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Bluesky
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Montmartre et certains quartiers de Paris vont-ils devenir un grand Disneyland à ciel ouvert ? Quand on voit la foule sans fin de touristes les arpenter ou quand on voit la capitale se hisser au premier rang mondial des marchés de Airbnb pour recevoir des touristes internationaux toujours plus nombreux, on peut légitimement entendre le sentiment de saturation des habitants. Et se dire que oui, ça suffit !
Bien sûr, Paris attire par sa beauté et les Parisiennes et Parisiens sont fiers d’accueillir les touristes. Mais cette pression qui pèse sur la capitale – qui fait monter les prix et encourage la spéculation immobilière tout en raréfiant l’offre de logements –, c’est d’abord, et avant tout, le résultat délétère de gouvernements de droite et macronistes. Ceux-là mêmes qui ne pensent Paris que comme une pompe à fric destinée à des touristes fortunés, venus en avion long-courrier au bilan carbone épouvantable. C’est pour cela qu’ils ont imposé la construction de la ligne de métro réservée aux touristes internationaux pour aller à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, la CDG Express. C’est pour cela qu’ils veulent faire ce méga projet au Louvre pour relier le musée national à la Samaritaine, grand magasin transformé en duty-free de luxe par LVMH. C’est pour cela aussi qu’ils ont créé les zones touristiques internationales (ZTI).
Ces zones ont été créées en 2015 par Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie. Elles permettent de déroger à un certain nombre de règles en matière de droit du commerce et de droit du travail – le travail jusqu’à minuit et tous les dimanches y est, par exemple, autorisé. Libéraliser, réduire les protections sociales, tout cela pour un seul objectif : permettre une meilleure attractivité et une plus forte rentabilisation de ces zones. Il y en a 21 en France dont douze à Paris.
Le risque est de générer un rejet complet
Or, aujourd’hui, ce sont en grande majorité ces quartiers qui subissent la pression du surtourisme : concentration des meublés touristiques, qui expulse les habitants et fait exploser les prix des logements, saturation de l’espace public, pression sur les transports, explosion des prix, monoactivité commerciale – les magasins de souvenirs avec des tour Eiffel s’enchaînent, sans charme. Face au surtourisme, Paris agit. Avec notamment un nouveau plan local d’urbanisme dit bioclimatique : il interdit de construire de nouveaux meublés touristiques dans des zones dites « en tension touristique ».
Mais pour aller plus loin, et faire baisser la pression du surtourisme, intenable dans certains quartiers, nous devons en finir avec ces fameuses ZTI. Montmartre, le Marais, le boulevard Haussmann, le champ de Mars, etc. Tous ces quartiers patrimoniaux n’ont pas besoin d’une législation dérogatoire au droit du travail et du commerce pour rester attractifs. Au contraire, si on continue comme aujourd’hui, ils vont crever asphyxiés.
Ce dont nous avons besoin en matière de tourisme, ce n’est plus une politique du toujours plus au détriment du cadre de vie des habitants qui vivent sur place. Nous avons besoin de régulations fortes et d’une répartition plus équitable des flux sur le territoire métropolitain et national qui ne manquent pas d’atouts ! Bien sûr, l’industrie touristique représente 15 % de l’emploi de la capitale et il faut préserver cela, mais Paris ne peut pas continuer à accueillir toujours plus de visiteurs de manière indéfinie. Le risque est de générer un rejet complet des touristes, comme dans d’autres capitales européennes, comme Amsterdam ou Barcelone. La fin des ZTI à Paris représenterait un premier pas vers cette politique de régulation pour un tourisme durable et acceptable pour celles et ceux qui vivent sur place. Paris doit conserver cette vocation d’accueil mais elle doit aussi permettre à celles et à ceux qui y vivent, y travaillent, y logent ou y étudient de le faire sereinement.
Signataires
- David Belliard, candidat écologiste à la mairie de Paris, adjoint à la mairie en charge de la transformation de l’espace public
- Frédéric Hocquard, adjoint à la mairie de Paris en charge du tourisme et de la vie nocturne
- Amina Bouri, déléguée de Paris Centre en charge de l’Histoire de Paris et du suivi des plans climat, candidate écologiste pour les municipales
- Anne-Claire Boux, adjointe à la maire de Paris en charge de toutes les questions relatives à la santé publique et aux relations avec l’APHP, candidate écologiste aux municipales
- Frédérique Dutreuil, conseillère du 9e arrondissement de Paris, candidate écologiste aux municipales
- Emile Meunier, conseiller du 18ᵉ arrondissement de Paris, président écologiste de la commission urbanisme et logement
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur
au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.