Le torchon brûle entre l’Europe et les États-Unis. Les Vingt-Sept haussent le ton après les menaces de Donald Trump d’imposer 10 % de droits de douane supplémentaires aux huit pays européens qui s’opposent à son annexion du Groenland. Sidéré par la pression exercée par le président américain, mardi, Emmanuel Macron a appelé à une riposte de l’Union européenne.
Parmi les armes dont dispose l’Europe, certains analystes mentionnent la possibilité de vendre massivement de la dette américaine. George Saravelos, stratégiste devises chez Deutsche Bank, a affirmé mardi que l’Europe « est le principal créancier des États-Unis » puisque les pays européens abritent « 8 000 milliards de dollars d’obligations et d’actions américaines, soit près du double de ce que détient le reste du monde ». Cette somme grimperait même à 12 500 milliards de dollars selon la Fed.
Un montant colossal d’actifs qui, s’ils étaient vendus en masse, pourraient faire s’effondrer la Bourse américaine et s’envoler le taux auquel s’endette Washington. Sauf que… « C’est impossible », explique à La Tribune, Christopher Dembik, économiste chez Pictet Asset Management.
« La dette et les actions américaines sont entre les mains d’acteurs privés, pas des États », ajoute-t-il. Ces actifs sont en grande majorité détenus par des assureurs, des banques et autres fonds d’investissement. « Si les tensions augmentent encore, les gouvernements européens pourraient inciter leurs entreprises à vendre de la dette et des actions », estime Anne-Sophie Alsif, économiste au sein du cabinet BDO.
Mais la décision finale dépendra donc de chaque acteur financier.
Un mouvement de vente massif créerait un appel d’air qui ferait s’effondrer les prix sur le marché secondaire. « Cela ferait perdre beaucoup d’argent aux acteurs européens », conclut l’économiste de BDO qui ne croit pas non plus dans ce scénario.
Pour le moment, deux fonds de pension ont entamé leur délestage de titres américains. Mercredi, un grand fonds de pension suédois, Alecta, a indiqué à l’AFP qu’il avait vendu la majeure partie de ses 11 milliards de dollars de bons du Trésor américain durant toute l’année 2025. Avant lui, mardi, c’est le fonds norvégien AkademikerPensions qui a annoncé prévoir de se séparer de ses 100 millions de dollars d’actifs d’ici à la fin du mois. « Il va vendre ses actifs petit à petit pour ne pas les brader lors de la revente », rétorque l’économiste de Pictet AM.
Un scénario de vente massive d’obligations et d’actions est d’autant moins crédible que nombre d’acteurs montrent toujours un intérêt pour les États-Unis à moyen et long terme. « Les États-Unis sont actuellement la première économie mondiale, celle qui affiche le plus haut niveau d’innovation », a déclaré Sergio Ermotti, PDG du groupe UBS, à Bloomberg mardi. L’Europe risque donc de devoir trouver d’autres outils pour répondre à Donald Trump.