« Qu’on arrête d’importer des cochonneries à moindre coût ! » Fumigènes ou drapeaux à la main, des milliers d’agriculteurs venus des quatre coins de l’Europe ont manifesté mardi 20 janvier devant le Parlement européen à Strasbourg contre l’accord de libre-échange avec le Mercosur, à la veille d’un vote des eurodéputés sur une éventuelle saisine de la justice.
Français en majorité mais aussi Italiens, Belges ou encore Polonais, ils ont rejoint le bâtiment en fin de matinée, parfois en tracteur. À la mi-journée, la police estimait qu’ils étaient plus de 5500 personnes. Dans l’après-midi, l’ambiance s’est tendue, des manifestants jetant des fumigènes, des bouteilles et des fruits vers les CRS qui ont répliqué à coups de grenades lacrymogènes, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article. Sur place, Le HuffPost a pu filmer ces heurts et récolter quelques témoignages d’agriculteurs en colère.
Les parlementaires ne se prononceront sur l’ensemble de l’accord avec le Mercosur que dans les prochains mois mais ils sont appelés à s’exprimer mercredi sur une éventuelle saisine de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). En cas de vote positif, la CJUE étudiera la compatibilité de l’accord avec les traités. Si l’avis de la cour est négatif, l’accord ne pourra entrer en vigueur que s’il est modifié.
Les eurodéputés divisés
« C’est aux parlementaires (européens) à décider maintenant de saisir la Cour de justice européenne » a dit sur TF1 la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, espérant que « cette démarche ira à son terme ».
« On veut que les eurodéputés fassent leur boulot, qu’ils fassent appel à la cour, pour que l’accord soit réétudié », a déclaré à l’AFP Emmanuelle Poirier, 45 ans. Elle qui élève des vaches limousines dans la Creuse craint « l’importation massive de viande qui ne correspond pas au cahier des charges en France ».
Au sein même des groupes politiques, les eurodéputés sont divisés. « Nous sommes en train de travailler, voix par voix, élu par élu, député par député à faire cette majorité dont nous avons besoin pour stopper (l’accord avec) le Mercosur lors du vote de demain », a déclaré François-Xavier Bellamy, membre du PPE (droite).
Les agriculteurs ont prévu de rester à Strasbourg jusqu’à mercredi. « On se battra jusqu’au bout » a martelé Pierrick Horel, président des Jeunes Agriculteurs.
Motion de censure contre von der Leyen
Négocié depuis 1999, l’accord avec le Mercosur a été soutenu par une majorité d’États. La France s’y est opposée. Ce texte crée l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde entre l’Union européenne, le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay, soit plus de 700 millions de consommateurs.
Il doit permettre à l’UE d’exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux vers l’Amérique latine tout en facilitant l’entrée en Europe de viande bovine, sucre, riz, miel et soja sud-américains.
Pour ses détracteurs, cela va bousculer l’agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’UE, faute de contrôles suffisants.
Jeudi, les eurodéputés seront amenés à voter cette fois sur une motion de censure à l’encontre d’Ursula von der Leyen, une démarche à l’initiative du groupe d’extrême droite des Patriotes pour l’Europe, qui a peu de chances de succès.
Ailleurs en France, la mobilisation des agriculteurs se poursuit aussi : une cinquantaine de membres de la Coordination rurale ont mené dans la nuit une opération « coup de poing » contre un entrepôt logistique Système U dans l’Hérault, a indiqué la préfecture, condamnant des « actions illégales ».