Plus de 20 ans après le dernier bal viennois à Strasbourg, la valse et les tenues de soirée ont réinvesti la capitale alsacienne. À l’initiative de l’association Passions Croisées, tout le faste des bals autrichiens s’est emparé de l’église Saint-Guillaume le 17 janvier. On vous explique ça, sans oublier les photos !
Samedi dernier, le 17 janvier, une curieuse foule s’est rendue à l’église Saint-Guillaume de Strasbourg. Sous les manteaux d’hiver, on devinait déjà les paillettes et l’éclat des tenues de soirée. Sur leur 31, les participantes et participants au bal du Nouvel An ont scrupuleusement respecté l’étiquette viennoise : robe longue pour les femmes ; frac ou smoking pour les hommes.
© Marie Goehner-David / Pokaa
Organiser un bal viennois dans une église : encore une « idée folle » de Cyril Pallaud, raconte en souriant le directeur de l’association Passions Croisées. Habitué à proposer des formats artistiques originaux dans cette église, Cyril Pallaud a voulu avec ce bal « amener la musique classique de manière moins figée ». Comment ? En donnant à la danse, et particulièrement à la valse, une place d’honneur.
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Patrimoine culturel immatériel de l’humanité
En collaboration avec la représentation permanente de l’Autriche auprès du Conseil de l’Europe, le ministère des Affaires étrangères d’Autriche et la Ville de Vienne, tout a été fait pour faire voyager le public à l’époque du congrès de Vienne.
C’est en 1814-1815 que les soirées dansantes viennoises ont connu leur apogée, alors que les personnalités politiques de toute l’Europe étaient réunies pour redéfinir les frontières européennes, après la chute de Napoléon.
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Depuis, les bals sont devenus un symbole du prestige viennois à l’international. La saison des bals est un moment fort de l’année, qui culmine autour de la Saint-Sylvestre : entre le mois de novembre et le début du Carême, environ 500 bals sont organisés dans la capitale autrichienne.
Bal de l’Empereur, mais aussi bal des cafetiers, des médecins ou des confiseurs : il existe à peu près autant de bals que de corps de métiers. Chaque bal est placé sous le signe de la valse viennoise, inscrite en 2017 par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
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Un rite de passage à l’âge adulte
La valse, une danse passée de mode et réservée aux personnes âgées ? Environ 60 lycéennes et lycéens sont venu(e)s prouver le contraire. Recruté(e)s dans les lycées Sturm, Saint-Étienne et l’École européenne, ces jeunes ont suivi des cours de danse depuis le mois d’octobre.
Chaque semaine, Bernard Burgwal, directeur du Club de danse Eschau, leur a enseigné la valse, mais aussi la polonaise et la polka.
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Dans la plus pure tradition viennoise héritée de la monarchie, ces « débutantes » et « débutants » ont eu la responsabilité d’ouvrir le bal, signe de leur passage à l’âge adulte et de leur entrée dans la vie mondaine.
Juste avant d’entrer en piste, le stress était mêlé d’excitation. « C’est un rêve d’enfant pour de nombreuses petites filles de faire un bal comme ça », sourit Ysé, élève en première au lycée Sturm. « Ça nous rappelle les contes de fées, on se sent comme des princesses », abonde une de ses amies.
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Et pour cause : vêtues de longues robes blanches, de longs gants blancs et avec un diadème sur la tête, elles ont vraiment l’air de princesses. De leur côté, les garçons portent un costume noir, une chemise blanche, des gants blancs et un nœud papillon. Les cravates sont ici proscrites !
Si l’étiquette officielle est stricte sur les rôles genrés du cavalier et de la cavalière, elle s’est assouplie avec le temps. Plusieurs filles ont ainsi endossé le rôle de cavalier.
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À en croire les intéressé(e)s, l’idée d’apprendre à danser la valse a plus facilement séduit les filles : « Ce sont les cavalières qui sont venues nous chercher », reconnaît Simon-Pierre, du lycée Sturm.
« Beaucoup de garçons ont refusé de le faire, mais on s’est dit que c’était une expérience à tenter. C’est unique, ça n’arrive qu’une fois dans une vie ! », s’enthousiasme son ami Thibaut.
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Étiquette et protocole
Véritable institution remplissant une fonction musicale mais aussi sociale, les bals viennois se déroulent selon un protocole bien précis. Après avoir fait leur entrée en formation alignée, les débutantes et débutants strasbourgeois(es) ont formé une haie d’honneur, traversée par les invité(e)s d’honneur à l’annonce de leur nom.
Dans les plus grands bals viennois, on vient parfois moins pour voir le spectacle que pour être vu(e) ! Aux premières notes de la Fächer-Polonaise de Carl Michael Ziehrer, les débutantes et débutants ont ensuite exécuté leur chorégraphie d’ouverture, dans un formidable jeu géométrique de lignes noires et blanches.
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Mais la musique que tout le monde attend le plus, c’est la première valse du bal. Par exemple, samedi dernier, le Morphing Chamber Orchestra de Vienne a interprété la fameuse valse du Beau Danube bleu de Johann Strauss.
La piste de danse est alors encore réservée aux seul(e)s débutant(e)s, jusqu’à ce que le maître de cérémonie s’exclame « Alles Walzer ! », qu’on pourrait traduire par « En piste pour une valse ! ». C’est le signal qui ouvre la danse à l’ensemble du public.
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D’autres temps forts viennent encore rythmer la soirée : il n’est pas rare de voir des démonstrations de danse d’écoles prestigieuses. Samedi dernier, c’est le Club de danse Eschau qui a présenté un medley de chacha, rumba et jive. Et à minuit, le public composite s’est prêté au jeu de danser sur le Fledermaus-Quadrille (Quadrille de la chauve-souris) de Johann Strauss.
Parents, officiel(le)s, grand(e)s amateurs et amatrices de danse ou simples curieuses et curieux : la diversité du public est aussi l’un des symboles des bals viennois, qui aspirent à être ouverts à toutes et tous.
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Gastronomie et souvenirs d’Autriche
Pour reprendre des forces entre plusieurs tours de piste, l’organisation du bal a proposé une carte austro-alsacienne : en plus des habituels bretzels et knacks, le public a pu déguster une soupe de goulash préparée par la Maison Klein ou encore un strudel aux pommes, dessert phare de la gastronomie autrichienne.
Et pour toujours plus de surprises, le comité du bal à Saint-Guillaume a également perpétué la tradition de la Damenspende, petit cadeau offert aux femmes lorsqu’elles quittent la soirée.
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Nul doute que le pendentif et l’éventail offerts par la Ville de Vienne rappelleront longtemps aux participantes cette soirée hors du temps. De là à leur donner envie de fouler plus souvent un parquet de danse ? C’est en tout cas l’un des objectifs de Cyril Pallaud, directeur de Passions Croisées, avec ce bal : refaire danser les danses de salon à la jeune génération. Un souhait résumé simplement à la fin de son discours d’ouverture : « Let’s dance ! »
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