Les avis sont unanimes. En même temps, difficile de ne pas se laisser éblouir. Une poignée de secondes suffit pour comprendre combien son jeu tranche avec celui des autres. Depuis son plus jeune âge, Paloma Havas traverse les terrains de volley en passeuse prodige. Défiant la gravité et envoyant le ballon sans effort, là où elle veut, quand elle veut. « La première fois que j’ai regardé Paloma jouer, j’en ai eu des frissons, avoue Karine Salinas. C’est simple, elle a tout : le sens du jeu, la qualité de main et la taille ! » Double vainqueure de la Ligue des champions avec le RC Cannes (2002, 2003) où elle a évolué – comme chez les Bleues – avec la mère de Paloma, Karine Guers-Havas, la meilleure spécialiste française de l’histoire sait de quoi elle parle.
Tout comme Loïc de Kergret. L’ex-passeur rasta a souvent mis son père, Frédéric Havas, sur orbite en équipe de France à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Lui aussi a été foudroyé au premier regard. « J’étais de passage à Toulouse et je suis tombé sur un entraînement de Paloma au Pôle France. Je suis resté vingt minutes, scotché, comme un con, à la regarder et à me demander qui était cette jeune fille à la passe. Je n’avais jamais vu une telle fluidité et une telle aisance technique », témoigne l’ancien capitaine de Tours, vainqueur de la C1 en 2005 et encore finaliste en 2007.
« Sa précocité est très impressionnante, particulièrement sur ce poste à maturité tardive où il y a beaucoup de choses à appréhender individuellement et collectivement, assure Félix André, son entraîneur à l’IFVB. Paloma a beaucoup de talent, elle pue le jeu. Et, en plus, elle est brillante scolairement. Intellectuellement, elle maîtrise son sujet. »
Cette étoile, évidemment, attise les convoitises. Depuis plusieurs mois, les agents tournent autour de la famille Havas. Plusieurs clubs français mais aussi les grandes écuries italiennes et turques ont déjà pris langue, y compris pour une signature dès la saison prochaine. Mais l’entourage familial veille. La priorité pour la cadette de la famille, qui a un an d’avance, reste bien son bulletin de notes au lycée. « Passe ton bac d’abord », en somme. D’autant plus qu’elle se dessine un avenir californien, dans l’une des plus grandes universités américaines. En août dernier, Stanford, équipe aux 9 titres NCAA, un record, lui a déroulé le tapis rouge, la conviant avec ses parents à la visite du campus. Où elle en a pris plein les yeux. « C’est parfois compliqué de tout concilier entre entraînements, séances de muscu, déplacements, matches et études, avoue la jeune femme, particulièrement exigeante envers elle-même. Mais quand j’ai un coup de mou, je me rappelle pourquoi je fais tout cela et quels sont mes objectifs. J’ai aussi la chance d’avoir une famille qui me soutient en permanence. »
Paloma Havas cumule trop de qualités – tête bien faite, physique de volleyeuse (1,87 m) et entourage serein – pour ne pas réussir au plus haut niveau. Son destin semble tout tracé. Presque depuis le jour de sa naissance, le 21 janvier 2010, dans une maternité de Marseille où une colombe (*) était accrochée au-dessus de la porte de sa chambre. « Ma mère m’avait fait remarquer cela et m’avait dit qu’avec ce signe, l’avenir de Palo était assuré, qu’elle aurait beaucoup de chance », se souvient Karine Guers-Havas qui, depuis sa retraite sportive, mène une carrière brillante de dirigeante au sein de grandes entreprises comme Ikea ou Bureau Veritas. « Je suis fière et heureuse de la voir s’épanouir dans un domaine où elle excelle même s’il y aura des moments compliqués. Je sais ce qui l’attend et aussi qu’elle ira beaucoup plus haut que moi », ajoute l’ex-passeuse aux 101 sélections entre 1994 et 2002.
Sa fille aurait pu se tourner vers le théâtre après des débuts remarqués sur les planches parisiennes, à tout juste 9 ans. Mais le volley l’a toujours tenaillée. « J’ai beaucoup joué avec ma grande soeur Kiara, qui est toujours à fond derrière moi. Petites, on faisait des passes avec mon père dans le jardin », confie la virtuose, qui aurait adoré voir ses parents jouer « en vrai » sous le maillot de l’équipe nationale. Avant et après chaque rencontre, l’échange avec son père est systématique. Et son objectif clair : devenir la meilleure passeuse du monde. « Je sais qu’elle a besoin de ce retour permanent mais j’avoue que, parfois, je ne sais plus trop quoi lui dire tant elle m’impressionne dans le jeu, souffle l’ex-entraîneur de Levallois et de Béziers Frédéric Havas (138 sélections de 1997 à 2003). Je ne l’ai pas formée. Je l’ai juste accompagnée. Sa maturité, à tous niveaux, nous bluffe, Karine et moi. »
Logiquement, la tentation de lui faire sauter les étapes est forte. Au point de la voir intégrer les Bleues, quarts-finalistes du dernier Mondial dès cette année où la Ligue des nations (2 juin – 27 juillet) et l’Euro (21 août – 6 septembre) sont au programme ? « Cette option doit s’envisager car Paloma fait déjà partie des trois ou quatre meilleures passeuses du Championnat de France, reprend Félix André, également adjoint du sélectionneur espagnol César Hernandez. Elle est une vraie compétitrice qu’il faut nourrir tout en prenant soin de bien l’entourer dans son développement personnel. »
La semaine dernière, Fabrice Vial a pu observer de très près « la pépite ». L’ancien sélectionneur, qui avait mené les Bleues à deux points du dernier carré de l’Euro 2013, était sur le banc lors de la qualification européenne des U18, à Foggia, en Italie. « Paloma a toujours la volonté de créer du jeu. Ce qui est fou, c’est qu’elle pourrait aussi être une super attaquante ! Elle est solide physiquement avec un côté génial et une volonté constante de rechercher un truc différent. Elle n’a pas peur de tester des choses que les autres n’oseraient même pas imaginer : c’est dans sa nature. Elle est profondément altruiste et va devenir une joueuse stratosphérique. » Le nouveau diamant brut du volley français.