Par
Thomas Rideau
Publié le
22 janv. 2026 à 6h04
« On va encore plus loin dans la déshumanisation. » Une expérimentation prévue par la RATP, à partir du mois de février 2026, ne passe pas du tout auprès de la CGT. D’ici à quelques jours, lorsqu’aucun agent ne sera présent dans six stations de RER sur la ligne B, ils seront, en partie, remplacés par des QR codes, a appris actu Paris. « C’est une première sur le RER », précise Céline Malaisé (PCF), élue à la région.
à l’encontre du bon sens « dans tous les domaines »
Le projet se nomme LIVA (pour Lien interactif avec votre agent). Ce n’est qu’un essai, et un retour d’expérience est prévu dans trois mois. Malgré tout, la CGT est vent debout contre cette nouvelle mesure qui va à l’encontre du bon sens « dans tous les domaines », d’après le syndicat. Précisément, il s’agit de six gares de RER B dans lesquelles il est possible qu’aucun agent ne soit présent. « Ils pourront être présents le matin dans la station et être remplacés par une équipe mobile l’après-midi, par exemple », nous explique la RATP.
Un QR code sera affiché sur une vitrine que les usagers devront scanner s’ils veulent des informations. Après avoir scanné le QR code et cliqué sur les bons tags, l’usager sera mis en relation avec un centre d’appels basé à Saint-Michel, au cœur de Paris, à trente kilomètres des gares en question. « Aujourd’hui, c’est Saint-Michel. Demain Marseille ? et après-demain à l’étranger ? », s’étrangle Benoît Chevillard, secrétaire de la CGT Métro-RER, auprès d’actu Paris.
Si cette expérimentation ne se traduit pas forcément par une baisse de la présence des agents en gare, pour le syndiqué, il s’agit d’une « officialisation de la démarche ». En résumé, pour la CGT, la mise en place de LIVA prouve que des gares fonctionnent sans agent et que cela risque de se « généraliser ».
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Les six gares concernées par l’expérimentation sont Parc-de-Sceaux, Sceaux (dans les Hauts-de-Seine) et Le Guichet, Bures-sur-Yvette, Lozère et Courcelle-sur-Yvette (en Essonne). Des gares qui présentent des flux faibles, précise la RATP pour expliquer ce choix.
« Ce n’est pas digne d’un service public »
Des équipes mobiles seront mises en place et iront de station en station. Des équipes qui seront composées de deux à six agents. « En interne, ils nous disent qu’ils pourront intervenir en 20 minutes », note Benoît Chevillard, « mais c’est très long ! Comment fait-on quand une personne en situation de handicap doit monter dans le train ? Dans certaines gares, elles doivent être accompagnées. De même pour les ascenseurs », lance-t-il. « Et quand le titre de transport ne fonctionne pas ? Et quand il y aura des problèmes d’insécurité ? », énumère-t-il. « C’est de la déshumanisation. »
Céline Malaisé (PCF) élue à la Région abonde dans son sens, « dans le cas des VSS (violences sexistes et sexuelles) c’est admis par tous que c’est la présence d’agents qui permet de dissuader de passer à l’acte. Cette mesure va à l’encontre des luttes contre les VSS », estime celle qui se dit outrée par cette expérimentation « dont on a eu connaissance que par le biais d’agents ». « Et si l’équipe mobile est prise dans les bouchons ? », se demande-t-elle.
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« Ce n’est pas digne d’un service public », rajoute Benoît Chevillard, « on voit bien qu’il est question de productivité et de flexibilité. Ce n’est pas le modèle que nous défendons. » Avec le reste de la CGT, il demande l’annulation de l’expérimentation. « Cette expérimentation n’est qu’un cheval de Troie pour généraliser un modèle inspiré de la SNCF, où les voyageurs subissent déjà en gare un minimal aux heures de pointe », indique le syndicat dans un communiqué.
Et, en effet, dans un document interne consulté par actu Paris, il est explicitement indiqué que cette expérimentation doit permettre « d’identifier les conditions de réussite avant un éventuel déploiement élargi ».
Pour la RATP, c’est un complément, mais pas un remplacement
La RATP confirme la mise en place de cette expérimentation « début février ». « L’expérimentation LIVA menée par la RATP a pour objectif de renforcer les services rendus à distance et d’améliorer la qualité de l’accueil à distance. »
« À noter que cette expérimentation ne modifie pas les conditions de couverture des gares de la ligne B. En effet, les gares, même à faible flux, sont toujours couvertes par un agent sur tout ou une partie du service », explique la régie avant de poursuivre : « Les effectifs qui ne sont pas postés en gare sont déployés en équipes mobiles, au service d’un plus grand nombre de voyageurs, visibles dans les espaces et dans les trains. » Pour la RATP, pas de doute, « cette organisation permet une visibilité accrue des agents et de renforcer la sécurité sur la ligne ».
« On utilise le digital pour apporter un service complémentaire », précise en conclusion la RATP qui veut rassurer les usagers. Le retour d’expérience doit avoir lieu au printemps.
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