Depuis le 15 décembre, la mobilisation d’une partie des salariés pour de meilleures conditions de travail a déjà coûté un million et demi d’euros.

Et de trois ! Lundi 19 janvier, les portes du musée du Louvre sont à nouveau fermées, en raison d’un mouvement social. Depuis le 15 décembre, un préavis de grève reconductible a été déposé par les trois syndicats du Louvre (CFDT, CGT, Sud), réunis en intersyndicale.

Le musée a déjà fermé complètement à deux reprises, le 15 décembre et le 12 janvier. La tenue de neuf assemblées générales, visant à voter le principe ou le rejet d’une journée de grève, a par ailleurs eu pour conséquences de retarder l’ouverture du musée de deux heures (11 heures du matin au lieu de 9 heures), à trois reprises.


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Lundi matin, le Louvre estimait la facture de la grève à « au moins un million et demi d’euros » : outre les pertes de billetterie, le musée accuse également des pertes du côté des restaurants ou des boutiques.

Taux de gréviste peu élevé

Sur le papier, le taux de grévistes n’a pas été jusque-là très élevé – il était de 13,3% des effectifs le 15 décembre et de 4,3 % le 12 janvier. Mais il suffit que les grévistes soient dans des fonctions cruciales (comme celles liées à la sécurité), pour que le Louvre ne puisse pas accueillir du public. Les syndicats affirment par ailleurs que le mouvement est porté largement par les 2 200 agents, qu’ils soient déclarés grévistes, ou non.

Depuis le 15 décembre, ils mettent en avant un manque d’effectifs, notamment dans l’accueil du public et la surveillance et dénoncent des conditions de travail dégradées. La gestion forcément compliquée de 9 millions de visiteurs annuels, ainsi que la vétusté du musée, apparue dans une lumière crue après le vol du 19 octobre dernier, semblent leur donner raison.

Mais si Laurence des Cars, présidente du Louvre, mise tout sur le projet Louvre Renaissance, qu’elle décrit comme étant la « solution » aux problèmes soulevés par le personnel, ce dernier s’oppose à ce grand plan de travaux annoncé par Emmanuel Macron, en janvier 2024. « Il y a d’autres urgences », disent-ils en chœur.

Des décisions sur la gouvernance « incessamment »

Depuis le début du conflit, le ministère de la Culture et Rachida Dati se sont mis en première ligne pour gérer le conflit. Les revendications syndicales sont « légitimes », estime même Dati, visiblement soucieuse de mettre fin à ce mouvement qui mine le Louvre et exaspère les visiteurs.


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Pour l’instant, le ministère a annulé la baisse prévue de 5,7 millions d’euros de dotations au musée et promis 138 recrutements (dont nombre de redéploiements). Côté rémunération, une des revendications de la CGT (premier syndicat du Louvre), rien n’est encore décidé.

Reste une question en suspend : l’avenir de Laurence des Cars, dont le départ est réclamé par une partie des syndicats. Il ne dépend pas uniquement de la rue de Valois, puisque le président de la République a la haute main sur la nomination du président du Louvre. C’est d’ailleurs Emmanuel Macron qui avait convaincu Laurence des Cars de quitter le musée d’Orsay pour prendre la tête du musée le plus visité au monde, en 2021.

Dimanche, sur France Inter, Rachida Dati a promis « incessamment »  des « décisions conséquentes » pour le musée, évoquant la gouvernance du musée. Le propos, à la fois large et sibyllin, peut être compris de plusieurs manières. Soit la ministre fait allusion à l’arrivée imminente d’un coordinateur sécurité, rattaché à la présidence du Louvre et censé mettre de l’ordre dans une question qui a fait défaut le 19 octobre. Soit elle est en train de préparer les esprits à un changement à la tête du Louvre. En tout état de cause, la ministre semble vouloir aller vite, d’autant qu’elle vient d’annoncer qu’elle allait quitter le gouvernement pour se consacrer à la campagne des municipales.

Les syndicats devraient se réunir une nouvelle fois mercredi 21 janvier, pour décider de la suite à donner au mouvement. Le même jour, ils participeront à une table ronde, organisée à l’Assemblée nationale, dans le cadre de l’enquête sur la protection du patrimoine national et la sécurisation des musées.