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En France, 60 % des hommes pensent déjà que les féministes veulent donner plus de pouvoir aux femmes qu’aux hommes.
« Une menace réelle », notamment de violences et d’actes terroristes. C’est ainsi que Bérangère Couillard, présidente du Haut Conseil à l’Égalité (HCE), alerte sur les risques liés au masculinisme, qui prend de l’ampleur en France et à travers le monde.
L’institution, rattachée à Matignon, publie chaque année un rapport sur l’état du sexisme dans le pays, dont la dernière occurrence est publiée ce mercredi 21 janvier. Le HCE appelle à ce que la France reconnaisse le masculinisme comme « un enjeu de sécurité publique », et à la mise en place d’une stratégie nationale de prévention et de lutte contre ce mouvement.
La France « accuse un retard préoccupant dans l’identification et le traitement de ce phénomène », alors que d’autres pays, comme le Canada et le Royaume-Uni l’ont intégré à leurs dispositifs de lutte contre l’extrémisme violent, pointe-t-il.
Un mouvement suprémaciste inquiétant
Apparu dans les années 1980 en réaction au féminisme, le masculinisme défend la suprématie masculine et accuse les femmes d’être à l’origine d’une dégradation des conditions de vie des hommes. « Il s’agit d’une menace réelle. À partir du moment où on développe une haine des femmes, il peut y avoir des violences, des actes terroristes », souligne auprès de l’AFP Bérangère Couillard.
Comme au Canada où, en 1989, un homme qui se revendiquait antiféministe, Marc Lépine, a tué par balles 14 femmes à l’école Polytechnique de Montréal. En France, un jeune de 18 ans a été interpellé l’été dernier à Saint-Étienne car il était suspecté de vouloir attaquer des femmes avec des couteaux. Le parquet national antiterroriste (Pnat) l’a mis en examen, une première concernant une personne se revendiquant exclusivement de la mouvance masculiniste « incel ».
Cette décision judiciaire représente « une avancée majeure » pour le HCE, qui recommande à présent d’intégrer le « terrorisme misogyne » dans les doctrines de sécurité. Cela impliquerait notamment de former les agents du renseignement aux « codes », « stratégies de recrutement » et « discours » propres à la « manosphère ». « Si le langage masculiniste n’est pas maîtrisé, on passe à côté », observe Bérangère Couillard. « Dans la série Adolescence, par exemple, on voit bien qu’il y a des termes qu’il fallait connaître ».
Des idées diffusées sur les réseaux sociaux
Les idées masculinistes sont de plus en plus diffusées en France, et ailleurs, en particulier auprès des jeunes via les réseaux sociaux, souligne le HCE. Il appelle à leur régulation et recommande d’augmenter les moyens de Pharos (la plateforme de signalement de contenus illégaux sur internet) et de l’Arcom (le régulateur de l’audiovisuel). Selon une étude de l’Université de Belfast, il faut en moyenne moins de 20 minutes de navigation sur TikTok et YouTube pour que les jeunes hommes soient exposés à des contenus masculinistes.
En France, 60 % des hommes pensent déjà que les féministes veulent donner plus de pouvoir aux femmes qu’aux hommes, selon une enquête Toluna Harris Interactive conduite en ligne auprès de 3 061 personnes âgées de 15 ans et plus, représentatives de la population française, en vue de ce rapport du HCE. Celle-ci révèle aussi qu’un quart des hommes estiment normal qu’une femme accepte un rapport sexuel pour faire plaisir ou par devoir et qu’autant ont déjà douté du consentement de leur partenaire.
À partir des données de cette enquête, le HCE a estimé que 17 % de la population française adhère à un sexisme « hostile », qui dévalorise les femmes et justifie les discriminations et violences à leur égard. « Le risque c’est que ces personnes rejoignent et deviennent membres de réseaux masculinistes », pointe Bérangère Couillard. En outre, le HCE estime que 23 % de la population adhère à un sexisme « paternaliste » qui valorise les rôles traditionnels de chaque sexe. Plus « subtile », cette forme de sexisme bénéficie d’une « forte acceptabilité sociale » car elle se présente de manière « bienveillante ». Néanmoins, elle participe à la « perpétuation des inégalités et violences, en enfermant les femmes dans des représentations stéréotypées de fragilité ou de dépendance », décrypte le HCE.