On en connaît des scénaristes-réalisateurs-producteurs qui ne savent pas prendre de vacances. James Gunn peut être sur trois projets à la fois, Quentin Dupieux a dix idées de film à l’heure, et Ryan Murphy accouche d’une demi-douzaine de séries par an. On ne va pas se mentir, qui dit quantité ne dit pas toujours qualité et concernant Murphy, pour un Monstre : l’histoire d’Ed Gein plutôt réussi, on a un All’s Fair qui nous hante encore lorsqu’on ferme les yeux. The Beauty de la chose, n’est-ce pas ?

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Même si le bonhomme est un peu touche-à-tout, on note chez lui deux obsessions majeures. La première est un penchant naturel pour le genre horrifique, lui qui a accouché des Monstres de Netflix, de ceux d’American Horror Story, de la parodie Scream Queens ou des chansons de Glee. Aujourd’hui, il est le pourvoyeur principal des plateformes de streaming en la matière, bien qu’on lui préfère, ici, largement Mike Flanagan. La seconde est un attrait pour la beauté, notamment au travers l’obsession humaine pour celle-ci, à l’image de ses chirurgiens esthétiques de Nip/Tuck (oui, c’était lui aussi). The Beauty, sa nouvelle série FX accessible via Disney+, lui permet de combiner les deux.

Critique The Beauty : la série horrifique sans substance de Ryan Murphy© Disney+

Un nouveau virus circule. Celui-ci est transmissible sexuellement et rend la personne infectée incroyablement belle, avec pour seul effet secondaire une mort par combustion interne. Un duo du FBI est chargé de comprendre d’où vient la source du problème. De l’autre côté, l’homme le plus riche du monde, physiquement parfait, engage un assassin pour nettoyer les traces.

Ryan Murphy met le doigt dans le culte de la beauté

The Beauty est en réalité l’adaptation d’un comics de Jeremy Haun et Jason A. Hurley, encore assez méconnu dans l’Hexagone. Sauf que le rapport s’arrêtera là, puisque hormis l’idée principale, Murphy s’écarte complètement du matériau de base. Une démarcation assez curieuse puisque, dans le même temps, la série tente une approche esthétique similaire à une bande dessinée. Comme si le show voulait se faire remarquer visuellement avec la carte « adaptation de », sans avoir envie de justifier le modèle.

Cette direction artistique est particulièrement frappante dans le choix des costumes et des lieux, rarement en adéquation avec l’enjeu de la scène, comme si nous étions constamment au cœur d’un défilé de mode. Des flics parisiens habillés en soldats allemands des années 40 en passant par une cellule vénitienne digne d’un musée jusqu’à un assassin fringué pour des soirées BDSM, rien ne semble naturel.

Critique The Beauty : la série horrifique sans substance de Ryan Murphy© Disney+

Une superficialité au cœur du concept de The Beauty, dont les premières images laissaient penser immédiatement à des œuvres majeures sur le sujet comme La Mort vous va si bien ou le récent et excellent The Substance de Coralie Fargeat. La filiation avec ce dernier est presque évidente, tant ils partagent des mécaniques similaires dans la naissance du nouveau corps. Est-ce que The Substance s’est inspiré du comics The Beauty ? Est-ce que la série s’est inspirée du film de Fargeat ? L’éternelle histoire de l’oeuf ou la poule.

Pendant onze épisodes, le show entend disséquer notre rapport au physique dans une société où l’apparence ouvre ou ferme toutes les portes. Le corps occupe le devant de la scène, au point où chaque homme transformé ne citera qu’une chose en premier : ses abdos. Problème, qu’est-ce que raconte The Beauty sur le sujet que des œuvres comme Nip/Tuck ne disaient pas déjà il y a 23 ans de cela ? D’autant qu’en mélangeant plusieurs intrigues, le propos est complètement dilué au point de n’être que l’outil d’un Murphy en roue libre. Les dialogues vont tout dire et son contraire sur le sujet, au point où on ne sait absolument pas quel angle le créateur entend défendre. Ok, on a mis plein de gens beaux à l’écran, et après ?

Critique The Beauty : la série horrifique sans substance de Ryan Murphy© Disney+
The Beauty, série un peu bête sur Disney

Cette approche très graphique aurait pu au moins être plaisante si nous savions à quel saint nous vouer. Sauf que dans The Beauty, rien n’est sérieux et, pourtant, tout l’est. Plusieurs séquences laissent penser qu’on touche du doigt la comédie burlesque, avant qu’une scène mélodramatique vienne nous rappeler frontalement qu’on veut nous peindre un propos. Le premier et le second degré se font la guerre, entre exubérance d’un côté et suffisance de l’autre. Quant au côté horrifique, il est si discret et si timoré que cela ressemble davantage à un épisode de Peppa Pig qu’à du David Cronenberg.

Un souci de ton que l’on retrouve dans le découpage des épisodes. Cette première saison varie avec des épisodes de 25 à 45 minutes, sans qu’il ne semble y avoir de logique narrative. D’ailleurs, le récit se plaira à passer d’une temporalité à l’autre, d’un personnage central à un autre, de sorte qu’il est presque impossible d’avoir un repère solide sur qui porte l’histoire. Tous, ou aucun à la fois ? Il y a tant de personnages existants et en même temps transparents.

Critique The Beauty : la série horrifique sans substance de Ryan Murphy© Disney+

Comment s’attacher lorsque les acteurs semblent également aussi perdus que nous ? La muse de Ryan Murphy, Evan Peters, est monoexpressif et le peu de scènes qu’il partage avec une Rebecca Hall sous-exploitée ne parvient pas à nous attacher à un duo censé être central. À l’inverse, Anthony Ramos en surjeu et Jeremy Pope, convaincant, ont à la fois les meilleures scènes, et les plus inutiles. La grande Isabella Rossellini ne sait clairement pas ce pourquoi elle a signé et il n’y a bien qu’Ashton Kutcher qui paraît prendre du plaisir à être devant la caméra.


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On a beaucoup noté les similitudes entre The Beauty et The Substance avant la sortie, mais il est désormais évident, après visionnage, que The Beauty se rapproche davantage du All’s Fair de Murphy pour son goût des grandes stars utilisées pour des petits rôles et dont l’écriture n’est qu’une coquille vide. Qu’est-ce que veut être la série ? Qu’est-ce qu’elle veut raconter à part un discours Petit BamBou sur l’apparence ? Est-ce qu’elle entend juste nous charmer avec ses scènes sulfureuses, celles plus guignolesques ou la partie la plus « horrifique » (il faut le dire vite) ? Après onze épisodes, on ne le sait pas vraiment, et on a le sentiment qu’elle non plus.

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