Des aboiements féroces déchirent le calme de la campagne anglaise. Une meute fonce à travers champs, talonnée par des cavaliers en tenue traditionnelle. La scène ressemble à s’y méprendre à une chasse à courre classique, cette pratique aristocratique controversée. Pourtant, aucune effusion de sang n’est à craindre aujourd’hui. Le gibier ne possède ni fourrure ni terrier : il porte des baskets et un dossard. Bienvenue dans la « chasse aux joggers », le nouveau loisir qui fait fureur outre-Manche.

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Une proie humaine pour sauver une tradition

Depuis l’interdiction de la chasse au renard il y a 20 ans, jugée cruelle par la loi britannique, les amateurs de vénerie ont dû se réinventer. Face au durcissement des règles et pour conserver le frisson de la poursuite sans la violence de la mise à mort, certains équipages ont troqué le goupil contre des coureurs volontaires.

Comme le rapporte France Télévisions, cette alternative attire de plus en plus d’adeptes, soucieux de préserver leurs coutumes tout en respectant la faune. « La loi a changé, il faut faire avec. Et c’est une façon de s’amuser sans violence », explique une cavalière, tandis qu’un autre participant confesse qu’il « détestait » tuer des renards et préfère désormais se concentrer sur le « dressage des chiens ».

Des super-limiers aux trousses

L’homme n’est pas un gibier comme les autres, et pour le traquer, il faut une meute d’élite. Jeremy Whaley, maître d’équipage qui encadre ces sorties dominicales, élève depuis plus de vingt ans des Saint-Hubert. Ces chiens, très différents de ceux utilisés pour la chasse à courre traditionnelle, sont de véritables « super limiers ».

« Ils ont un bien meilleur odorat », précise Jeremy Whaley. « Comme nous chassons des êtres humains, il faut un odorat très fin ». Ces animaux, qui selon leur maître « savent qu’ils vont bientôt s’amuser », sont capables de suivre une piste complexe à une vitesse impressionnante, galopant trois à quatre fois plus vite qu’un homme.

Tactique de survie : le « pot de peinture »

L’expérience est intense pour les coureurs, qui s’élancent à 14 h 03 précises avec seulement vingt minutes d’avance sur la meute. Pour espérer terminer la douzaine de kilomètres du parcours avant d’être rattrapés, la stratégie est vitale. Jeremy Whaley est formel : « Vous devez rester toujours groupés, car vos odeurs vont se mélanger comme un pot de peinture. C’est ce mélange que les chiens vont poursuivre ».

Il est interdit de jouer cavalier seul ; l’esprit d’équipe prime. « Vous ne pouvez abandonner personne », insiste l’organisateur. Les participants évitent soigneusement les sentiers battus pour ne pas croiser les traces de randonneurs et fausser la piste.

Au final, lorsque les chiens rattrapent inévitablement le groupe, la peur laisse place aux rires. Pas de morsures, mais une fin de course gluante pour les joggers qui finissent « couverts de bave ». Une façon originale de courir après l’adrénaline, sans autre victime que la propreté des t-shirts.