Alors que les tensions sont toujours vives entre les États-Unis et l’Europe autour du Groenland, la Marine nationale dispose de différents moyens dans le Nord. Ils vont même être assez conséquents dans les semaines qui viennent, sans pour autant que cela soit forcément lié aux velléités de Donald Trump sur la grande île arctique sous souveraineté danoise. Devenue très régulière, pour ne pas dire permanente ces dernières années, la présence navale française dans la région se renforce opportunément via des déploiements programmés de longue date.
Depuis une bonne décennie, la flotte française a sensiblement renforcé sa présence dans le nord de l’Europe, de la Baltique à la mer du Nord et jusqu’au cercle arctique, Groenland compris, où se rend désormais régulièrement le patrouilleur Fulmar, basé à Saint-Pierre et Miquelon, pour des exercices de sécurité maritime auxquels ont également déjà participé des avions de surveillance maritime Falcon 50. Frégates, sous-marins nucléaires d’attaque, chasseurs de mines, bâtiments de soutien et avions de patrouille maritime se relaient quant à eux de façon désormais quasi-permanente dans la zone. Même le groupe aéronaval emmené par le porte-avions Charles de Gaulle y a été déployé deux fois jusqu’ici, franchissant pour la première fois le cercle arctique en 2010 et revenant en mer du Nord et en Scandinavie début 2020, en pleine crise sanitaire.
Jeudi dernier, en pleine crise diplomatique suite à la volonté affichée du président américain de s’emparer du Groenland, Emmanuel Macron, lors de ses vœux aux armées, avait annoncé l’envoi de « moyens terrestres, aériens et maritimes dans les prochains jours ». Mais, en dehors d’une poignée de chasseurs alpins dépêchés sur place avec d’autres petits contingents européens, ce qui a suffi à provoquer la colère du locataire de la Maison blanche, aucune précision n’est venue depuis quant à l’arrivée d’autres unités tricolores.
Sur le plan naval, la Marine nationale peut en fait déjà compter sur ses déploiements programmés. Une frégate multi-missions évolue ainsi, actuellement, dans le Grand Nord, comme l’a indiqué le 17 janvier l’état-major des Armées, soulignant la « contribution régulière de la Marine nationale à la sécurité des espaces maritimes communs, des approches européennes et du flanc nord de l’OTAN ».
Une FREMM en Europe du Nord.
En plus de cette FREMM brestoise, l’EMA a aussi fait savoir, le même jour, qu’un avion de patrouille maritime Atlantique 2 était passé en Suède, signalant à nouveau que « la France est engagée dans la sécurité de l’espace nordique. Notre Marine et notre armée de Terre y mènent des activités régulières ». Et d’annoncer que les forces aériennes des deux pays allaient prochainement mener « un vol conjoint Agile Combat Employment, éprouvant notre capacité à agir ensemble dans des conditions exigeantes au profit de la sécurité collective de l’Alliance et du Continent ».
Atlantique 2 en Suède.
Ces derniers mois, un chasseur de mines français a aussi été intégré au Standing Nato Mine Counter Measures Group 1 (SNMCMG 1), l’un des groupes navals permanents de l’OTAN. Celui-ci œuvre en mer Baltique, notamment au profit de la mission Baltic Sentry de surveillance et de protection des infrastructures sous-marines critiques. Une initiative à laquelle la France participe régulièrement depuis son lancement il y a un an, avec des bâtiments de surface mais aussi des Atlantique 2 qui surveillent l’activité navale en Baltique mais aussi dans le Grand Nord pour pister les sous-marins russes en coordination avec les alliés nordiques. Après les chasseurs de mines, il est prévu qu’un patrouilleur de haute mer brestois évolue prochainement en Baltique.
Le SNMCMG 1.
A cela va s’ajouter la présence de unités flambantes neuves de la flotte française, qui vont rejoindre le Grand Nord dans le cadre de leur premier déploiement de longue durée (DLD), préalable à leur admission au service actif. Il s’agit de la frégate de défense et d’intervention (FDI) Amiral Ronarc’h, partie de Brest le 14 janvier, et du bâtiment ravitailleur de forces (BRF) Jacques Stosskopf, qui a appareillé de Toulon deux jours plus tard. Leur déploiement est planifié de longue date mais, hasard du calendrier, il intervient opportunément pour gonfler les effectifs militaires français dans la région et montrer que Paris est pleinement engagé, avec les autres membres de l’OTAN, dans sa sécurité.
La FDI Amiral Ronarc’h.
Le BRF Jacques Stosskopf.
C’est l’un des grands avantages des missions de la flotte, qui écume quotidiennement tous les océans du monde et dispose ainsi de moyens prépositionnés dans des zones d’intérêt qui offrent autant de moyens d’action potentiels en cas de nécessité. Avec la possibilité, au besoin, d’adapter le programme planifié dans une zone en fonction des évènements. Cela, pour agir ou envoyer des signaux politiques. On pourrait par exemple imaginer (simple idée, la rédaction de Mer et Marine n’ayant aucune information en ce sens) que la France décide, si les conditions le permettent, d’envoyer une frégate en escale de routine à Nuuk, la capitale du Groenland. Son port de commerce n’est en effet pas pris par la banquise et assez grand pour un accueillir un tel bâtiment, en particulier son terminal conteneur qui compte un quai de plus de 300 mètres de long.
De la même manière, il sera intéressant de voir où va évoluer le groupe aéronaval pour son prochain déploiement, qui doit débuter sous peu. Lors de l’exercice Polaris 25, en juin dernier, la participation du Charles de Gaulle avait été évoquée pour Orion 26, le plus important exercice interarmées français. Or, ce dernier va débuter dans les prochaines semaines en Atlantique et dans l’ouest de la France, où la préparation des manœuvres, bien que discrète, ne passe pas inaperçu. Le programme d’Orion doit d’ailleurs être dévoilé jeudi 21 janvier, a annoncé le ministère des Armées hier soir.
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