l’essentiel
Retour avec le syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières (Smmar) de l’Aude sur le phénomène de « crues volumiques » qui a valu à l’est audois et au littoral de faire face à un épisode de plus de 48 heures.
Avec un « épisode pluvieux s’atténuant en fin de nuit de lundi à mardi », l’Aude devait passer de l’orange au jaune dans la nuit. Une évolution annoncée dans le bulletin départemental de Météo France à 12 h ce lundi 19 janvier, avec une fin de la vigilance orange pluie-inondation annoncée pour minuit ; une sortie finalement « anticipée sur l’Aude à 22 h, qui reste en jaune pluie-inondation », précisait Météo France à 16 h.
À la même heure, la carte actualisée par le service central d’hydrométéorologie et d’appui à la prévision des inondations (SCHAPI) évoquait toujours un « risque de crue importante sur les basses plaines de l’Aude », seul tronçon encore placée en vigilance orange dans le département.
Un risque surveillé de près, alors que, comme l’avait précisé la préfecture à 13 h, le pic n’était pas encore atteint sur ce secteur, ni sur celui de l’Orbieu, d’ailleurs. Et si des pluies « modérées » étaient encore attendues ce mardi 20 janvier, la confirmation d’avoir vécu un « événement majeur » était déjà une certitude pour Jean-Marie Aversenq, directeur du syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières (Smmar) de l’Aude : « On parle de trois jours de gestion de crise, avec des pluies plus ou moins en continu, avec plus ou moins d’intensité. Mais on devrait aboutir à des cumuls allant jusqu’à 360 mm sur le secteur du Haut-Minervois, à la limite entre Aude et Hérault. C’est donc un épisode majeur sur le plan quantitatif, mais aussi parce que les deux tiers du bassin-versant de l’Aude et du département, si l’on excepte la Haute-Vallée et le Lauragais, ont été concernés. C’est d’ailleurs parce que ces deux tiers du département ont été arrosés que le phénomène a été alimenté sur la durée. »
Et si la Cesse a concentré pendant un long moment les inquiétudes, c’est parce que son bassin-versant a hérité des « plus forts cumuls de pluies », mais aussi parce que, sur ce « territoire karstique, la crue est alimentée sur la durée lorsque le karst se vidange ».
Avec cet épisode, le Smmar a eu l’occasion d’étrenner son costume de gestionnaire de la compétence GEMAPI (gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations) sur la partie domaniale du fleuve Aude, de Quillan jusqu’à son embouchure, compétence effective depuis le 1er janvier 2026.
L’occasion, aux côtés de l’État et des syndicats de bassin, d’un exercice grandeur nature, notamment avec les communes de Sallèles-d’Aude, Coursan ou Cuxac-d’Aude, en 1re ligne le long du fleuve. Ce lundi 19 janvier, en milieu de journée, Jean-Marie Aversenq envisageait la « décrue, sur une durée de deux à trois jours, à partir de mardi ». Un lent retour à la normale après « une pluie hivernale qui tombe au bon moment pour la recharge des nappes ». Et de resituer l’événement dans la longue histoire des crues et inondations audoises : « Une crue comme ça, on n’en a pas eu depuis 2020. »
Si certains, entre inondations, routes coupées, évacuations ou encore défaut d’alimentation en électricité ou eau potable, ont bien sûr souffert de l’épisode, les crues vécues « permettent aussi de rappeler, une fois de plus, que nous sommes un territoire à risque. Et que même si on a beaucoup appris depuis 1999, les principes de précaution et d’humilité doivent demeurer ». Rappel livré en évoquant un événement qui aura reflété, précise Jean-Marie Aversenq, « le fonctionnement normal et naturel des Basses plaines, avec de l’eau dans les vignes, des routes coupées, puisque le haut du lit est plus élevé que la plaine. On est sur des terres dédiées à des champs d’expansion de crues ».
Et ce quand bien même les ouvrages nés de drames ont joué leur rôle : des digues de Sallèles et de Cuxac configurées pour faire face à une crue équivalente à celle de 1999, jusqu’au chenal de dérivation de Coursan, ‘‘doublé’’ à l’été 2025 pour abaisser la ligne d’eau dans la traversée du village en période de crue. « Le traumatisme de 1999, il est encore là. Mais beaucoup d’aménagements ont été menés, la culture du risque a été développée, notamment par les maires, qui ont affiché une réelle sérénité dans la gestion de l’événement, en activant notamment les plans communaux de sauvegarde. »
De quoi faire face, depuis le samedi 17 janvier, à un épisode sur la durée, traduction de ce que le directeur du Smmar appelle une « crue volumique : on ne fait pas face à des débits ou des hauteurs d’eau exponentiels, mais bien à un phénomène qui s’autoalimente sur la durée ». De quoi faire de cet épisode de janvier 2026 un équivalent des inondations subies en janvier 2020, « où là aussi on avait subi 48 heures de pluies en continu. Et c’est très différent de 2018, avec des crues éclair ».