En Angleterre, une fronde inattendue prend forme derrière les comptoirs des pubs. Plus de 1 000 établissements ont décidé d’interdire l’entrée à un certain type de fauteurs de trouble, les élus du Parti travailliste, pour protester contre une hausse à venir des taxes qui pourrait contraindre bon nombre d’entre eux à mettre la clé sous la porte. À l’origine de cette révolte se trouve Andy Lennox, propriétaire du Old Thatch à Wimborne, sur la côte sud. « L’initiative a parlé aux gens, pour une raison ou une autre. Peut-être que c’était juste drôle de les bannir », a expliqué l’instigateur au Wall Street Journal, dimanche 18 janvier.
Plus d’un millier de tenanciers ont déjà accroché des pancartes « No Labour MP » (« Pas de député travailliste ») sur leur devanture. Selon le quotidien, le Premier ministre Keir Starmer en aurait lui-même fait les frais en allant boire un coup dans l’une de ses adresses favorites à Londres, tout comme son chancelier de l’Échiquier, ou ministre des Finances, Rachel Reeves.
Recalés aussi par les coiffeurs
Le mouvement a même dépassé les quatre murs des innombrables bars du pays. Des coiffeurs ont eux aussi annoncé refuser de s’occuper des chevelures des responsables travaillistes. « Si un ministre travailliste demande une coupe et un brushing, et oui, ça arrive, je lui dirai calmement, mais fermement qu’il n’est pas le bienvenu je le mettrai dehors », assure Michael Van Clarke, ancien coiffeur de la princesse Diana.
Si l’affaire fait le tour de la presse britannique, et que des personnalités et des élus d’opposition s’empressent d’afficher leur soutien aux protestataires en s’immortalisant pintes à la main, la démarche ne semble pas faire l’unanimité. « Comment les propriétaires peuvent-ils être sûrs que la personne installée sur un tabouret de bar est bien un député travailliste ? », s’interroge Tom Harris, ancien député du camp visé, devenu chroniqueur.
« Le député local a dit que ce n’était pas dans l’esprit de Noël et que la politique devait rester hors des rues commerçantes, mais c’est précisément là qu’elle doit être », tranche de son côté Dave Burns, propriétaire d’un pub à Christchurch, au bord de la Manche.
La réforme de la discorde
La colère a éclaté à la suite d’une décision du Trésor britannique de revenir sur une réduction fiscale accordée aux pubs et commerces depuis la pandémie de Covid-19, et de modifier le mode de calcul de cette taxe d’après la superficie des établissements, ce qui en doublerait le montant pour beaucoup de pubs. Déjà fragilisés par la hausse du coût de la vie et la TVA à 20 %, les propriétaires s’inquiètent. « À quoi bon rester ouvert ? », s’alarme le chef étoilé Tom Kerridge.
Le chef de la rébellion, Andy Lennox, résume la situation en chiffres : sur une pinte de bière vendue au Old Thatch, son établissement ne conserve que 14 pence (16 centimes), tandis que le fisc en prélève 2,50 livres (2,88 euros). « Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond quand l’administration gagne plus que le pub », dénonce ce gérant. « L’action directe paraît si peu britannique que les gens sont surpris quand elle arrive, alors que toute notre histoire est bâtie dessus. On a même décapité un roi. Alors, surtout, ne nous lancez pas », conclut-il, pas peu fier d’avoir lancé une guerre des verres.