Une personne sur quatre connaîtra un trouble de santé mentale au cours de sa vie, selon les projections de l’OMS. Chez les jeunes adultes, l’anxiété, la dépression et l’isolement social sont en forte augmentation, exacerbés par la pression académique et professionnelle. Face à ce constat, l’association Nightline vient de lancer une ligne d’écoute nocturne, tenue par des étudiants bénévoles à destination des 18-25 ans de l’académie d’Aix-Marseille. 

« Comment tu vas aujourd’hui ? », interpelle Nightline sur son site internet. Cette simple question prend tout son sens, à l’heure où la santé mentale s’impose comme un enjeu majeur de santé publique. « Admettre que ça ne va pas, c’est difficile. Pourtant rester seul avec ses problèmes, ça arrange rarement les choses. Oser appeler Nightline pour en parler, c’est déjà un pas très courageux », constate Anis, 22 ans, en master d’informatique, récemment engagé pour assurer des permanences sur la ligne marseillaise.  

« Il n’y a pas de petits problèmes » 

Ouvert de 21 heures à 2 h 30 du matin, des horaires peu couverts par les dispositifs classiques, ce service est gratuit, anonyme et confidentiel. En composant le 04 95 05 01 86, les jeunes peuvent parler librement de leurs difficultés, sans jugement, le temps d’un appel qui dure en moyenne une heure. Ils ont aussi la possibilité de chater en ligne via la plateforme de l’association. Relations familiales ou amoureuses, solitude, rapport à soi, stress, questionnements existentiels… « Il n’y a pas de petits problèmes », souligne Julie Pierre-François, déléguée territoriale de l’antenne Nightline d’Aix-Marseille.  

La ligne repose sur le bénévolat. Une formation de quatre jours prépare les étudiants à écouter leurs pairs de manière non directive. « On ne donne pas de conseils, on ne juge pas, on ne projette pas son propre vécu, décrit Antoine, 22 ans, bénévole-formateur et étudiant en droit. L’objectif est de permettre à l’appelant de s’exprimer à son rythme, en se sentant entendu et respecté. » Une partie de la formation est consacrée aux protocoles précis à suivre face aux situations sensibles (idées suicidaires, violences sexistes et sexuelles…).  

Sensibiliser à la santé mentale 

L’association accompagne les bénévoles en leur proposant des séances mensuelles d’analyse de pratiques. Lors de ces moments, ils peuvent évoquer leurs difficultés face aux récits qui leur ont été confiés. Si nécessaire, ils ont également la possibilité de recourir à un soutien psychologique individuel. L’engagement est volontairement encadré. Chaque étudiant assure une à trois permanences par mois, afin de préserver son équilibre. « Le collectif compte beaucoup, note Antoine. On ne reste jamais seul avec ce qu’on a entendu. » 

La ligne d’écoute Nightline ne vient pas se substituer aux professionnels de santé. L’association se positionne comme un dispositif complémentaire aux soins. Son site centralise l’information locale et nationale autour de la santé mentale afin que chacun trouve les aides disponibles et s’oriente vers le service adapté à sa situation. « À l’échelle nationale, Nightline a reçu plus de 23 000 appels en 2024, précise Julie Pierre-François. L’enjeu de l’association est aussi d’être présente sur le terrain, les campus et la vie étudiante pour mener des actions de sensibilisation et de prévention à la santé mentale. »  

En chiffresSelon un rapport de l’Assurance Maladie, le nombre de jeunes entre 12 et 25 ans sous antidépresseurs a augmenté de 60 % entre 2019 et 2023, soulignant l’ampleur de la crise de santé mentale chez les jeunes.-Moins d’1 étudiant sur 2 estime être en “bonne santé mentale”. Seules 37 % des étudiantes jugent que leur santé mentale est bonne contre 53 % des étudiants masculins. (Baromètre de la santé mentale des étudiants, par Ipsos-BVA pour Teale et l’Iéseg, septembre 2025)

-55 % des jeunes de 18 à 24 ans ont déjà été affectés par un problème de santé mentale  

(Harris pour le ministère de la Santé, décembre 2024) 

-23 % des jeunes ont le sentiment de ne pas prendre soin de leur santé mentale (Odoxa / Mutualité française, septembre 2024)