Après avoir annoncé le 17 janvier sa candidature à un second mandat à la mairie de Nancy, Mathieu Klein était, ce lundi matin, l’invité d’ICI Lorraine, pour dresser le bilan de son premier mandat et dévoiler ses projets. L’élu socialiste répond aux questions de Mathieu Barbier.

Mathieu Klein, maire sortant de Nancy et candidat à sa succession, est venu, ce lundi matin, sur ICI Lorraine, dresser le bilan de son premier mandat et évoquer ses projets pour les six ans à venir, projets qui seront dévoilés officiellement d’ici quelques jours.

ICI Lorraine : Mathieu Klein, vous vous représentez par peur du vide ou par volonté de transformer Nancy ?

Mathieu Klein : Je n’ai jamais été menacé par la peur du vide, quoi qu’il arrive, et je suis aujourd’hui finalement au milieu du chemin, en réalité, puisque nous avons commencé à transformer, à réveiller cette belle endormie qu’était Nancy en 2020. Et j’ai encore aujourd’hui beaucoup de projets avec une équipe forte, soudée, renouvelée, donc je vais proposer ce programme de poursuivre cet engagement pour Nancy.

Vous annoncerez votre liste dans quelques jours. Un mot sur votre premier mandat, de quoi êtes-vous le plus fier ?

D’avoir permis la transformation de la ville, on pense au quartier Nancy Thermal, on pense à l’axe Saint-Jean-Saint-Georges, au retour de la ligne 1, une ligne 1 apaisée alors que le tram sur pneu que j’ai trouvé à mon arrivée était à deux doigts de prendre feu littéralement, et j’ai dû accélérer la fin de son service. Des travaux, des travaux importants, mais, même celles et ceux qui, avec la piétonnisation ou les travaux, avaient des craintes, et elles étaient légitimes, aujourd’hui, reconnaissent que la ville a changé, qu’elle est plus agréable, avec encore beaucoup, beaucoup de travail, je pense notamment à la sécurité.

On vous a beaucoup reproché de vouloir faire tout en même temps lors de ces premières années de mandat, avec pour conséquence une ville aux travaux permanents. Avec votre projet, ça va continuer ou pas ?

Vous savez, depuis 2005, en réalité, depuis la piétonisation de la place Stanislas, il ne s’était plus rien passé à Nancy, donc il y avait du retard et il fallait rattraper ce retard. D’un certain point de vue, oui, bien sûr, ça va continuer, les travaux sont une gêne réelle, mais nécessaire, et il faut les faire de façon mesurée, progressive. Par exemple, l’axe Saint-Dizier-Stanislas-Carnot-Léopold-Carrière, et je pense à la rue Saint-Dizier qui va devoir faire l’objet de travaux, notamment de reprise des canalisations hydrauliques qui doivent être maintenant changées rapidement. En profiter pour une grande transformation, y compris du marché central. Donc les travaux vont continuer, mais dans le dialogue, avec le souci de faire en sorte que la ville reste accessible.

Et si vous êtes réélu, Nancy ressemblera à quoi en 2030 ?

Et bien une ville encore plus apaisée, une ville dans laquelle les différents modes de déplacement, finalement, seront mieux combinés, les piétons auront plus de place, plus d’espace. A la fois une ville aussi plus verte, plus végétalisée, et puis une ville plus active, un retour du commerce en centre-ville, n’en déplaise à ceux qui manipulent mal les statistiques, aujourd’hui le nombre de commerces qui ouvrent est bien plus important que le nombre de commerces qui ferment.

Créer une « brigade spécialisée pour aller vers les propriétaires »

C’est une des propositions que je ferai dans 15 jours, il y a aujourd’hui à Nancy 9.000 logements vacants. Et si nous voulons continuer à attirer des familles, renouveler les générations dans la ville, il faut maintenant mettre le paquet. Nous créerons une brigade spécialisée pour aller vers les propriétaires, pour accélérer aujourd’hui, comme « l’aller vers » que le Covid nous a enseigné. Aller vers ceux qui ne mettent plus leur logement sur le marché, n’arrivent pas à le rénover, n’ont pas les moyens ou ne savent tout simplement pas. La première ressource, demain, de la construction à Nancy, ce ne sont plus les grandes constructions neuves, c’est la restructuration du parc existant et ces 9.000 logements vacants seront ma priorité dans le prochain mandat.

Avec un objectif de contrainte ?

Avant la contrainte, il faut dialoguer, il faut expliquer. Souvent, les trois quarts du travail sont faits lorsque vous amenez l’information, lorsque vous venez vers quelqu’un et que vous lui expliquez ce qu’il peut faire et comment il faut le faire. Il y a toujours une minorité de récalcitrants, ceux qui ont, par exemple, des logements vacants depuis plus de deux ans et qui ne font rien. Il faudra pouvoir utiliser la contrainte, mais d’abord le dialogue et la concertation, en tout cas c’est une priorité qui devra être mise en œuvre.

Certains l’auront compris, il y a quelques secondes, sur les chiffres du commerce, vous avez mis une cartouche à l’opposition. Justement, elle publie l’opposition ces dernières semaines, des chiffres du ministère de l’Intérieur sur la délinquance, avec une hausse des cambriolages de 34% entre 2019 et 2024, plus 50% d’incivilité dans les transports.  Estimez-vous avoir échoué pour faire de Nancy une ville plus sûre ?

L’insécurité est aujourd’hui un enjeu majeur et quotidien, et la place du narcotrafic dans les villes et dans le pays, et d’ailleurs très récemment le procureur général et le premier président de la Cour d’appel ont fait une conférence de presse pour demander des moyens supplémentaires pour la justice, c’est aussi le cas pour la police. D’abord, ce que je veux dire, c’est que nous avons augmenté, sur un seul mandat, de 50% les effectifs qui sont dédiés à la sécurité à Nancy, ce qui est inédit, jamais personne n’avait fait cet effort-là. La sécurité, ça a été le seul poste d’augmentation des dépenses en ressources humaines, de création de postes tout au long de ce mandat.

Vous savez, vous pouvez manipuler les chiffres à l’infini sur les cambriolages qui sont effectivement trop nombreux, mais la réalité, c’est que la police municipale, c’est la police du quotidien, c’est la police de la proximité, c’est la police des incivilités, c’est la police du dialogue, et ce travail là, il est aujourd’hui fait, et il sera demain renforcé : création d’une équipe de médiateurs, plus de moyens, plus de caméras. La vidéo-surveillance a augmenté de 30% sous ce mandat et nous continuerons d’ailleurs sur cette dynamique.

Je sais qu’on balance des chiffres, on parle de centaines de caméras de vidéosurveillance, qui n’ont aucune prise avec la réalité. Moi je ne fais pas de la communication sécuritaire pour essayer de gagner quelques voix, j’essaye de répondre aux besoins des habitants et sur un rythme qui a fait ses preuves puisque c’est celui que nous avons engagé durant ce mandat. Moi j’ai des preuves à mettre face aux enjeux de sécurité et j’ai parfaitement conscience pour celles et ceux qui vivent notamment dans les quartiers où les points de deal se multiplient, que cela devient insupportable et c’est mon travail quotidien, avec le préfet notamment, que d’essayer de les enrayer.

Lors de la campagne 2020, vous aviez dit que vous n’augmenteriez pas les impôts pendant votre mandat. Résultat en 2024, taxe foncière en hausse de 15%. Alors pouvez-vous garantir à celles et ceux qui nous écoutent ce matin que vous n’avez pas l’ambition d’augmenter les impôts lors du second mandat ?

Je ne vais pas vous abreuver de chiffres, mais globalement, entre 2021 et 2024, entre les moyens qui ont été engagés et non remboursés par l’État pour la crise sanitaire, entre les moyens qui ont dû être engagés à cause de la hausse de l’inflation, de la hausse des prix de l’énergie, et ça, tous les ménages qui nous écoutent, tous les foyers l’ont vu sur leur propre facture, sur leur compte en banque, l’augmentation du coût de la construction, les mesures décidées par le gouvernement, par exemple, pour augmenter le point d’indice des fonctionnaires, ce dont je me félicite, mais ça a été à la charge de la collectivité, ce sont quelque 90 millions d’euros de moyens supplémentaires qui ont dû être engagés par la ville et la métropole. Et la hausse de 16%, pour être précis, du taux de la taxe foncière « ville et métropole », elle n’aura rapporté qu’une vingtaine de millions d’euros. Donc vous voyez bien que l’essentiel des efforts qui ont été engagés l’ont été sur la base de compression des moyens de fonctionnement. Et puis la hausse de la taxe foncière à Nancy, c’est à peu près la même que la hausse de la taxe foncière à Metz.

Aujourd’hui, vous savez, je ne connais pas un seul candidat dans l’incertitude politique qui est la nôtre, qui peut prendre ce genre d’engagement, et puis je voudrais dire une chose importante. A Nancy, la taxe foncière, elle est payée par 28% des habitants, puisqu’il y a à Nancy 28% de propriétaires, ça n’est plus possible dans nos villes, aujourd’hui, de ne prélever l’impôt que sur moins d’un tiers de la population, il faut une contribution territoriale universelle, et ça, le gouvernement doit prendre ça en charge, revenir sur cette erreur funeste de suppression de la taxe d’habitation.