Son métier a fait couler beaucoup d’encre et imprimé énormément la pellicule. Depuis octobre, Franck [1], ancien cadre dans la finance, a ouvert à Toulouse son agence de détective privé, Occeri. Pour travailler, il aime se fondre dans la masse pour mieux observer. « Il ne faut pas être discret, il faut être banal », est le mantra de l’homme tranquille, qui sirote un café face à nous dans un petit salon de thé du centre-ville. Pourquoi avoir embrasser une nouvelle carrière certes « pas mal éloignée des aventures de Sherlock Holmes » mais tout de même peu commune ? « J’avais envie d’une profession plus originale, qui allie réflexion et terrain. C’était le moment ou jamais pour moi d’entreprendre. Je ne regrette absolument pas. C’est un métier où on se sent utile très rapidement », confie avec satisfaction le nouveau détective.
Formé à l’institut de formation des agents de recherches à Montpellier pendant un an, il a obtenu par la suite l’agrément et la carte professionnelle nécessaires pour exercer cette profession réglementée, qui travaille souvent avec des professionnels du droit (avocats, notaires, huissiers de justice, etc.). « Il faut savoir rédiger un rapport qui soit utilisable en justice. C’est un métier avec des règles à suivre et un fort code éthique. Il faut se former régulièrement aux diverses évolutions législatives. C’est une profession qui génère des fantasmes mais qui est très rigoureuse », indique Franck. La rigueur et le sérieux, c’est un peu dans ses gènes, puisque plusieurs membres de sa famille font partie de la gendarmerie.
Un métier parfois sportif
Les affaires qu’il traite au quotidien ne sont pas forcément celles qu’on a en tête à première vue. « Les adultères représentent très peu des cas traités alors qu’ils sont très présents dans notre imaginaire. Je travaille beaucoup pour les entreprises, par exemple pour lever des soupçons sur un associé ou un collaborateur. Mon sujet de prédilection, ce sont les fraudes à l’assurance. J’aime aussi beaucoup travailler pour des clubs sportifs, qui veulent s’assurer que leurs joueurs respectent bien les clauses de leurs contrats », raconte l’affable dirigeant de l’agence Occeri.
Le métier, qui démarre devant un ordinateur en ligne pour « traquer les indices laissés par la personne cible », se poursuit dans le monde réel à travers entretiens, planques et filatures. Par moment, cela peut s’avérer assez sportif. « Sur une affaire de faux arrêt maladie, nous avons dû être plusieurs à pister, en plein Toulouse, un homme très en forme. Nous avons utilisé plein de moyens de transport différents (vélos, trottinettes, motos, etc.). Notre métier est une profession généralement solitaire mais qui peut être aussi solidaire. Chacun développe des spécialités (finance, contre-enquêtes criminelles, dérives sectaires, etc.). Il y a de la complémentarité entre nous », décrit avec enthousiasme le détective quadragénaire. À Toulouse, on compterait une dizaine de détectives privés.
S’il reconnaît « le côté chronophage d’un métier aux horaires souvent décalés », il est passionné par « la dimension très humaine ». « Nous sommes parfois le dernier espoir de certains. On entend des mercis qui viennent vraiment du cœur », résume avec un peu d’émotion Franck, qui n’élude pas pour autant les aspects plus négatifs. « Certaines personnes nous en veulent, car les révélations que nous avons permises ont eu des impacts dans leur vies. C’est un métier où il faut rester vigilant », admet l’homme au regard perçant. Franck, qui fait grandir peu à peu son agence, rêve d’ouvrir des agences franchisées dans quelques années. Ce sera le signe qu’Occeri a su se faire une place dans le milieu. En attendant, l’homme doit repartir sur le terrain pour une affaire. Après nous avoir salué en souriant et nous avoir laissé sa carte, il s’éloigne et, rapidement, on ne le distingue plus au milieu des passants.
Matthias Hardoy
Sur la photo : Franck, le dirigeant d’Occeri, agence de détective privé, communique avec ses clients via son site internet. Il est aussi présent dans des réseaux d’entrepreneurs pour rencontrer des professionnels qui pourraient faire appel à ses services. Crédit : Occeri.
Notes
[1] Pour protéger sa sécurité, le détective ne donne pas son nom.