Il ne s’agit pas de la « collecte » mais bien du seul « traitement » des déchets. Comme le Pilat rhodanien, Forez Est, Loire Forez et les Monts du Lyonnais avant elle, Saint-Etienne Métropole a voté en assemblée le 8 janvier la « remontée » de sa compétence au Sydemer, auquel toutes ces intercommunalités adhèrent déjà. Syndicat préexistant et, jusque-là, concentré sur la réalisation d’équipements d’intérêt commun tel TrivaLoire. Mais le prochain, financièrement titanesque, l’incinérateur à créer (un « UTVE » 1) pour en finir avec l’enfouissement des ordures, les pousse à aller plus loin. Plus loin et trop vite pour certains…

La décision est intimement liée à la création d’un incinérateur de déchets. Ici l’UTVE de Bourgoin-Jallieu auquel il ressemblera. Capture Google view

Le sujet aurait dû être abordé plus tôt. A plus d’un titre. Il faut dire qu’il est brûlant, peu évident à communiquer. Là encore, à plus d’un titre. Entre autres, celui de la future révélation du lieu choisi pour accueillir ce futur incinérateur de déchets (un UTVE1) à plus de 200 M€ puisque pour ce qui est de le faire d’ici 2032, c’est plié depuis février 2025 (lire notre article de mars 2025). Et ce sera dans Saint-Etienne Métropole, quatre lieux restant en lice comme nous vous l’indiquions en septembre dans cet autre article. Selon nos informations, ils se cantonnent à des terrains – environ 2 ha sont nécessaires – du côté de l’Ondaine, sinon à la limite ouest de Saint-Etienne et dans Saint-Etienne même.

Elections municipales « obligent », impossible d’en savoir plus à ce stade… Il faudra pourtant trancher, au risque de ferrailler dur face à de probables levées de boucliers localisées. Rappelons le contexte : à partir de 2030, la législation sanctionnera l’enfouissement via une accentuation de « la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) à laquelle nous sommes déjà soumis. C’est exponentiel. A partir de 2030, ce rythme va exploser et cela correspondra pour ce qui concerne Saint-Etienne Métropole, à 1 M€ de plus à payer par mois tant que notre alternative à l’enfouissement ne sera pas prête », nous expliquait François Driol, vice-président de Saint-Etienne Métropole en charge des déchets dès mars 2025. Or, dans 5 ans, il restera forcément des dizaines de milliers de tonnes d’ordures à détruire, impossibles à trier en l’état, sinon mal orientées, malgré les politiques de réduction des déchets et de développement du tri.

640 000 habitants sont concernés

Ce dernier a passé un cap avec l’extension considérable du centre de Firminy (32 M€ investis) : TriVaLoire. Un équipement qui n’est pas celui de Saint-Etienne Métropole mais commun aux cinq intercommunalités2 composant le Syndicat mixte d’étude pour le traitement des déchets ménagers et assimilés résiduels du Stéphanois et du Monbrisonnais (Sydemer) : l’agglomération stéphanoise, Loire Forez Agglomération, les communautés de communes de Forez Est, des Monts du Lyonnais et du Pilat Rhodanien, soit près de 640 000 habitants. Si Saint-Etienne Métropole y est prépondérante, avec ses 400 000 habitants et une présidence assurée par François Driol, le Sydemer restait jusque-là une « entente » autour de grands projets communs, chaque membre conservant ses compétences collecte et traitement, par gestion directe et/ou via ses contrats bilatéraux avec le privé. En particulier, chacun avec Suez pour ce qui est l’enfouissement à la décharge de Borde Matin, autorisée à être exploitée jusqu’en 2053.

TriVaLoire, nouvelle version du centre de ri à Firminy, œuvre commandée dans le cadre du Sydemer. ©If Saint-Etienne / XA

Un temps étudiée avec l’agglomération lyonnaise dont les incinérateurs de Gerland risquent de manquer de matières premières à brûler (en raison de la réduction de… des déchets produits !) et donc de ne plus correctement alimenter les réseaux de chaleur liés, l’option de contractualiser avec elle a été écartée : selon François Driol, le Grand Lyon exigeait inconditionnellement un transport exclusivement par train des ordures jusqu’à leur lieu d’accueil de Gerland. Ce qui impliquait de nouveaux aménagements ferroviaires et de faire entrer SNCF et SNCF Réseau dans des discussions du coup probablement fortement rallongées. En outre, les Lyonnais ne prenaient pas en charge la totalité des besoins estimés. Intransigeance et absence de maîtrise – quid en cas de non renouvellement du contrat ? De blocage de la ligne SNCF ? – qui ont amené le Sydemer, à faire le choix de se doter un incinérateur (l’option CSR, évaluée aussi, ayant été jugée inapte).

Jusqu’à 156 M€ pour Saint-Etienne Métropole

Pour se faire une idée du futur équipement, il faut aller jeter un œil sur celui de Bourgoin-Jallieu. Avec une emprise à peu près équivalente à celle de TriVaLoire, soit 6 500 m2 construits sur environ 2 ha de terrain. Certes, pas monstrueux. Tout le contraire du coût estimé d’un équipement type (UTVE1) beaucoup moins émetteur en fumées nocives qu’il y a 40, 30 et même 20 ans. Mais, du coup, pas donné : au moins 200 M€ à investir dans le cas ligérien, probablement plus 250 M€, à partager au prorata de la population des cinq intercommunalités (soit 156 M€ pour Saint-Etienne Métropole sur le total de 250 M€)… Vertigineux. Pour le faire réaliser, il était possible, soit d’effectuer un regroupement d’autorité concédante avec une gestion confiée au privé ou en partenariat public privé ne donnant pas la main sur la propriété du bâtiment. Soit, de carrément faire remonter les compétences traitement des déchets à l’échelle du seul Sydemer pour une maitrise plus complète de l’équipement à venir pouvant être confié en DSP (Délégation de service public).

Poursuivre l’enfouissement au-delà de 2030 expose Saint-Etienne Métropole à une amende (une hausse de taxe techniquement) d’1 M€… par mois ! ©If Saint-Etienne / XA

Les représentants du Sydemer ont opté pour la seconde option. Restait à le faire valider par vote dans chaque assemblée intercommunale après le feu vert obtenu en bureau des maires, au moins dans le cas métropolitain. Votes favorables à l’unanimité cet automne, successivement au sein des assemblées du Pilat rhodanien, de Loire Forez, de Forez Est et, enfin à 83 % côté Monts du Lyonnais. C’était donc l’objet, presque unique, du premier conseil communautaire 2026 de Saint-Etienne Métropole tenu au Chambon-Feugerolles, le 8 janvier dernier. Dire non ou attendre, avertissait pour résumer François Driol, ce serait redéfinir la gouvernance du projet, faire perdre un temps important alors qu’un million d’euros d’amendes mensuel menace et envoyer un message de non-solidarité aux autres intercommunalités.

Fait trop accompli ?

Le vice président avait plus tôt confessé dans son introduction le péché originel de manque de communication qu’incombe un projet de telle ampleur. La délibération, votée positivement, sur le choix de réaliser une UTVE avait été débattue, ou plutôt pas débattue car tombée à plus de 23 heures, lors du conseil de février 2025. Plus d’un élu était alors rentré chez soi ou au bout du rouleau. Sur fond de l’affaire de chantage de Saint-Etienne, de graves conflits de gouvernance de la Métropole en raison d’un certain retrait réputé non total, deux camps d’élus, en gros, avaient passé les heures précédentes à s’écharper. En particulier sur les orientations budgétaires et la pertinence de geler le projet de patinoire et ralentir Cité du design 2025. Selon la stéphanoise écologiste Julie Tokhi, hors de l’assemblée, la commission déchets n’aurait pas non plus été des plus prolixes sur ce sujet à 200 M€… De notre côté, malgré nos nombreuses sollicitations et relances, jamais l’exécutif du Grand Lyon n’a daigné répondre à nos questions pour la confronter à la version de Saint-Etienne Métropole justifiant l’abandon d’un partenariat.

Le manque de loquacité sur la conduite politiques publiques, pas plus qu’il est systématique, n’a décidément aucun parti… François Driol arguait, lui, le 8 janvier dernier de sa bonne foi (il était aussi sans doute complexe de prendre la parole au nom des quatre autres intercommunalités sans créer un sentiment d’appropriation unilatérale), de son regret des circonstances de février dernier amenant certains « à découvrir brusquement ce dossier et son ampleur ». De quoi interroger, ajoutait il le procédé décisionnel actuel entre séances publiques espacées et du coup, lourdes en dossiers majeurs à discuter et publicité démocratique des décisions prises et débattues en bureau (les 53 maires et quelques élus stéphanois et couramiauds en plus) avant l’assemblée. Mais il estime que la transparence autour de la suite du dossier s’est rattrapée depuis avec six présentations / explications de mai à décembre entre tenues de commission et bureau. Ce dernier a validé le projet de remontée de compétences le 13 novembre.

Quelle (s) alternative (s) à l’UTVE ?

C’était donc LE sujet de la dernière séance à débattre, bien que fatalement mêlé à celui de l’UTVE l’ayant généré. Choix que ne manquait pas de contester Julie Tokhi, estimant que le fait accompli pour sa création n’a pas permis de sonder, donc d’impliquer / emporter la population d’où peuvent « germer des idées ». Ni d’étudier « le scenario de plus petits unités de proximité, à taille humaine, générant moins de camions, de déplacements, de pollutions ». Remarques auxquelles répondait François Driol en disant que la décision se fiait au travail d’analyse des techniciens internes et externes (un cabinet a été engagé) forcément plus sûrs de leur art et objectifs que les élus. Enfin, « quatre ou cinq lieux, c’est multiplier les dossiers, les acceptations de localisation, les raccordements à des réseaux de chaleur. Il y a aussi une notion d’économies d’échelle. Et je le redis : bien que coûteux, c’est justement un équipement à taille humaine, d’emprise très mesurée. Nous avons rencontré une association de riverains de Bourgoin-Jallieu qui ne relève pas de nuisances majeures. »

Je le redis : bien que coûteux, c’est justement un équipement à taille humaine, d’emprise très mesurée.

François Driol, vice-président en charge de la gestion des déchets

Le maire de Roche-la-Molière, Eric Berlivet, absent à la séance, faisait lui intervenir une de ses conseillères intercommunales issues de sa municipalité pour – déjà – exprimer le désaccord de la commune à voir cette UTVE s’implanter sur son territoire, après avoir abrité la décharge historique des décennies durant de Borde Matin. Un des quatre scenarios d’implantation implique donc au moins en partie la commune rouchonne. « Les élections sont deux mois et on demande d’acter un engagement de 40 ans ! » Isabelle Dumestre, élue d’opposition stéphanoise abondait sans exprimer pour autant une hostilité au projet en soi : « Nous ne sommes sans doute pas à deux mois près. Attendons que les élections soient passées et que les nouvelles équipes décident de cette remontée de compétences ou non. Sinon, là c’est un fait accompli. »

Urgent d’attendre ou de ne pas attendre ?

Autre remarque, celle de Michel Gandilhon, maire de Fontanès, très inquiet sur le montant à investir lors d’un prochain mandat qui ne pourra pas se vanter cette fois d’annoncer un doublement voire triplement des investissements cumulés par rapport au précédent : « On sera dans les 6 ans à venir dans une fourchette de 600 à 900 M€ cumulés (un peu plus de 800 de 2020 à 2026, Ndlr) alors 200, rien que sur l’UTVE (en fait 125 à 156 M€ pour la part à payer par SEM, Ndlr)… » Au regard de ces conditions et du manque de débats préalables, il préfère s’abstenir. D’autres murs d’investissements, moins hauts mais hauts quand même, attendent en effet Saint-Etienne Métropole : Cité 2025 par exemple, peut-être les premiers travaux de découverture du Gier à Rivde-de-Gier, ou encore l’extension du Musée d’Art Moderne et Contemporain, ne serait-ce que pour conserver une collection prestigieuse – exposée parcimonieusement – dans les normes toujours plus rigides exigées par l’Etat, rappelant régulièrement la Métropole à l’ordre à ce propos…

On sera dans les 6 ans à venir sur une fourchette d’investissement de 600 à 900 M€ cumulés alors 200 M€ rien que sur l’UTVE…

Michel Gandilhon, maire de Fontanès

Cependant, l’UTVE, lui, ne pouvant sortir de terre avant 2032. De quoi théoriquement amputer les finances de Métropole de près 24 M€ de 2030 à fin 2031 au profit de l’Etat (sans compter les amendes des autres intercommunalités partenaires !) : et chaque mois de retard supplémentaire rajoutera son million de plus. Selon l’exécutif, il est donc urgent de ne pas attendre. Philippe Denis, maire de Saint-Galmier, membre de la commission déchets venait l’appuyer : « Si on dit non ou si on reporte, on va perdre plus que 3 mois. Nous sommes élus depuis 6 ans, nous sommes plus aptes à prendre cette décision que quelqu’un arrivant aux affaires dans 2 mois. » Pas une première non plus dans la continuité républicaine des collectivités, à commencer par l’inscription du budget une année électorale, comme en 2026.

La remontée de compétence a finalement été voté favorablement. 12 élus ayant voté contre et 3 s’étant abstenu n’en ont pas démordu. « Ce sujet n’a pas non plus été mis sous le couvert mais très largement débattu en bureau avec une seule voix contre alors, intervenait la présidente Sylvie Fayolle. Je m’interroge du coup sur certaines positions aujourd’hui… » La remontée de compétence traitement des déchets au Sydemer sera effective le 1er janvier 2027.