Par

Thibault Nadal

Publié le

21 janv. 2026 à 15h33

Il a décidé de faire de son histoire, un exemple. Celle d’un jeune Marseillais des quartiers nord tombé dans le narcotrafic. Un milieu que Kaïs – dont le prénom a été modifié – vient tout juste de quitter. Mais aujourd’hui, il se sent abandonné par l’État. Avec Mohamed Benmmeddour, médiateur au sein de l’association Apis, ils ont entamé ce mercredi 21 janvier 2026 une grève de la faim devant les locaux de la préfecture (6e).

Un message pour les jeunes tentés par le narcotrafic

Tout juste sorti du trafic, Kaïs souhaite encore préserver son identité. Pour lui, mais avant tout pour sa famille. « J’ai peur pour mon petit frère, reconnaît le jeune homme de 19 ans. Je n’ai pas envie qu’il suive mon chemin, car je ne suis pas un exemple pour lui. »

Avec cette grève de la faim, il lance un message aux jeunes tentés par le narcotrafic. « Si je fais tout ça, c’est pour les petits frères, pour qu’ils voient qu’il y a d’autres possibilités, qu’il n’y a pas que le stup dans la vie », explique-t-il.

Car sa vie à lui a basculé lorsqu’il avait 14 ans. Originaire de La Paternelle, dans le 14e arrondissement de Marseille, Kaïs devient trafiquant de drogue. Il fait de la prison après avoir été « interpellé avec un kilo dans un appartement à Montpellier ». Il voit également un de ses amis mourir dans un règlement de compte. « Un jour, j’étais à La Paternelle sur un point de deal. On s’est fait tirer dessus. Mon collègue est mort, et moi, par chance, je n’ai été touché qu’à la jambe », raconte-t-il, le visage dissimulé derrière un masque.

« Le ministre nous a presque mis un vent »

Désormais sorti du trafic, Kaïs regrette de ne pas être accompagné par les structures de l’État. « Je n’ai reçu aucune aide. » Le jeune homme n’a pas de travail et pas de logement. « Je dormais dans un squat », raconte-t-il.

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Il est alors recueilli par Mohamed Bennmedour, qui l’héberge chez lui quelques jours. Les deux hommes se déplacent ensemble à La Maurelette (15e) pour interpeller Vincent Jeanbrun, le ministre de la Ville, en visite ce 16 janvier. Pour eux, c’est le point de bascule qui les conduit à faire cette grève de la faim.

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J’ai interpellé le ministre sur ma situation. En face, il m’a dit ‘oui, oui, oui’, mais personne n’a pris mon numéro. Il nous a presque mis un vent. En faisant cette grève de la faim, ils vont peut-être nous recevoir et nous écouter.

Kaïs
Jeune sorti du narcotrafic

De nombreuses alertes auprès des politiques

Figure militante bien connue à Marseille, Mohamed Benmeddour confie, lui, être « arrivé au bout du chemin » et être « essoufflé » par le manque d’entrain des politiques. « Je pousse un cri d’alerte depuis de nombreuses années », rappelle-t-il.

En 2021, il avait déjà interpellé Emmanuel Macron lors du lancement du plan « Marseille en Grand ». Il l’a de nouveau fait en décembre dernier.

Mohamed Benmeddour se bat depuis des années pour sortir les jeunes du narcotrafic à Marseille.
Mohamed Benmeddour se bat depuis des années pour aider les jeunes à sortir du narcotrafic. (©TN / actu Marseille)

Pour lui, l’histoire de Kaïs met au grand jour « le manque de volonté de l’État » pour travailler main dans la main avec les associations de terrain.

J’ai l’impression de ne pas être entendu. Mes demandes sont restées veines donc je suis dans l’obligation d’entamer une grève de la faim et de dormir avec Kaïs devant la préfecture.

Mohamed Benmeddour
Médiateur au sein de l’association Apis

Bien décidés, les deux hommes « ne décolleront pas » de là, tant qu’ils n’auront pas été reçus dans les bureaux de la préfecture. « Je veux une proposition concrète pour la situation de Kaïs et pour l’ensemble des jeunes qui veulent sortir de cet engrenage », martèle Mohamed Benmeddour.

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