Il se passe quelque chose dans la deuxième ville de France. Dédaigné à l’automne pour son manque de notoriété, le candidat du Rassemblement national à Marseille, Franck Allisio, entame la phase décisive de sa campagne municipale avec le vent dans les voiles. Des 23 % dont lui créditait en octobre l’Ifop pour le premier tour, le député lepéniste est passé à 30 % (Ipsos) puis 31 % (OpinionWay) ce mois-ci, au coude-à-coude avec Benoît Payan, maire sortant divers gauche. Sa concurrente Martine Vassal, soutenue par Les Républicains, le centre et ce qu’il reste de Macronie locale, est en tendance baissière : 29 %, 23 %, puis 20 %. 

Une campagne est une affaire de terrain, de propositions, mais aussi de courbes. Celle de la présidente de la Métropole d’Aix-Marseille-Provence n’est pas bonne et Franck Allisio en profite. « C’est un coriace qui veut nous nuire », grinçait récemment une ministre de droite au sujet de l’ex-UMP, troisième couteau sarkozyste devenu « prise » du Front national en 2015. Le retrait en sa faveur de Stéphane Ravier, bouillonnante figure de l’extrême droite marseillaise, a été pour lui la divine surprise. Une percée dans la cité phocéenne vaut bien un deal aux sénatoriales avec le réprouvé d’hier : disciple de Jean-Marie Le Pen, Stéphane Ravier s’était détourné du RN en 2022 au profit d’Éric Zemmour

Au-delà, Franck Allisio bénéficie de deux phénomènes majeurs. Il y a d’abord la fragilité du socle de Martine Vassal. « Elle a un bon bilan à la métropole mais elle est prise en étau, constate un parlementaire LR des Bouches-du-Rhône. D’un côté, Benoît Payan se “centrise” avec ses caméras de vidéoprotection, et de l’autre, Sébastien Delogu incarne la gauche radicale. » Autour de Bruno Retailleau, patron des Républicains, certains espèrent que la clivante tête de liste Insoumise se hisse au second tour – et s’y maintienne en piquant des voix à l’édile de Marseille. Sauf que « si on n’est pas dans les deux premiers, on est morts », tempère un stratège du parti, qui ajoute, parlant de la droite : « L’électorat aura la tentation de l’alternance. »

C’est l’autre facteur qui propulse Franck Allisio, à savoir le contexte national très favorable au RN. Le candidat a joué à fond cette carte en conviant Marine Le Pen à son meeting de vœux le 16 janvier. La manœuvre n’a pas échappé à Renaud Muselier, président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, transfuge LR passé à Renaissance. Lui craint que le « bordel » parisien ne nourrisse le dégagisme ailleurs. La lisibilité toute relative de la droite du Sud, dont une partie a suivi Éric Ciotti dans son union avec les frontistes, dessert également la candidature de Martine Vassal. La dauphine de Jean-Claude Gaudin s’est tirée une balle dans le pied en esquissant, début décembre, l’hypothèse d’une alliance d’entre-deux tours avec son rival nationaliste. Elle s’est certes rapidement dédite. Il se trouve que depuis, elle ne cesse de perdre du terrain face à Franck Allisio.