Le ministère français de l’Économie a toutefois appelé à «montrer nos armes» face à l’agressivité sans précédent de notre allié historique.

Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, ne s’en cache pas : la longue amitié qui lie la France aux États-Unis est entrée dans une phase de rupture douloureuse. «Cette année, ça fait 250 ans qu’on est amis avec les États-Unis. Aujourd’hui, c’est très difficile, je ne vous le cacherai pas», a-t-il reconnu ce mardi soir sur le plateau de France 2. Ces déclarations interviennent alors que le président américain Donald Trump a menacé, samedi, les pays européens refusant de lui céder le Groenland de droits de douane supplémentaires.

Pour Roland Lescure, c’est désormais l’ensemble de l’architecture des relations internationales qui est menacé. «On fait face à un risque de basculement de l’ordre international et économique mondial tel qu’on le connaît depuis 80 ans», met-il en garde. Il cite notamment l’ONU, le FMI ou encore le G7, des institutions conçues pour permettre la négociation et la discussion «en toute franchise dans un cadre apaisé», aujourd’hui remises en cause aussi bien par Pékin et Moscou que, désormais, par Washington.


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«Des armes, on en a»

Évoquant les coups de boutoir douaniers du président américain contre l’Europe, le ministre souligne une rupture historique : «C’est la première fois qu’on utilise des droits de douane pour des raisons géopolitiques, qui plus est contre un allié.» Face à cette hostilité, l’Europe dispose toutefois de leviers, estime-t-il. «L’Europe, c’est aujourd’hui une puissance insoupçonnée, qui s’ignore un peu», affirme Roland Lescure, rappelant qu’elle constitue «le plus grand marché du monde». Et d’appeler à ne pas craindre d’assumer le rapport de force : «Il faut pouvoir montrer nos armes. Et des armes, on en a.»

«Il faut à la fois être très ferme, montrer qu’on a les moyens de réagir et continuer à être engagés», conclut-il. Une ligne que le président de la République, Emmanuel Macron, tente de mettre en œuvre en proposant notamment la tenue d’un sommet du G7 afin de discuter des désaccords profonds de part et d’autre de l’Atlantique. Donald Trump a toutefois d’ores et déjà décliné l’invitation, ce mardi soir, livrant au passage, à propos du chef de l’État français, un jugement aussi abrupt qu’imparable : «C’est un ami, mais il n’est plus là pour très longtemps».