Les industriels et acteurs maritimes britanniques se structurent autour de l’émergence d’une filière de propulsion nucléaire pour les navires civils.

Le 19 janvier 2026, le Maritime Nuclear Consortium, dirigé par Lloyd’s Register (LR), a été présenté à Londres. Ce groupe réunit des acteurs des secteurs du nucléaire, du maritime, de l’assurance et de la réglementation afin d’étudier l’intégration de navires commerciaux à propulsion nucléaire. Les membres incluent Rolls‑Royce pour la conception des réacteurs, Babcock International pour le design et l’intégration navale, ainsi que des experts en sécurité, assurance et droit. Le consortium a pour objectif de définir des normes techniques et réglementaires pour des navires utilisant des réacteurs modulaires avancés (AMR).

Les AMR sont des petits réacteurs nucléaires modulaires de nouvelle génération. Ils se distinguent des SMR traditionnels (Small Modular Reactors) par leur technologie plus avancée et leurs dispositifs de sûreté intégrés. Les SMR sont de petits réacteurs modulaires dérivés de technologies nucléaires existantes, conçus pour être transportables et assemblés sur site. Les AMR utilisent des concepts tels que les réacteurs à haute température ou à sels fondus, permettent des cycles de combustible plus longs et intègrent des systèmes de sûreté passifs ou intrinsèques, ce qui peut convenir à des applications maritimes nécessitant une exploitation autonome et sûre. 

Les Britanniques ne sont pas les seuls à se positionner sur le nucléaire dans le transport maritime civil. Ainsi, en Norvège, le projet NuProShip, lancé en 2023, associe le chantier Vard, la NTNU, la société de classification DNV et l’Administration maritime norvégienne pour évaluer l’utilisation de réacteurs de génération IV sur des navires commerciaux. Plusieurs concepts de SMR et AMR ont été étudiés pour des navires de haute mer et un objectif de construction d’un navire prototype a été fixé pour 2031. Des recherches sont également menées sur des centrales nucléaires flottantes pouvant fournir de l’énergie à des installations maritimes ou côtières. 

En Asie, la Chine et la Corée du Sud explorent des concepts similaires. Des chantiers chinois ont présenté des prototypes de porte‑conteneurs propulsés par des réacteurs au thorium ou à sels fondus, tandis que la Corée du Sud étudie l’intégration de SMR sur des navires de grande capacité. Ces projets restent à un stade conceptuel ou de faisabilité, et aucun navire civil nucléaire moderne n’a été construit à ce jour. 

Il faut cependant noter que le cadre réglementaire international applicable aux navires civils nucléaires reste limité. Les conventions existantes, telles que celle de Bruxelles (1962) ou les codes de sûreté nucléaire maritime, ne prennent pas en compte les réacteurs modulaires modernes. Des initiatives comme le groupe NEMO, en collaboration avec l’OMI et l’AIEA, visent à harmoniser la réglementation maritime et les exigences nucléaires pour préparer un cadre légal adapté aux navires commerciaux de nouvelle génération.

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