Le journaliste Paul Gasnier revient sur le drame qui a bouleversé sa vie : la mort de sa mère, percutée lors d’un rodéo urbain. Plus qu’une enquête personnelle, « La Collision » est une autopsie sensible et politique des tensions qui déchirent la société française.
C’était en juin 2012, à Lyon. Une femme de 54 ans circulait à vélo au début de la rue Romarin lorsqu’elle a été fauchée par un jeune homme de 18 ans, Saïd, qui effectuait une roue arrière à 80 km/h sur une motocross. Dix ans plus tard, Paul Gasnier, fils de la victime et aujourd’hui visage familier de l’émission Quotidien, a décidé de rompre le silence. Mais là où d’autres auraient cédé à la complainte ou à l’appel à la vengeance, lui a choisi la voie du journalisme face à l’intime, de la sociologie face à la tragédie.
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» Je voulais en parler avec mes mots à moi »
« C’est un événement qui m’obsédait, qui ne m’a jamais quitté depuis 2012. Et puis je voyais comment des faits divers similaires étaient récupérés par l’extrême droite politique et médiatique quotidiennement. Et quand j’entendais des politiques ou certains journalistes parler de ce genre de faits divers avec leurs mots, ça m’était insupportable et je voulais en parler avec mes mots à moi » raconte Päul Gasnier.
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« La Collision » Paul Gasnier
« La collision« , ce n’est pas seulement l’impact physique qui a coûté la vie à sa mère. C’est aussi le télescopage de deux mondes qui s’ignorent et se craignent..
« Deux mondes qui racontent la France. Deux Frances très différentes qui ne se connaissent pas… Ces deux individus, ma mère et Saïd, ont deux trajectoires à l’opposé. Ils n’ont pas les mêmes origines. Ils ne viennent pas des mêmes classes sociales. Mais chacun a un parcours qui raconte la France. Et c’est ça qui m’a fasciné, que je trouve très romanesque dans ces deux protagonistes. Saïd, lui, ses parents sont arrivés de leur Maroc natal dans les années 60, pendant les Trente Glorieuses. Lui appartient à cette deuxième génération pour qui c’est un peu plus compliqué. Il s’est retrouvé pris dans les mauvaises fréquentations, dans la drogue » détaille Paul Gasnier.
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Rue Romarin, lieu du drame
Un drame qui raconte la France d’une certaine manière
« Et ma mère incarne aussi d’une certaine manière, l’évolution socio-économique de la France. Elle vient d’une grande famille de l’aristocratie militaire, mais elle appartient à cette génération post-68. Donc elle s’est embourgeoisée, elle est devenue bobo, elle a fini prof de yoga. Elle aussi, elle a un parcours qui nous raconte collectivement. En enquêtant sur la vie de ma mère et de Saïd, je raconter la France, d’une certaine manière » explique Paul Gasnier.
Café-débat avec Paul Gasnier au Club de la Presse de Lyon
Dans « La Collision », l’auteur pointe le danger de la récupération politique. Au cours d’un meeting qu’il couvre pour Quotidien, il voit ses propres affects, la colère, le sentiment d’insécurité, être transformés en « carburant » idéologique par des discours radicaux. En particulier, ceux de Zemmour…
« Je vois comment des faits divers similaires à celui qui a tué ma mère sont instrumentalisés tous les jours par l’extrême droite politique et médiatique. Ça, je le vois en tant que journaliste, parce que je regarde CNews malgré moi tous les jours. Et je pense que ça ne nous rend pas collectivement plus intelligents, la manière dont l’extrême droite se sert de nos blessures intimes comme carburant électoral et comme source d’audience« .
« La Collision« , de Paul Gasnier, éditions Gallimard, collection Blanche, 176 pages.
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Pionnier des radios libres, passionné de radio, journaliste et dirigeant de médias éco-responsables..