n’a pas subi d’attaque militaire, elle s’estime déjà victime d’une forme de « guerre hybride », soit des tentatives de déstabilisation par diverses méthodes.
Moscou aurait ainsi « escorté » des centaines de personnes pour passer la frontière vers l’Union européenne en 2015 et en 2023. Fin 2023, Helsinki a dénombré le passage d’un millier de ces « migrants hybrides », comme ils ont été surnommés. Les gardes-frontière les ont stoppés puis transportés vers des hébergements temporaires le temps que leurs demandes d’asile soient étudiées.
Des migrants à la frontière dans la localité frontalière de Salla. [AFP – JUSSI NUKARI] Mur de glace à la frontière
Les autorités ont donc décidé de prendre des mesures radicales. Dans la petite ville de Salla, en Laponie finlandaise, une immense clôture haute de cinq mètres – dont au moins un mètre de barbelés – se dresse désormais le long de la frontière.
Cette barrière est à l’image du paysage environnant, entièrement prise dans la glace. Un véritable mur équipé de mâts avec des caméras, de détecteurs de mouvement et de caméras infrarouges, entre autres, pour surveiller la frontière en temps réel.
« Le but est de renforcer notre surveillance, notamment dans les zones où nous constatons que la probabilité de migration illégale instrumentalisée est la plus élevée », explique Mikko Kauppila, commandant adjoint des gardes-frontières de Laponie, dans l’émission Tout un monde de la RTS.
Il est interdit de franchir la frontière russo-finlandaise à pied. En novembre et décembre 2023, la Russie a exigé des personnes migrantes qu’elles utilisent des vélos, qui ont été abandonnés, puis collectés côté finlandais et vendus aux enchères lors d’un festival d’été à Salla. [AFP – JUSSI NUKARI]
La clôture, qui ne couvre que huit des 1340 kilomètres de frontière entre la Finlande et la Russie, a coûté 57 millions d’euros. Mais elle a été construite sur un point de passage stratégique, selon le major Jani Brännare. « Au-delà, ce sont des terres totalement sauvages, donc la nature et les températures négatives nous aident aussi à empêcher l’immigration clandestine », clame-t-il.
Combativité affichée
Les gardes frontière finlandais ne coopèrent quasiment plus avec leurs homologues russes, et les deux camps se surveillent en chien de faïence. « Nous vivons dans l’inconnu le plus complet, mais le personnel ici est formé et équipé comme jamais auparavant », se targue Mikko Kauppila. « La Finlande est bien préparée. »
Les gardes-frontière patrouillent régulièrement le long du mur. [RTS – Ottilia Ferey]
« On n’est pas inquiets et on dort sur nos deux oreilles la nuit », abonde Jani Brännare.
Aujourd’hui retraité, Arto était quant à lui chauffeur de bus entre les deux pays. Désormais, il se montre lui aussi combatif et assume son hostilité: « Je n’ai pas peur. Dans chaque maison ici, il y a un chasseur. On a beaucoup d’armes et de munitions. Mon père a fait la guerre pendant quatre ans et demi, il m’a toujours dit de ne jamais faire confiance aux Russes », lance-t-il.
À l’heure actuelle, il n’est pas prévu que la frontière rouvre et il se pourrait même que de nouvelles clôtures émergent à la lisière russe.
Contenu externe
Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Services Tiers.
Accepter Plus d’info
Ottilia Férey/jop