Flatulences en avion : le tabou qui s’invite à 10 000 m
Tabou absolu au restaurant, toléré sous la couette pour
certains, le pet reste une frontière sociale. En cabine, l’idée de
lâcher un vent crispe tout le monde, l’espace est clos et les
oreilles traînent. Pourtant, chaque long‑courrier réveille la même
sensation au ventre, ce ballonnement qui monte et gêne. Sujet qui
fait sourire, d’accord, mais la physiologie ne plaisante pas.
Car l’avion réunit plusieurs facteurs qui amplifient les
flatulences en avion. Surprise, des spécialistes
ont étudié le phénomène. Leurs conclusions bousculent nos bonnes
manières tout en répondant à une question simple : faut‑il se
retenir en vol ? Reste à comprendre ce qui se joue dans le corps et
comment préserver ses voisins.
Pourquoi les médecins disent de ne pas se retenir en avion
« C »est après un long voyage en avion entre Tokyo et Copenhague
que le Pr Jacob Rosenberg nous a fait part d’une expérience… dont
nous avons tous décidé qu’elle méritait qu’on l’étudie de plus
près », raconte le Dr Jakob Burchart à Allodocteurs. L’équipe
britanno‑danoise a publié dans le New Zealand Medical Journal un
point de vue signé par cinq gastroentérologues. Leur message,
médical et pragmatique, vise le confort de tous.
Sur le plan physique, « C’est une loi physique de base selon
laquelle quand la pression baisse, le volume rempli par un gaz
augmente », explique le Dr Burchart. Et côté santé digestive, « il
n’est jamais bon de se retenir, même au sol », poursuit le jeune
interne. Douleurs, gêne, indigestion ou brûlures d’estomac
s’invitent vite en cabine quand on bloque tout trop longtemps,
surtout assis, ceinture serrée.
Pression en cabine, gaz qui gonflent : ce que dit la
science
En avion, la pression de l’air en cabine est plus basse que sur
la terre ferme, si bien que les gaz se dilatent et prennent plus de
place dans l’intestin. La position assise prolongée n’arrange rien.
Le côlon, très innervé, ne peut pas renvoyer ce gaz vers l’intestin
grêle : une seule sortie s’impose. En clair, le besoin de laisser
passer est physiologique, pas une faiblesse.
Les personnels navigants en font l’expérience au quotidien :
près de 62 % d’entre eux déclarent souffrir de
ballonnements et de flatulences en vol. Se retenir « présente de
sérieux inconvénients pour l’individu : gêne physique, voire
douleur, gonflement, dyspepsie (indigestion), pyrosis (brûlures
d’estomac), pour ne nommer que quelques-uns des symptômes
abdominaux », précisent les cinq gastroentérologues danois et
britanniques à l’origine de l’étude dans le New Zealand Medical
Journal. « La concentration nécessaire pour se contrôler peut même
être un facteur de stress conséquent », ajoutent-ils.
Comment gérer ses flatulences en avion
sans gêner ?
Mieux vaut anticiper. Se lever régulièrement, surtout après les
repas, filer aux toilettes quand la pression se fait sentir,
desserrer la ceinture et éviter les positions qui compriment
l’abdomen aident déjà. Choisir un siège couloir facilite ces
allers‑retours. Détail utile : en cabine, le tissu des sièges
absorbe une part des gaz et des odeurs, quand le cuir en retient
bien moins, de quoi préférer l’éco à la business quand on y est
sujet.
La veille et pendant le vol, limitez ce qui favorise les gaz :
boissons gazeuses au profit de l’eau plate, légumineuses, choux et
brocolis, pommes et poires, plats très riches en ail ou en oignon,
pain blanc. Côté solutions techniques, les auteurs recommandent des
textiles qui piègent les odeurs, par exemple au charbon
actif. « Nous proposons en toute simplicité que les
coussins des sièges contiennent du charbon absorbant, puisque ce
matériau est capable de neutraliser les odeurs », écrivent-ils dans
le New Zealand Medical Journal.