l’essentiel
Jérôme Bayle est à l’affiche du film Rural. Lors d’une séance en avant-première au Cinéma le Régent, Edouard Bergeon, réalisateur, s’est expliqué sur son inspiration.

Depuis combien de temps travaillez-vous sur ce film ?

Un peu plus d’un an et demi. Tout a commencé au moment des colères agricoles. C’est là que le projet a germé.

Comment vous est venue l’idée de suivre Jérôme Bayle ?

Je travaillais avec le sociologue François Purseigle sur un précédent documentaire. À l’époque, la figure de Jérôme émergeait. Quand le mouvement s’est calmé, j’ai vu qu’il ne disparaissait pas mais créait une association. Le film entre vraiment dans son intimité. C’est le portrait d’une agriculture familiale qui refuse de mourir. Jérôme vit seul avec sa mère de 75 ans, affaiblie par des AVC. Le film montre une France agricole fragile, mais debout.

L’histoire prend un tournant inattendu en cours de route ?

Exactement. Jérôme loue une maison à une femme et ses deux enfants, des citadins qui n’avaient jamais mis les pieds dans une ferme. On voit leur transformation : au début rivés sur leurs consoles, ils finissent par participer à la vie de l’exploitation. C’est un film sur la reconstruction de Jérôme à travers les autres et sur la force du collectif, notamment avec le mouvement des « Ultras ».

Vous tournez souvent autour du monde agricole. C’est une mission pour vous ?

Je parle d’où je viens. J’aurais voulu reprendre la ferme familiale mais j’ai pris une caméra. On sent un vrai désengagement des centres urbains vis-à-vis de la ruralité. Je veux raconter ces territoires entre Toulouse et les Pyrénées.

Pourquoi avoir choisi un format cinéma plutôt que télévision ?

Je voulais revenir à l’essentiel : la sincérité et la proximité. J’ai tourné presque seul, en mode « pirate ». C’est du cinéma dans le montage, le traitement de la lumière et des paysages. Je ne voulais pas un simple reportage, mais une œuvre qui ouvre le débat en salle.

Vous multipliez les avant-premières. Qu’attendez-vous de ces rencontres ?

La base de mon travail. J’aime aller au plus près du public, même dans les petites salles. Avec Au nom de la terre, j’avais vu des gens revenir au cinéma après trente ans d’absence, venant parfois directement du champ en bottes. Ma fierté, c’est de donner une place dans le récit national à ces héros silencieux.