On le savait déjà : les déboires du chantier de l’incinérateur de VIllejean, en pleine rénovation depuis avril 2022, vont coûter très cher. Mais, jusqu’ici, aucune estimation globale n’avait été avancée par Rennes métropole, faute de visibilité sur la fin de l’opération, en retard de près de trois ans sur le calendrier prévu. Pour la première fois, un chiffre est mis sur la table. Il témoigne de l’ampleur du dérapage financier de ces travaux qui ont viré au cauchemar.

En mars 2023, le chantier avait été interrompu sur ordre de la collectivité locale, propriétaire de l’équipement. En cause : la découverte de possibles « malfaçons » sur les chaudières neuves, construites par Ruths, une entreprise italienne. La collectivité estimait que la sécurité des salariés n’était pas garantie. Point de départ d’une bataille ultra-technique entre la Métropole et son fournisseur sur la conformité aux normes des chaudières. Celle-ci a paralysé les opérations pendant de longs mois. Et engendré des surcoûts majeurs.

Des surcoûts chiffrés à 91 millions, à ce stade

Principal poste de dépense : le détournement des déchets des habitants, d’ordinaire traités à Villejean, vers d’autres incinérateurs de l’Ouest. Chaque mois, cela coûte aux finances métropolitaines 2 millions d’euros. Si l’équipement redémarre bien en août prochain comme prévu, 66 millions d’euros supplémentaires auront donc été nécessaires. C’est le montant établi par l’expert judiciaire mandaté par un juge pour se prononcer sur le litige. Son calcul, basé sur les éléments transmis par Rennes métropole, est détaillé dans un rapport remis en novembre 2025, dont le Télégramme a pris connaissance.

Autre « imprévu » coûteux : pour sortir de l’impasse, la Métropole a rompu son contrat avec Ruths et confié la fin du chantier à une autre entreprise. Et ce, moyennant une première rallonge de 25 millions. Cette enveloppe pourrait « évoluer mais pas à la baisse », lit-on dans le document. Elle aurait d’ailleurs déjà gonflé, d’après ce qu’avançait l’opposition métropolitaine en octobre dernier. Nous n’avons pas pu faire confirmer cette affirmation auprès de la collectivité, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Mis bout à bout, les surcoûts d’ores et déjà engagés se chiffrent à 91 millions d’euros. Ils s’ajoutent aux 110 millions initialement prévus pour rénover l’incinérateur. L’ardoise a quasiment doublé par rapport aux prévisions de la Métropole. Avec 91 millions d’euros, on peut financer une ligne de trambus ou trois fois la destruction du parking Vilaine et le réaménagement de la place de la République… Pour faire face à cette dépense, la collectivité a déjà dû augmenter le taux de la taxe ordures ménagères de… 73 %.

L’addition pourrait encore grimper

Problème, l’addition pourrait encore continuer à grimper. Dans son rapport, l’expert nommé par le tribunal prédit d’autres aléas lors de la remise en service de l’équipement prévu cet été. Et puis, il y a le volet contentieux avec Ruths, débarquée du chantier par la Métropole. Selon l’expert, la société transalpine serait en droit de demander 25 millions d’euros de dommages et intérêts.

On n’en est pas là : seul un juge pourra décider qui des deux parties a tort et la condamner à dédommager l’autre. Pour l’heure, aucun des ex-partenaires n’a entamé de procédure sur ce pan du dossier. De son côté, la Métropole estime qu’elle était dans son bon droit en se séparant de Ruths. Et avançait, en juin 2024, que quatre expertises lui donnaient raison, contre deux pour l’entreprise italienne. Qui aura à supporter ces énormes dépassements ? Ce sera tout l’enjeu de la bataille juridique qui, selon toute vraisemblance, ne fait que commencer.