- Depuis le retour du président américain au pouvoir, son armée a déjà mené presque autant de frappes aériennes que pendant toute la présidence de Joe Biden.
- Donald Trump entend également restaurer la suprématie incontestée des États-Unis sur l’ensemble des Amériques.
- Il a ainsi présenté l’enlèvement de Nicolas Maduro comme une remise au goût du jour de la doctrine Monroe, il y a plus d’un siècle.
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Venezuela : Nicolas Maduro capturé par les États-Unis
Les États-Unis vont-ils être rapidement en risque de surcharge militaire ? Un an après l’investiture de Donald Trump, la politique étrangère de Washington se dessine jour après jour. Avec un constat : les Américains ne sont pas aussi isolationnistes que l’on croyait, quitte à s’affranchir sans vergogne du droit international lors de leurs interventions extérieures. Depuis son retour au pouvoir, l’armée américaine a déjà mené presque autant de frappes aériennes que pendant toute la présidence de Joe Biden, selon un décompte de l’ONG Acled dévoilé le 14 janvier.
Les frappes des avions américains sur les défenses aériennes vénézuéliennes pendant la capture du président déchu Nicolas Maduro, le 3 janvier, ont porté le total du président républicain à 672 frappes aériennes ou de drones depuis son investiture le 20 janvier 2025, contre 694 pour Joe Biden sur sa présidence complète (2021-2025). Donald Trump dépasse ainsi déjà largement son prédécesseur démocrate sur les frappes unilatérales : 587 hors coalition, contre 494 pour Joe Biden en quatre ans. Ces actions ont dans l’ensemble causé la mort de plus de 1.000 personnes, dont des civils, selon le décompte d’Acled.
Yémen, Somalie, Iran…
Plus de sept frappes sur dix depuis un an ont ciblé le Yémen, la majorité dans le cadre d’actions visant les rebelles Houthis. Près de deux frappes sur dix ont visé des mouvements islamistes en Somalie. Les États-Unis ont aussi déclenché des frappes aériennes en Irak, en Iran et en Syrie. Donald Trump semble prêt à poursuivre sa pression contre l’organisation État islamique, toujours considérée comme un enjeu de sécurité majeur. En avril 2025, le Pentagone a annoncé que le nombre de ses soldats en Syrie serait divisé par deux, et, depuis des mois, les Américains multiplient les raids aériens sur ce pays.
En juin 2025, les Américains ont également mené un raid majeur contre trois sites nucléaires iraniens en s’appuyant sur leurs bombardiers et leurs sous-marins. Toutefois, cette opération n’a pas détruit complètement le programme nucléaire iranien. Ces derniers jours, les Américains étaient tentés d’intervenir dans ce pays alors que l’Iran est en proie depuis fin décembre à l’un des plus vastes mouvements de contestation depuis la proclamation de la République islamique en 1979. Mais plusieurs États, notamment du Moyen-Orient, sont intervenus pour tenter de dissuader Donald Trump d’une attaque.
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L’Afrique n’a pas échappé à l’interventionnisme américain. Au Nigeria, selon Abuja et Washington, des frappes américaines menées le jour de Noël, le 25 décembre dernier, ont atteint des combattants jihadistes liés au groupe État islamique (EI), faisant plusieurs victimes dans l’État de Sokoto.
Une remise au goût du jour de la doctrine Monroe
Les Américains mènent en outre depuis septembre une campagne de frappes contre des embarcations présentées comme appartenant à des trafiquants de drogue dans les Caraïbes et le Pacifique. Au Venezuela, Donald Trump a justifié l’opération de capture de son homologue Nicolas Maduro par son inculpation pour narcotrafic et par la nécessité de restaurer la suprématie incontestée des États-Unis sur l’ensemble des Amériques. Il a ainsi présenté cette opération nocturne à Caracas comme une remise au goût du jour de la doctrine Monroe, il y a plus d’un siècle. « On l’appelle maintenant le document ‘Donroe’« , a-t-il assuré, accolant avec ce jeu de mots son prénom au patronyme de son lointain prédécesseur, James Monroe. Ce dernier a eu pour politique au XIXe siècle de faire de l’Amérique latine une chasse gardée des États-Unis.
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« Dans le cadre de notre nouvelle stratégie de sécurité nationale, la domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question », a-t-il dit. Une référence au document publié le 5 décembre dernier (nouvelle fenêtre) par son administration redéfinissant la « Stratégie de sécurité nationale » des États-Unis dans un sens nationaliste. S’agissant de l’Amérique latine, la doctrine Monroe affirme notamment que les Américains (nouvelle fenêtre)doivent chercher à accéder aux ressources et aux emplacements stratégiques et veiller à ce que les gouvernements de la région soient « suffisamment stables et bien gouvernés pour prévenir et décourager les migrations massives vers les États-Unis ».
Un « président de la paix » qui a le goût de la force
Washington pourrait utiliser le Venezuela comme exemple coercitif pour les autres dirigeants de pays d’Amérique latine. A minima, cette opération semble en tout cas annoncer une ligne plus dure dans cette région longtemps considérée comme un pré carré de Washington. Donald Trump a multiplié ces dernières semaines les menaces contre plusieurs pays ou territoires… y compris hors Amérique latine, comme le Groenland. Il a ainsi fait de Bogota l’une de ses cibles privilégiées et a prévenu le président colombien de gauche, Gustavo Petro, qu’il devrait « faire gaffe à ses fesses », affirmant également le 4 janvier qu’une intervention militaire lui paraissait « une bonne idée ». Il a ensuite modéré ses propos, à la suite d’un appel téléphonique, et une rencontre entre les deux dirigeants est prévue début février à la Maison-Blanche.
Le régime castriste est lui aussi dans le viseur de Washington. Allié du Venezuela et adversaire communiste des États-Unis depuis près de sept décennies, Cuba est « prêt à tomber », a affirmé Donald Trump le 4 janvier. Il a cependant estimé qu’une intervention militaire sur l’île ne serait pas nécessaire.
La politique étrangère du président Trump (…) est motivée avant tout par ce qui sert les intérêts de l’Amérique, ou, en deux mots, par le principe ‘L’Amérique d’abord’
L’administration Trump dans sa « Stratégie de sécurité nationale »
L’autoproclamé « président de la paix », qui rêvait d’obtenir le prix Nobel de la paix, semble donc avoir un goût prononcé pour la force. Une surprise ? Pas tellement. Dans sa « Stratégie de sécurité nationale », l’administration Trump n’a pas caché être prête à intervenir à l’étranger si la sécurité intérieure du pays ou si ses intérêts économiques sont menacés. « La politique étrangère du président Trump (…) est motivée avant tout par ce qui sert les intérêts de l’Amérique, ou, en deux mots, par le principe ‘L’Amérique d’abord' », peut-on lire dans ce document de 29 pages. « Les affaires des autres pays ne nous concernent que si leurs activités menacent directement nos intérêts. »
À propos de l’usage de la puissance militaire, l’administration Trump le dit sans détour : « Nous voulons recruter, former, équiper et déployer l’armée la plus puissante, létale et technologiquement avancée au monde afin de protéger nos intérêts, dissuader les guerres et, si nécessaire, les gagner rapidement et de manière résolue. » En outre, les États-Unis entendent désormais opérer « un réajustement de leur présence militaire mondiale pour répondre aux menaces urgentes sur notre continent, et un éloignement des théâtres dont l’importance relative pour la sécurité nationale américaine a diminué ces dernières années ou décennies ».
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Faut-il pour autant se fier à ce document ? Donald Trump, réputé imprévisible, pourrait s’en affranchir. Il ne pourra dans tous les cas pas multiplier les opérations extérieures. Celle menée au Venezuela, en ouvrant un nouveau théâtre, a écartelé un peu plus les forces armées, déjà très sollicitées partout dans le monde. Face à la multiplication des engagements concomitants, Donald Trump a en tout cas fait ses calculs : le 7 janvier, il a annoncé qu’il réclamerait, pour 2027, la somme de 1.500 milliards de dollars (1.300 milliards d’euros) pour le budget de la défense, une hausse majeure par rapport à 2026. Pour cette année, le Congrès américain a ainsi prévu une enveloppe de l’ordre de 900 milliards de dollars (773 milliards d’euros). Washington, qui a déjà de loin les dépenses militaires les plus élevées de tous les pays du monde, ne devrait donc pas perdre cette première place sous Donald Trump.
Julien CHABROUT


