• Les deux plus hauts responsables du chef d’état-major des armées sont accusés d’avoir « détourné » les fonds pour l’achat de Rafale par l’Ukraine.
  • Une fausse information créée à partir d’un site usurpant une agence ukrainienne.
  • La diffusion de cette infox laisse planer l’ombre d’un réseau pro-russe.

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L’info passée au crible des Vérificateurs

Un « accord historique » annoncé en grande pompe à la mi-novembre… Qui cacherait un scandale d’État ? C’est en substance ce que prétendent révéler plusieurs publications. Dans une série de messages mis en ligne lundi 19 janvier, plusieurs comptes identifiés par le passé comme des relais de la propagande russe (nouvelle fenêtre)affirment que le chef d’état-major des armées et son major général seraient au cœur d’une affaire de corruption baptisée « le scandale Rafale ». Une fausse information dont nous avons retracé l’origine.

Le Bureau anticorruption usurpé

« C’est un scandale des Rafale à 30 milliards d’euros », écrit par exemple un compte baptisé « Russian news » (nouvelle fenêtre). D’après lui, le Bureau national anticorruption d’Ukraine (NABU) aurait révélé un « vaste système de détournement de milliards d’euros » provenant du contrat signé entre la France et l’Ukraine pour l’achat de 100 exemplaires de l’avion de combat français. Les autorités de Kiev auraient « découvert des plans visant à détourner des milliards, qui seraient ensuite répartis entre des comptes offshore liés à de hauts responsables français et ukrainiens », précise en français le compte (nouvelle fenêtre)« Trump Fact News ». Le tout est accompagné d’une vidéo de deux minutes, présentée comme un reportage et vue plus de 1,5 million de fois à l’heure où nous écrivons ces lignes.

Dans le détail, cette « enquête choquante » serait née après une perquisition chez Andriy Yermak (nouvelle fenêtre), ancien bras droit de Volodymyr Zelensky empêtré dans une affaire de corruption (nouvelle fenêtre), et des enregistrements de discussions tenues dans sa voiture. Autant de documents qui montreraient que l’homme aurait rencontré à plusieurs reprises l’amiral François-Xavier Polderman, major général des armées, depuis le 1er septembre dernier. Un « proche du chef d’état-major des armées », Fabien Mandon (nouvelle fenêtre), dont le nom apparaîtrait lui aussi dans l’enquête. Les deux hommes seraient directement « impliqués dans l’affaire » à travers laquelle ils prévoyaient de récupérer « entre 15 et 30 milliards d’euros ».

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Une rumeur difficile à croire. D’abord, elle ne repose sur aucun document. Ensuite, les auteurs ne partagent ni le lieu, ni la date de ces supposées rencontres. Éléments d’autant plus surprenants qu’Andriy Yermak et l’amiral François-Xavier Polderman n’ont pas longtemps été en service simultanément. Le numéro 2 de la chaîne hiérarchique de l’armée française a pris son poste le 1er septembre, tandis qu’Andriy Yermak a été cité dans l’affaire de corruption Energoatom (nouvelle fenêtre)au mois de novembre. 

Enfin, la seule source de ces internautes est une prétendue communication du NABU. Celle-ci est disponible sur le blog (nouvelle fenêtre)« nabu-gov.com ». Si le nom de domaine rappelle l’agence ukrainienne, il est en fait différent du site officiel, disponible à l’adresse « nabu.gov.ua ». Créé le 15 janvier (nouvelle fenêtre), soit deux jours à peine avant la publication de ce communiqué, ce site est hébergé par l’entreprise Hostinger – avec un registre commercial qui rend impossible l’identification du véritable propriétaire – et n’a aucun lien avec l’Ukraine. Le NABU a officiellement averti (nouvelle fenêtre)que cette plateforme était un faux. Ici, il ne s’agit donc pas d’une source d’information crédible, mais de l’usurpation de l’identité d’un site web connu. Une méthode baptisée typosquatting et dont l’objectif est de tromper les internautes peu avertis. 

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Non seulement cette information ne s’appuie sur aucun élément concret ou début de preuve, mais elle utilise une stratégie propre aux opérations venues de Russie. Nous avons en effet retrouvé la première occurrence (nouvelle fenêtre)de cette vidéo sur Telegram. Elle a été partagée le 19 janvier par un compte aux accents pro-russe. Date à partir de laquelle ce contenu a été diffusé de manière coordonnée sur X par des comptes déjà impliqués dans des opérations de désinformation (nouvelle fenêtre). Au total, ce sont plus de 2.100 tweets mis en ligne en une seule journée, avec deux vagues distinctes, d’après l’outil d’analyse Visibrain.

Pour conclure, cette rumeur est totalement infondée. Elle s’appuie sur un site falsifié et une vidéo de deux minutes dont la diffusion a été largement amplifiée par plusieurs comptes que nous avons identifiés par le passé comme membres de la propagande russe. Autant d’indices qui poussent les membres du collectif Gnida (nouvelle fenêtre), qui traque les opérations d’ingérence numérique, à décrire une opération venue de Russie. Information corroborée par un haut responsable militaire français. Il évoque auprès des Vérificateurs une « opération informationnelle » liée à Storm-1516, du nom de ce mode opératoire russe attribué par la France en mai dernier à un réseau d’individus et d’organisations agissant depuis la Russie. 

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Felicia SIDERIS