Par

Pierre Boissonnat

Publié le

18 janv. 2026 à 6h10

Tournebut revit. Le château situé sur les hauteurs d’Aubevoye, déserté ces dernières années, accueille depuis novembre, sept étudiants au sein de la Fabrique des métiers d’art en Seine-Eure. Le centre de formation professionnelle pour adultes du Val d’Hazey, près de Gaillon (Eure), vise à sauvegarder des métiers anciens.
Fin 2025, les apprenants ont pris possession de l’ancien garage des services techniques de la CCEMS transformé en atelier du nouvel établissement.

Ces étudiants, sélectionnés sur dossier, suivent un CAP orfèvre option polisseur aviveur. Un savoir-faire qui risquait de tomber dans l’oubli : « C’est la première formation à délivrer un diplôme de ce type depuis quinze ans », informe Ludivine Szempruch, coordinatrice pédagogique de la formation proposée par le Greta Portes Normandes qui gère la formation avec l’Agglo Seine-Eure, lors de l’inauguration, fin décembre.

« Pourtant ce métier est indispensable dans des domaines variés allant des arts de la table à la robinetterie de luxe en passant par la conception d’instruments de musique. »

Ludivine Szempruch, coordinatrice pédagogique

École Boulle et Christofle

Pour concevoir les enseignements dispensés à Tournebut, et en premier lieu ce CAP, l’Agglo a travaillé avec des écoles prestigieuses comme l’école de Tané, l’école Boulle ou encore Olivier de Serre.

Mais aussi avec des PME locales qui recherchent des personnes formées pour ces métiers en voie de disparition : la maison Christofle en Seine-Maritime ou Guy Degrenne dans le Calvados. L’idée : s’assurer que les élèves trouvent du boulot à la sortie du centre de formation.

Fabrique des métiers d'arts Aubevoye
Au château de Tournebut, les apprenants de la Fabrique des métiers d’arts suivent un CAP en orfèvrerie. ©L’Impartial

Votre région, votre actu !

Recevez chaque jour les infos qui comptent pour vous.

S’incrire

Car les sept apprenants, âgés de 24 à 42 ans, ont tous un projet bien défini. Yannick, métallier ferronnier de formation, originaire de Barentin (Seine-Maritime) a repris ses études après un service civique. « Je voulais découvrir un autre métier et me spécialiser », raconte celui qui poursuivra en alternance chez Christofle à l’issue de la formation et qui travaille une pièce en laiton.

Réorientation et nouvelles compétences

Un peu plus loin, sur un autre établi, Caroline, 39 ans, en fait autant. Après des études d’arts appliqués et une formation de graphiste, celle qui habite dans les environs de Gaillon a souhaité découvrir autre chose.

« L’artisanat m’attire depuis longtemps. C’est un vrai challenge de perpétuer des métiers orphelins ».

Caroline, apprenante

Ancien sérigraphiste, Rémy, 42 ans, traverse toute la Normandie pour suivre la formation dispensée à Tournebut. « Je voulais changer de métier. Après 15 ans, j’avais l’impression d’avoir fait le tour mais je voulais conserver un rapport manuel au travail », indique celui qui fait des allers et retours les week-ends entre Flers (Orne) et Aubevoye. « J’espère trouver un stage plus près de chez moi », confie-t-il.

D’ici juin, ces trois apprenants et leurs camarades espèrent décrocher leur diplôme à l’issue des 800 heures d’enseignement à Tournebut et des 420 heures en entreprise. Et en septembre, une nouvelle promotion pourrait leur succéder.

Sept apprenants ont intégré la première formation dispensée à la Fabrique des métiers d'art en Seine-Eure : un CAP orfèvrerie option polisseur aviveur.
Sept apprenants ont intégré la première formation dispensée à la Fabrique des métiers d’art en Seine-Eure : un CAP orfèvrerie option polisseur aviveur. ©L’ImpartialTournebut doit devenir « un pôle artisanal d’excellence »

En même temps que d’assurer la survie du savoir-faire d’exception de l’artisanat d’art français, l’Agglo Seine-Eure souhaitait donc faire renaître l’ancien siège de la Communauté de communes Eure Madrie Seine. De fait depuis la fusion entre les deux intercommunalités, le château qui fut un temps convoité par le Général de Gaulle pour en faire sa résidence secondaire n’était plus utilisé.

Certes, depuis 2021, le site a accueilli un forum de l’intérim, un centre de vaccination et quelques réceptions. Mais cela semblait bien peu pour une telle bâtisse. « Cela nous importait, tout autant qu’à la commune du Val d’Hazey, de voir Tournebut redevenir véritablement actif », souligne Bernard Leroy, président de l’Agglo. Le dossier fut long à se décanter. Il fut un temps question qu’une entreprise de renom s’y installe, puis une école de joaillerie. « Des Bretons nous ont fait faux bond, mais on a su se retourner », glisse Bernard Leroy.

Pour ce dernier, il semblait pertinent que Tournebut intègre « l’écosystème des métiers d’art » de l’Agglo au même titre que les ateliers du Carré Saint-Cyr au Vaudreuil. « On entend développer un nouveau pôle autour du château de Gaillon avec ce site », complète Bernard Leroy. Et cela avec une « volonté affirmée » d’éviter que ces savoir-faire artisanaux d’exception, tout comme Tournebut, ne tombent dans l’oubli.

Une ambition appréciée par Jean-Michel Diot, président du Greta Portes Normandes au moment de l’inauguration. « Il nous fallait bien un site comme celui-ci pour développer cette filière d’excellence autour du pôle artisanal », souligne-t-il.

Dans cette optique, les services de l’Agglo ont donc transformé l’ancien garage en un atelier flambant neuf capable d’accueillir jusqu’à 12 apprenants. Coût de l’opération : 300 000 euros. Une somme qui ne comprend pas l’achat de matériel, à la charge du Greta.

Après cette première formation, une seconde a ouvert en ce début 2026. « Il s’agit d’un certificat de spécialisation bijoux de mode », indique Jean-Michel Diot. « Et d’autres formations autour de métiers orphelins vont être développées à l’avenir. Ce sont de beaux métiers qu’il faut sauvegarder », conclut Bernard Leroy tout en restant discret sur les futurs enseignements dispensés à la toute nouvelle Fabrique des métiers d’art de Tournebut.

La Fabrique des métiers d’art en Seine-Eure, au château de Tournebut, au Val d’Hazey. Renseignements et inscriptions : greta-la-fabrique-des-mé[email protected] ou 06 32 05 92 99.

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.