C’est une première depuis 2021 : les défaillances d’entreprises ont reculé, en 2025, au niveau du tribunal de commerce de Rennes (compétent pour toute l’Ille-et-Vilaine, sauf la région de Saint-Malo, et tous les gros dossiers des quatre départements bretons). Au total, 612 procédures collectives – sauvegarde, redressement et liquidation judiciaires – ont été enregistrées, soit 5,4 % de moins que les 647 de 2024. La construction, touchée de plein fouet par la crise de l’immobilier, reste le secteur le plus en difficulté (139 procédures, en baisse de 10 %), devant les bars, restaurants et hôtels, qui ont vu le nombre de procédures bondir de 41 % pour ressortir à 121.

Pour le président du tribunal, Clément Villeroy de Galhau, si la baisse des procédures collectives est « une bonne nouvelle », elle cache toutefois une forte hausse : celle du nombre de salariés dont les postes sont menacés par les procédures collectives. Celui-ci est passé de 1 617 en 2024 à 3 727 en 2025. « C’est donc que les entreprises qui ont ouvert des procédures cette année sont plus de deux fois plus importantes », a relevé le président, ce lundi 19 janvier, lors de l’audience solennelle de rentrée.

Selon lui, le gros des procédures « concerne toujours des TPE et des jeunes entreprises qui n’ont pas trouvé leur marché » (près des trois quarts des sociétés ont entre zéro et trois salariés), mais « nous avons également vu arriver cette année des entreprises parfois très anciennes et solidement établies sur leur marché. C’est nouveau et c’est inquiétant ».

L’audience solennelle de rentrée du tribunal de commerce de Rennes a eu lieu ce lundi 19 janvier. Devant le micro, le président, Clément Villeroy de Galhau.L’audience solennelle de rentrée du tribunal de commerce de Rennes a eu lieu ce lundi 19 janvier. Devant le micro, le président, Clément Villeroy de Galhau. (Photo Le Télégramme/Guillaume Bietry)Fonderie de Bretagne, La Trinitaine, Carrefour…

Parmi les gros dossiers traités par le tribunal figure celui de la Fonderie de Bretagne (240 salariés aujourd’hui), placé en redressement judiciaire avant d’être repris par le groupe Europlasma, au printemps. Autres dossiers emblématiques : le redressement judiciaire de la filiale industrielle de la biscuiterie La Trinitaine (130 salariés), en octobre, et celui du groupe finistérien Pont de bois (plus de 650 emplois) et de ses quatre hypermarchés Carrefour à Saint-Renan (29), Plouzané (29), Rennes-Alma et Guingamp (22), prononcé fin novembre.

Malgré ces tendances, le président du tribunal reste confiant. Pour lui, le « mur de la faillite » annoncé depuis la sortie du covid ne s’est pas produit. « Après la forte baisse post-covid de 2020 et le puissant rattrapage qui a suivi en 2021, 2022 et 2023, les chiffres annuels laissent apparaître depuis le début de l’année 2024, mois après mois, une courbe en forme de plateau relativement stable », relève Clément Villeroy de Galhau, tout en assurant que le tribunal « n’ignore rien de la morosité du climat ambiant », « ni du sentiment de pessimisme qui domine souvent dans les milieux d’affaires et depuis longtemps maintenant ». « Il convient cependant de souligner que la France continue à créer de la richesse. La réelle difficulté […] réside davantage dans la question de sa répartition, estime-t-il. Trouvons des raisons d’espérer ! »

Cinq juges supplémentaires et un président en fin de mandat

En matière de contentieux, le tribunal a vu son activité augmenter de près de 19 % en 2025, avec notamment une décision emblématique rendue en juillet dans le dossier opposant l’Association des franchisés Carrefour (AFC) à l’enseigne de grande distribution. Au vu de cette hausse d’activité, le tribunal a obtenu l’arrivée de cinq juges supplémentaires en 2026. Ils sont désormais 36, dont six installés lors de l’audience solennelle de ce lundi 19 janvier. Une audience lors de laquelle Clément Villeroy de Galhau a rappelé que son mandat de quatre ans à la présidence arrivait à son terme à la fin de cette année. Rempilera-t-il à cette fonction qu’il dit « passionnante », « enrichissante » mais aussi « exigeante » ? Réponse « à la fin du premier semestre ».