Celles et ceux qui connaissent Anthony Perez de près n’ont sans doute pas été surpris. En bout de cycle chez Cofidis, le Toulousain – installé depuis quelques années à Montauban – a jugé judicieux de s’arrêter là. Après tout, à quoi bon (re)partir à l’aventure au sein d’une autre formation ? Dans quels buts ? Cet homme vrai, entier, aussi discret que charismatique, ne voulait pas faire la saison de trop et avait rapidement fait savoir à son agent, courant 2025, qu’il n’était pas nécessaire d’essayer de lui trouver une place ailleurs. L’ancien sociétaire de l’AVC Aix-en-Provence sera ainsi resté fidèle aux rouge-et-jaune de « la Cof’ » jusqu’au bout. Pas question pour autant de renoncer totalement à son défouloir, à son échappatoire, comme il l’a expliqué à DirectVelo au moment de retracer une carrière plus qu’honorable et dont il se dit fier. Entretien.
DirectVelo : Comment se passe l’hiver d’un jeune retraité sportif ?
Anthony Perez : Tout va bien, on s’y habitue vite. Ce qui m’a fait bizarre, c’est la sortie des photos officielles de la saison 2026, le 1er janvier. Pour le reste, la vie de famille prend maintenant un petit peu plus de place, c’est cool et ça permet de tout de suite retrouver une vie un petit peu plus normale. Mes deux petits ont cinq et deux ans, ça occupe. Je peux prendre le relais de ma femme maintenant. C’est quand même agréable de ne plus avoir sans arrêt à penser à ses jambes, à savoir si on a bien dormi, à faire attention d’être au millimètre. C’est presque étrange de ne plus y penser. Maintenant, je peux profiter du jardin à la maison, j’ai le temps de m’occuper des arbres (sourire).
« JE SENTAIS QUE J’ÉTAIS DÉPASSÉ »
Il y a deux ans, tu nous avais confié que le cyclisme avait toujours été un échappatoire pour toi, depuis tes 11 ans. Tu ne voyais alors “aucune autre alternative”. C’était ainsi le projet “cyclisme ou rien”. Et maintenant que cette grande page se tourne, que vas-tu faire ?
Il est vrai que ça pourrait laisser un grand vide, quand même. C’est pour ça que de temps en temps, je reprends mon vélo et je vais me faire mal à la gueule. Ce que tu fais pendant des années, tous les jours sur ton vélo, fait ce que tu es, ce que tu deviens. Il ne faut pas s’oublier. Quand je vais rouler, ça me permet de me reconnecter à “mon moi” d’avant, d’il y a peu. Cette reconnection m’aide, j’en ai besoin, sinon je ne me sens pas très bien.
On imagine que ta dernière saison chez les pros n’aura pas forcément été la plus drôle, avec cette pression constante des points UCI et une ambiance pas toujours au bout fixe au sein du groupe…
L’année 2025 a vraiment été compliquée mais c’était aussi le cas l’année d’avant. En fait, on avait fait une super bonne année 2023, pour la première saison du fameux cycle des trois ans. Mais malheureusement, il n’y a ensuite plus eu de progression, d’un point de vue sportif mais également sur les à-côtés. Les budgets ont explosé chez certains mais pas du tout chez nous. On a eu beaucoup de pression d’entrée de jeu en 2024 alors qu’on n’avait pas beaucoup amélioré la structure en parallèle. Du coup, on a été à contre-temps tout le long de la saison. Et ça a encore empiré en 2025. Tout n’a pas été top au niveau du recrutement non plus. C’est vrai que ce n’est pas lors de ces deux dernières années que j’ai pris le plus de plaisir sur le vélo. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je n’ai pas cherché à continuer plus longtemps.
Pourtant, au début de cette période qui s’est finalement avérée plus difficile, tu affirmais avoir encore l’envie et des buts précis, comme celui d’essayer d’en claquer une au niveau WorldTour !
Le problème, c’est que j’ai toujours eu des lacunes qui m’ont coûté cher, notamment celle de mal descendre. Je ne me suis jamais retrouvé bien placé au pied d’une dernière montée alors que parfois, certaines petites bosses punchy auraient pu être intéressantes pour moi sur le papier. Ma seule chance, c’était en échappée. Et encore, quand tu vois maintenant le peu d’échappées qui vont au bout sur les grosses courses, ce sont des échappées de champions. J’ai le sentiment que je n’avais plus le niveau, à la fin, pour espérer gagner, même en échappée. Je sentais que j’étais dépassé. Ma seule chance, ça devenait de gagner sur des faits de course. J’ai eu l’impression que le rêve s’éloignait au fur et à mesure. C’est le dernier truc qu’il me restait encore à accomplir, dans mes objectifs, mais j’ai fini par laisser tomber.
« JE N’ARRIVAIS PAS TROP À ME L’AVOUER »
Parce que tu n’étais plus à ton meilleur niveau, ou parce que le niveau global a encore augmenté ?
Le vélo a changé. Lorsque je suis passé pro, je me souviens que la deuxième année, j’avais fait la Vuelta et j’avais pris trois échappées qui sont allées au bout (avec deux Top 10 d’étapes à la clef, NDLR). Sauf qu’après, ça n’arrivait plus. J’ai accumulé de la frustration, c’était nul de continuer comme ça. Je crois que c’est ce que je ressentais au fond de moi depuis un petit moment mais je n’arrivais pas trop à me l’avouer. Si je me l’étais avoué plus tôt, ça aurait été la fin avant l’heure.
Tu auras passé tes dix années professionnelles au sein de la même équipe, ce qui devient de plus en plus rare dans le cyclisme actuel, notamment avec l’influence des agents…
Je ne pense pas que ce sont les agents qui te poussent forcément à changer d’équipe. Il est très dur de trouver une structure dans laquelle tu te sens vraiment bien et où tu as envie de continuer longtemps. C’était mon cas chez Cofidis, je m’y sentais bien, serein, et je préférais cette stabilité plutôt que d’être contraint d’aller prouver ailleurs. Les deux dernières années étaient moins agréables mais je ne regrette pas mon choix. Je n’ai jamais fait le choix de l’argent en restant chez Cofidis mais ça m’allait très bien.

Plusieurs équipes étaient intéressées à l’idée de te recruter en 2026, notamment Israël-Premier Tech, désormais devenue NSN, mais tu n’étais pas intéressé pour différentes raisons et pas que sportives !
C’est vrai que j’ai eu des contacts avec eux au moment du Giro environ, mais en effet ça ne me branchait pas plus que ça pour plusieurs raisons. Quelques autres équipes se sont renseignées également mais je ne ressentais rien de spécial, pas l’envie de retourner au charbon. Je n’ai même pas négocié et j’ai vite dit à mon agent d’arrêter. Peu importe qui m’aurait appelé, je n’avais pas de raisons de continuer à partir du moment où j’avais le sentiment que je ne pouvais pas être plus performant. Ou alors, il aurait vraiment fallu que ce soit l’une des deux-trois meilleures équipes au monde, avec des avions niveau vélos. Peut-être que là, ça aurait encore pu m’apporter un petit truc. Pour le reste, je n’arrivais pas à me projeter. J’ai pris cette décision en conscience et je l’assume pleinement. Je suis bien à la maison aujourd’hui (sourire), j’ai tourné la page.
« C’ÉTAIT UN TRUC DE FOU, UN RÊVE DE GOSSE DE GAGNER COMME ÇA »
Tu donnes l’impression de ne plus avoir pris le moindre plaisir sur le vélo en fin de carrière. Était-ce à ce point ?
Parfois, je ne savais pas ce que je foutais là en course. L’année dernière, je me suis fait chier sur Paris-Nice alors que c’est l’une de mes courses préférées de l’année. Je n’arrivais à rien sur le vélo. Les seuls moments cool, c’est quand je discutais en fond de paquet avec Julian (Alaphilippe) ou d’autres mecs, on rigolait bien. Mais on n’est pas là pour ça (rire). Pourtant, j’ai toujours réussi à me faire mal à la gueule à l’entraînement, jusqu’au bout, mais j’allais sur certaines courses à reculons. D’autant qu’avec les histoires des points UCI, on nous demandait parfois de ne pas aller dans l’échappée pour essayer d’aller faire une placette à l’arrivée. Or, j’aimais prendre des échappées…
Et quand tu reprends l’ensemble de ta carrière, tu es fier de ce que tu as accompli ? Tu as tout de même gagné cinq fois chez les pros !
Chacune de ces victoires à son histoire, j’aurais du mal à en ressortir une en particulier. Évidemment, celle dans le “Haut-Var” était particulière pour les raisons que j’avais évoquées. La Drôme Classic, pour d’autres raisons, aura été spéciale aussi car c’était un truc de fou, un rêve de gosse de gagner comme ça. Donc oui, je suis fier de ces moments-là.
Quand on pense aux autres moments forts de ta carrière, hors succès, il y a bien sûr ce fameux Tour de France où tu étais leader virtuel du classement de la montagne avant d’abandonner sur chute alors que tu allais prendre le maillot à coup sûr !
C’est sûr que celle-là… Dans un autre style, il y avait aussi eu mon échappée sur un Liège-Bastogne-Liège en tout début de carrière, avec “Rossett” (Stéphane Rossetto, NDLR). Ce moment m’avait débloqué mentalement pour la suite de ma carrière. J’avais un peu peur du cyclisme pro à ce moment-là, je craignais de ne pas avoir le niveau, et ça m’avait donné confiance. C’était un bon déblocage.
« C’EST CORRECT PAR RAPPORT AU NIVEAU QUE J’AVAIS »
Lorsque l’on t’a découvert à l’AVC Aix-en-Provence, tu paraissais discret, pas sûr de toi, pour ne pas dire renfermé. Et pourtant, il y a toujours eu ce feu intérieur…
Niveau caractère, c’est vrai que j’ai fait chier quelques journalistes (rire). Et côté sportif, j’ai galéré à passer pro mais je savais ce que je voulais. Plus d’une décennie plus tard, j’ai l’impression d’avoir fait une bonne carrière, ça va (rire). Même si on veut toujours faire mieux. Un compétiteur ne peut jamais être pleinement satisfait. Mais c’est correct par rapport au niveau que j’avais. Je ne pouvais pas faire mieux, je pense.
Comment imagines-tu ton avenir ces prochains mois, ces prochaines années ?
Je vais rester dans le milieu. Je serai chauffeur au Tour des Alpes-Maritimes fin février. Il est prévu que j’encadre des jeunes à l’AVC Aix. Je vais passer le DEJEPS. J’aimerais entraîner des coureurs amateurs. J’ai envie de partager mon expérience. Dans un second temps, j’envisage aussi me former aux études posturales. J’ai déjà monté mon local à domicile pour préparer l’activité et je me suis lancé dans la création de mon site internet également. J’aurai donc sûrement ces deux activités.